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Scène du film "La Ruche" de Blerta Basholli, Ⓒ ACS Distribution

Scène du film "La Ruche" de Blerta Basholli, Ⓒ ACS Distribution

Scène du film "La Ruche" de Blerta Basholli, Ⓒ ACS Distribution

Conflits armés et protection des civils

"La Ruche" : une femme résiste face au patriarcat qui gangrène la société kosovare 

"La Ruche" de la réalisatrice kosovare Blerta Basholli raconte la renaissance d’une veuve confrontée à l’hostilité des hommes de son village.

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Il ne faut pas longtemps pour que l’esprit se brouille, que les impressions se chevauchent, que des images en éveillent d’autres. En quelques plans, le premier long-métrage, La Ruche, de la réalisatrice Blerta Basholli, nous pose avec force en lisière de la guerre. Dans une zone non identifiée, un pays sans couleur, une femme franchit d’autorité les limites d’un périmètre interdit. Elle se trouve à errer parmi des corps alignés sous de vastes tentes, à fouiller les restes agglomérés dans de pauvres sacs, en quête du corps de celui qui a disparu et ne reviendra plus.

Qui sont ces morts ? Quelle triste époque les a aspirés ? Et cette femme où est-elle ? Non loin de l’Ukraine, au sud de l’Europe, au Kosovo où le conflit faisait rage à la fin des années 1990. Les regards se sont portés ailleurs, mais le dérèglement est permanent, les douleurs flambent partout, les douleurs flambent encore.

Scène du film "La Ruche" de Blerta Basholli, Ⓒ ACS Distribution

Inspirée d’un personnage réel, Fahrije doit apprendre à construire sa vie et celle de ses enfants sur les ruines de sa communauté, dans le village où sa maison a été incendiée, au cœur d’une absence que rien ne pourra réparer. Ses gestes sont simples, filmés avec une calme intensité par la réalisatrice. La jeune femme reprend le métier de son mari, comme on réapprend à marcher. Il était apiculteur, elle le devient pour renouer avec ses gestes et avec ses sens, tenir un fil et trouver un équilibre.

Fahrije est comme un volcan, la comédienne Yllka Gashi lui prête une puissance et une détermination qui affleurent sous un masque de pierre et des traits que la douleur a figés. Son projet relèverait de l’évidence si le conflit n’allait se loger dans chaque repli de l’existence, si l’animosité n’outrepassait les confins de la guerre. Pour faire vivre sa famille et lui inventer un avenir, la jeune femme décide de fonder une coopérative avec d’autres épouses solitaires du village et de faire prospérer son miel dans le moule d’une recette ancestrale, celle de l’ajvar, un condiment des Balkans. C’est sans compter les humiliations que lui impose une société patriarcale et misogyne, où les femmes ne peuvent avoir d’autres idées que celles qu’on a pour elles.

Scène du film "La Ruche" de Blerta Basholli, Ⓒ ACS Distribution

Sous le vernis d’un récit classique, La Ruche est un film à vif. Une violence sourde habite les hommes et passe comme l’éclair au détour d’une phrase, les scènes du quotidien se nouent jusqu’à l’implosion, la tension ronge le cœur des familles. Phénomène du festival de Sundance 2021 où il a raflé tous les prix, du jury au public, le film de Blerta Basholli est une œuvre de résistance, il suit pas à pas son héroïne bien résolue à garder la tête haute.

Sortie en salle le 1er juin 2022.

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Une femme résiste face au patriarcat qui gangrène la société kosovare  - Amnesty International France