Accéder au contenu
Menu
Agir
Faire un don
ou montant libre :
/mois
Grâce à la réduction d'impôts de 66%, votre don ne vous coûtera que : € 5.1/mois
Agir

Aujourd’hui, nous avons besoin de vous pour continuer

Amnesty International est une des rares associations à financer l’essentiel de ses actions grâce à la générosité de ses membres et donateurs. Nous ne pouvons plus mener à bien certaines de nos opérations de collecte de fonds, mais vous pouvez continuer à nous soutenir en ligne.

Des femmes pleurent la mort de Kudidiabou, jeune femme décédée à la suite d'une intervention de police lors d'une manifestation, 2020 © John Wessels / AFP

Des femmes pleurent la mort de Kudidiabou, jeune femme décédée à la suite d'une intervention de police lors d'une manifestation, 2020 © John Wessels / AFP

Des femmes pleurent la mort de Kudidiabou, jeune femme décédée à la suite d'une intervention de police lors d'une manifestation, 2020 © John Wessels / AFP

Liberté d'expression
Actualité

En Guinée, la police tire à balles réelles sur les manifestants

Depuis l’élection présidentielle contestée du 18 octobre 2020, des récits de témoins, des images satellites et des vidéos authentifiées et analysées confirment que les forces de défense et de sécurité guinéennes ont tiré à balles réelles sur la population.

De nombreux morts et blessés ont été recensés lors de manifestations et d’émeutes. Des habitations et des biens ont été détruits. Le réseau Internet et les liaisons téléphoniques ont été perturbés ou coupés une semaine après l'élection présidentielle. Un site d’information est toujours suspendu.

Nous exhortons la communauté internationale à se mobiliser urgemment et fortement en appelant à la protection de la population et à l’ouverture d’enquêtes.

L’armée a été déployée

En 1993, le président Alpha Condé ne cessait de répéter qu’il préférait quitter le pays, plutôt que d’aller à la confrontation et de "gouverner des cimetières". C’est aujourd’hui le cas. Dans une déclaration lue à la télévision nationale, le 23 octobre 2020, le ministre de l’Administration territoriale a annoncé la réquisition de l’armée pour « maintenir l’ordre partout où ce sera nécessaire sur l’ensemble du territoire national. » Avant cette annonce officielle, l’armée avait été déployée dans plusieurs localités. Les règles édictées par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) stipulent qu’« en règle générale, le personnel militaire ne devrait pas être déployé pour le maintien de l’ordre lors des réunions et ne doit être utilisé qu’en cas de circonstances exceptionnelles et uniquement en cas de nécessité absolue ».

Lire aussi : Guinée : en un an, la police a tué au moins cinquante manifestants en toute impunité

Le 22 octobre, dans une déclaration lue à la télévision nationale, le même ministre a évoqué « l’usage par les manifestants de fusils de calibre 12 qui ont été tirés sur des citoyens et aussi sur des agents des forces de défense et de sécurité. » Nous n’avons pas pu confirmer l’utilisation d’armes par les manifestants. Cependant, nous pouvons affirmer, sur la base d’images satellites analysées et de vidéos authentifiées, que des éléments des forces de défense et de sécurité détenteurs d’armes de guerre en ont fait usage dans plusieurs localités, dont Conakry et Labé.

La violence des forces de l’ordre capturée en vidéo

Une vidéo filmée à Kobayah (Conakry) le 21 octobre, authentifiée par nos soins, montre un membre des forces de défense et de sécurité casqué et vêtu d’un gilet pare-balles tirer à trois reprises en direction de civils. Une violation flagrante des règles internationales sur l’usage des armes à feu par les forces armées, puisqu’aucune menace sur sa vie ou celle d’une autre personne n’est visible. Nous avons pu identifier et analyser des balles et des douilles photographiées à Labé, où des militaires ont été déployés. L’analyse montre qu’il s’agit de munitions de type 7.62x39 mm, dont le calibre correspond aux armes portées fréquemment par des membres des forces de défense et de sécurité guinéennes. Malgré des vidéos attestant de l’utilisation de ces armes contre la population, les autorités ont toujours nié.

L'usage d’armes à feu doit cesser et la mort de manifestants, de passants et de responsables locaux du Front national de défense de la Constitution (FNDC) doit faire l'objet d’enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces. Les responsables doivent passer devant la justice dans le cadre de procès équitables devant des tribunaux civils.

Le bilan s'alourdit

Selon une déclaration du ministère de la Sécurité, au 21 octobre neuf personnes dont deux policiers avaient été tuées. Deux jours plus tard, le parti d’opposition, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a annoncé que vingt-sept personnes avaient été tuées dans six villes depuis le 19 octobre 2020 et que plus de cent personnes avaient été blessées par balle. Par ailleurs, rien que dans deux structures de santé de la capitale Conakry, nous avons pu comptabiliser au moins vingt-neuf blessés, les 19 et 21 octobre, dont plusieurs par armes à feu ou armes blanches. Un chiffre là encore non exhaustif.

El Hadj Yacouba Diallo, 67 ans, a été tué par une foule le 23 octobre, et son domicile situé à Enta-marché (Conakry) a été incendié, selon des témoignages recueillis par Amnesty International. 

« El Hadj Yacouba Diallo vivait ici depuis très longtemps. En milieu de journée, des jeunes de la mouvance présidentielle sont venus armés de bâtons, de pierres et d’autres armes. Ils l’ont fait sortir et l’ont lapidé, bastonné à mort. »

un témoin

Abdoulaye « Diomba » Diallo, 18 ans, a été tué par balle le 19 octobre, à Hamdallaye (Conakry), selon des témoins et une vidéo que nous avons authentifiée. D’après ces témoignages, cinq véhicules de la gendarmerie et un véhicule d’une compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS) étaient présents sur les lieux. Un ami d’Abdoulaye l’a porté sur son dos jusqu’au moment où il s’est retrouvé nez à nez avec des forces mixtes dont des militaires. Celles-ci ont jeté des gaz lacrymogènes, l’empêchant de continuer. « J'ai laissé Abdoulaye à terre et j'ai dû m'enfuir. », raconte son ami.

Une attaque en règle contre la liberté d’expression

La connexion à Internet et les appels téléphoniques depuis et vers la Guinée ont été fortement perturbés ou coupés une semaine après les élections présidentielles. Aucune annonce préalable n’a été faite par les autorités à ce sujet. Le référendum constitutionnel du 22 mars 2020 avait déjà été marqué par des blocages du réseau Internet, en violation du droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information. Le 18 octobre, la Haute autorité de la communication (HAC) a suspendu pour un mois le site d’information Guinéematin.com, suite à « la diffusion en direct sur la page Facebook du site des opérations de dépouillement » de plusieurs bureaux de vote et suite au refus de l’administrateur d’arrêter la diffusion. Une décision extrême aux contours juridiques flous, qui n’a été susceptible d’aucun recours.

Cette nouvelle paralysie des communications constitue une attaque contre la liberté d’expression et une manœuvre pour réduire au silence les voix critiques, les défenseurs des droits humains, les journalistes et les blogueurs. Les autorités doivent immédiatement lever la suspension du site d’information Guinéematin.com et les restrictions touchant l’accès à Internet et aux réseaux sociaux, de telle sorte que chacun puisse s’exprimer librement et que les journalistes puissent faire leur travail.

Agir

Abonnez-vous à l'Hebdo 

Chaque vendredi, recevez par email l'essentiel de l'actualité des droits humains 

Les cookies assurent le bon fonctionnement du site, en continuant la navigation vous acceptez leur utilisation. Gérer les paramètres