Les chiffres des violences sexistes et sexuelles en France sont alarmants et révèlent l’ampleur de ce phénomène sociétal. Malgré la libération récente de la parole des victimes, l’impunité règne et la réponse politique reste largement insuffisante.
Le mouvement international #MeToo a profondément bouleversé nos sociétés. Ces dernières années, des millions de femmes, mais aussi de filles, de garçons et de personnes LGBTI+, ont pris la parole pour dénoncer publiquement l’ampleur des violences sexistes et sexuelles (VSS).
Même si la parole semble se libérer, les voix des victimes ne sont pas nécessairement entendues et les réponses politiques ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Pourtant, les chiffres provenant des diverses enquêtes sur les VSS en France sont consternants. Ces violences touchent les femmes, les filles et les minorités de genre de manière disproportionnée. On parle alors de violences basées sur le genre.
notre combat
Ces dernières années, nous nous sommes mobilisés sans relâche pour défendre les droits des personnes victimes de violences sexuelles. À nos côtés, vous avez été près de 100 000 personnes à avoir signé notre pétition pour exiger un accès effectif de toutes les victimes de violences à la justice !
Début 2026, nous avons remis cette pétition au Premier ministre, monsieur Sébastien Lecornu. Et nos demandes ont été transmises par courrier à plus d’une cinquantaine de responsables politiques au sein du gouvernement, de l’Assemblée nationale et des ministères concernés.
Cette année, une loi-cadre devrait être discutée à l’Assemblée nationale. Nous demandons la prise en compte de nos recommandations pour assurer un accès effectif de TOUTES les femmes à la justice, sans exception.
Violences sexistes et sexuelles : de quoi parle-t-on ?
Une violence sexiste est un acte préjudiciable commis contre une personne sur la base de son genre, de son identité de genre, son orientation sexuelle ou d’autres caractéristiques sexuelles. Une violence sexuelle est une forme d’agression physique à caractère sexuel ou un rapport non consenti comme le viol.
9 femmes sur 10
déclarent avoir déjà subi une situation sexiste
82%
des personnes décédées à la suite de violences conjugales sont des femmes
99%
des auteurs condamnés pour des affaires de violences sexuelles en 2022 sont des hommes
Sources (de gauche à droite) : Rapport annuel du Haut Conseil pour l’Égalité (2024), Ministère de l’Intérieur, Délégation aux victimes (2022), Lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes (2024)
Les femmes, principales victimes des violences sexuelles
Si les hommes et les garçons peuvent être victimes de VSS, ce sont les femmes et les filles qui sont le plus affectées. Les violences conjugales, le viol ou encore le harcèlement et le cyber harcèlement de personnes en raison de leur genre sont des violences sexistes et sexuelles.
Violences partout
Le constat est là : le sexisme et les violences qui en découlent sont loin d’être de l’histoire ancienne. Le sexisme se manifeste tous les jours dans les rues, les transports, au travail, à l’école, à la maison, à la télévision, sur les réseaux sociaux. Bien que la population se dise de plus en plus consciente des VSS et assure les tolérer de moins en moins, les enquêtes le prouvent : les violences sexuelles ne reculent pas.
Justice nulle part
En France, une minorité de femmes victimes de VSS porte plainte. Lorsqu’elles souhaitent le faire, elles font souvent face à des questions culpabilisantes, une minimisation des faits, ou à une inversion de la responsabilité de l’agression subie. Elles rencontrent par ailleurs de nombreux obstacles dans leur parcours vers la justice, ce qui porte de nouveau atteinte à leurs droits. L’impunité des agresseurs règne. En France, 86% des plaintes seraient classées sans suite, et seulement 6% des violeurs sont condamnés par la justice selon le ministère de la justice.
Une nouvelle violence lors du dépôt de plainte
Aujourd’hui, les victimes de viol qui obtiennent justice y parviennent seulement après un long et pénible parcours de combattantes. Dans leur parcours vers la justice, elles peuvent subir une nouvelle violence comme le racisme, la transphobie ou la négation des violences subies. Cette violence peut même aller jusqu’au refus du dépôt de plainte, ce qui est contraire à la loi.
6%
des victimes de viol, tentatives de viol et/ou agressions sexuelles subies ont porté plainte en 2021
0,6%
des viols ou tentatives de viols auraient donné lieu à une condamnation en 2020
86%
des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite entre 2012 et 2021
Sources (de gauche à droite) : Observatoire national des violences faites aux femmes, Enquête de victimation de l’INSEE, Institut des politiques publiques (2024)
La France épinglée par le Conseil de l’Europe
Dans un rapport publié en septembre 2025, le Conseil de l’Europe épingle la France et pointe ses lacunes considérables pour protéger les femmes des violences sexistes et sexuelles.
Le Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Grevio) alerte notamment sur le faible taux de poursuite des auteurs de violences sexuelles. Ce, malgré hausse importante des violences sexistes et sexuelles en France.
Face à ces constats accablants, le Conseil de l’Europe appelle les autorités à prendre des mesures urgentes, qui reprennent en grande partie les conclusions de notre rapport publié l’an dernier sur la lutte contre les violences sexuelles en France :
- Prendre en compte les discriminations multiples subies par les victimes, dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques
- Mieux former les professionnels, en particulier dans les commissariats, pour accompagner les victimes de violences sexistes et sexuelles
- Lever les obstacles législatifs qui entravent l’accès à la justice pour les victimes en introduisant la notion de consentement dans la loi pénale sur le viol
Protéger les femmes, protéger leurs droits
Partout dans le monde, et en France, les États doivent faire appliquer ou mettre en place des lois pour lutter contre les VSS. Nous disposons d’un texte juridique international ambitieux en matière de violences faites aux femmes : la Convention d’Istanbul de 2011. Le texte, ratifié par la France et contraignant, oblige les États à protéger les femmes victimes de violences, et à les soutenir.
Passer d’une culture du viol à une culture du consentement
Il est urgent de mettre fin à l’impunité et de passer enfin d’une culture du viol à une culture du consentement. Pour cela, changer la législation afin qu’elle protège véritablement les victimes de violences est essentiel. Une victoire, que nous avons obtenue en octobre 2025, avec l’inscription de la notion de consentement dans la définition pénale du viol.
À lire aussi : Qu’est-ce que le consentement ?
Mais adopter une législation fondée sur le consentement n’empêchera pas à elle seule que des viols soient commis. Nous avons aussi besoin d’un véritable changement des mentalités. C’est pourquoi il est essentiel d’investir davantage dans l’éducation sexuelle et affective à l’école. Et de se former, à l’échelle individuelle, à ces sujets.
Enfin, des journées internationales comme celle pour les droits des femmes le 8 mars ou contre les violences sexistes et sexuelles le 25 novembre continuent d’être nécessaires pour sensibiliser sur le sujet, en France et partout dans le monde.
À lire aussi : Pourquoi une journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes le 25 novembre?
SOS VSS : vous êtes témoin, proche ou victime de violences sexistes, sexuelles et /ou conjugales ?
En cas d’urgence, contactez la police :
- En appelant le 17
- En envoyant un SMS au 114 (s’il vous est difficile de parler ou d’entendre)
- En signalant sur le tchat en ligne
Si vous avez besoin de parler :
- Appelez le numéro d’écoute national d’information et d’orientation (Violences Femmes Info) au 3919 (anonyme et gratuit).
Vous pouvez trouver de l’aide auprès d’autres dispositifs et associations :
- La permanence téléphonique du Collectif féministe contre le viol (0 800 05 95 95)
- Le numéro vert du Planning familial (0 800 08 11 11) ou un de ses centres d’accueil le plus proche de chez vous
- Le tchat gratuit et anonyme de l’association En avant toute(s)
- L’application mobile App-Elles
- L’accueil téléphonique de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (01 45 84 24 24)
- Le tchat de SOS homophobie
- Les groupes de parole de l’association En Parler
- Le réseau France Victimes qui regroupe plusieurs associations et lieux d’accueil
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