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Une affiche en soutien à l'élection d'Alpha Condé dans les rues de Conakry, la capitale de la Guinée. 2010 © REUTERS/Joseph Penney (GUINEA - Tags: POLITICS ELECTIONS)

Une affiche en soutien à l'élection d'Alpha Condé dans les rues de Conakry, la capitale de la Guinée. 2010 © REUTERS/Joseph Penney (GUINEA - Tags: POLITICS ELECTIONS)

Une affiche en soutien à l'élection d'Alpha Condé dans les rues de Conakry, la capitale de la Guinée. 2010 © REUTERS/Joseph Penney (GUINEA - Tags: POLITICS ELECTIONS)

Liberté d'expression
Actualité

Guinée : des opposants sont morts en détention dans des conditions suspectes 

Les autorités guinéennes doivent faire la lumière sur les conditions de la mort en détention d’au moins quatre personnes et mettre fin à la vague d’arrestations ciblant depuis la publication des résultats de l’élection présidentielle d’octobre, au moins 400 militants de l’opposition et de membres de la société civile dans tout le pays. 

En deux mois, quatre personnes dont trois militants ou sympathisants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), parti d’opposition, sont mortes pendant leur détention provisoire à la prison centrale de la capitale, Conakry. Elles ont été arrêtées dans le cadre de la contestation du référendum constitutionnel et des résultats de l’élection présidentielle en mars et octobre derniers. Ces personnes sont décédées alors qu’elles étaient détenues dans des prisons réputées pour être des mouroirs, dans lesquelles les règles du droit international pour le traitement des détenus ne sont pas appliquées. 

Conclure à des décès naturels sans faire d’enquête approfondie, et n’autoriser la libération ou l’hospitalisation des détenus que quand leurs cas sont désespérés, comme le font les autorités, témoigne d’un profond mépris pour la vie humaine et d’une indifférence totale à la dégradation des lieux de détention dans le pays. Les autorités doivent faire la lumière sur les circonstances de ces morts en détention et améliorer de toute urgence les conditions de détention en Guinée

Lire aussi : Guinée : des homicides commis par les forces de l’ordre contre des opposants du président

 « On ne m’a jamais dit que mon mari était malade… » 

Mamadou Oury Barry qui avait été placé sous mandat de dépôt le 5 août 2020 « pour coups et blessures volontaires » est mort en prison le 16 janvier dernier. Selon le ministère de la Justice, « il est décédé d’une mort naturelle liée à une occlusion intestinale et une anémie bio-clinique au service des urgences de l’Hôpital Ignace Deen. Il avait déclaré le 14 janvier à un de ses parents qu’il avait mal au ventre. Malgré son arrivée à la prison avec des médicaments et de la nourriture, le parent a été interdit d’accès.   

Quand je suis arrivé à la prison avec de la nourriture et des médicaments, on m’a dit que je ne pouvais pas rentrer. […] Le 21 janvier, on m’a appelé pour me dire qu’il était gravement malade. Une fois arrivé sur place, on m’a appris son décès.

Parent de M. O. Barry. 

Roger Bamba, membre du conseil national des jeunes de l’UFDG, est mort le 16 décembre 2020 en détention « des suites de maladie », selon le ministère de la Justice. Il avait été arrêté le 6 septembre 2020 au siège de l’Assemblée nationale où il travaillait comme attaché parlementaire, et envoyé en prison quatre jours après, accusé de « production, diffusion de propos de nature à troubler la sécurité publique ». « On ne m’a jamais dit qu'il était malade, jamais ... À chaque fois que je partais là-bas, […] on me refusait la visite en me disant qu’il était interdit de voir les prisonniers politiques. Je n’ai pu le voir qu’une seule fois le 23 novembre et il se portait bien. Ensuite je ne l’ai plus revu avant le 16 décembre, et quand j’y suis allée c’était trop tard, » a déclaré la femme du défunt. 

Un médecin pour 2000 détenus à la prison de Conakry 

Entre 2015 et 2019, nous nous sommes rendus quatre fois dans cette prison. Les conditions de détention sont en flagrante violation avec les standards minimums requis par le droit international, notamment tels qu’édictés par la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples dans les lignes directrices dites de Robben Island. 

Les témoignages que nous avons recueillis auprès de parents de détenus décédés et d’ex-détenus montrent que les autorités guinéennes ne respectent pas les standards internationaux en matière de protection des droits des détenus. Par exemple, à la prison centrale de Conakry, construite pour une capacité de 300 personnes environ, un seul médecin sur place est censé s’occuper de près de 2 000 détenus.  

On se couche les uns sur les autres, la nourriture arrive déjà pourrie. Les prisonniers font leurs besoins les uns à côté des autres... Un jeune est là-bas depuis six mois, arrêté seulement parce qu’il dansait dans la rue sur des musiques qui faisaient l’éloge de Cellou Dalein Diallo [président du UFDG]. 

Un militant de l’UFDG détenu à la prison centrale de Conakry  

Les conditions de détention dans la prison de Conakry sont inhumaines. Tout détenu a le droit d’être traité avec dignité, de recevoir de la nourriture, des conditions d’hygiène et des soins appropriés. Lorsqu’un détenu est malade, il doit pouvoir consulter un médecin dans les plus brefs délais et avoir accès aux traitements nécessaires.

Vague d’arrestations et de condamnations  

Selon une liste non-exhaustive établie par des avocats représentants des opposants, 167 militants ou sympathisants du FNDC ou de partis politiques de l’opposition sont actuellement détenus à la maison centrale de Conakry. 350 à 400 personnes du même profil seraient détenus dans l’ensemble du pays. Souleymane Condé, coordinateur du FNDC aux Etats-Unis, Youssouf Dioubaté, membre du FNDC ont été arrêtés et condamnés le 13 janvier 2021 à un an de prison ferme et 20 millions de francs guinéens d'amende (1500 euros).

Oumar Sylla (dit Foniké Mengué), un des cadres du FNDC, a également été arrêté à Conakry le 29 septembre 2020, alors qu'il mobilisait contre la candidature du président Alpha Condé à l’élection présidentielle. Après quatre mois de détention arbitraire, il a été condamné le 28 janvier 2021 à 11 mois de prison ferme pour « participation à un attroupement interdit susceptible de troubler l’ordre public. » Nous considérons que la détention d’Oumar Sylla est arbitraire et appelons à sa libération immédiate et sans condition. Ces figures de l’opposition sont l’arbre qui cache la forêt des anonymes, souvent maintenus en détention pendant des mois sans être amenés devant un juge dans des prisons en marge de l’État de droit. 

Toutes les personnes en détention provisoire doivent avoir accès à un avocat et être jugées dans un délai raisonnable ou libérées dans l’attente de l’ouverture d’un procès, comme le prévoit le droit international. En outre, nous appelons les autorités guinéennes à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes arrêtées et détenues pour avoir simplement usé de leur liberté d’expression et de réunion pacifique. 

Agir

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