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L'évacuation des civils des villes ukrainiennes d'Irpin et de Bucha se poursuit, dans la région de Kiev, 10 mars
L'évacuation des civils des villes ukrainiennes d'Irpine et de Bucha se poursuit. Certains fuient avec leurs animaux de compagnie, dans la région de Kiev, 10 mars © EMIN SANSAR / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP

L'évacuation des civils des villes ukrainiennes d'Irpine et de Bucha se poursuit. Certains fuient avec leurs animaux de compagnie, dans la région de Kiev, 10 mars © EMIN SANSAR / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP

L'évacuation des civils des villes ukrainiennes d'Irpine et de Bucha se poursuit. Certains fuient avec leurs animaux de compagnie, dans la région de Kiev, 10 mars © EMIN SANSAR / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP

Conflits armés et protection des civils

Guerre en Ukraine : "J'ai peur d'évacuer car je suis une cible vivante"

Même les guerres ont leurs lois : la protection des civils et des biens civils en fait partie. Or, à l’heure actuelle, en Ukraine, des milliers de personnes vivent sous les attaques illégales de l’armée russe et peu ont la possibilité de fuir par des chemins sans danger. Témoignages de civils ukrainiens.

Qu’est-ce qu’un couloir humanitaire (ou corridor humanitaire) ?

Lors d’un conflit, il s’agit d’un passage sécurisé que les populations civiles peuvent emprunter pour fuir les zones de combats. Il permet également l’acheminement de l’aide humanitaire (vivres, eaux, médicaments, médecins, etc). La protection des civils est une obligation au regard du droit international humanitaire et de la Convention de Genève.

Le 3 mars, l’Ukraine et la Russie ont convenu d’établir des couloirs humanitaires pour l’évacuation des civils et l’acheminement de l’aide humanitaire. Toutefois, la mise en œuvre de ces passages est lente et limitée. Pire encore, ces corridors s’avèrent peu fiables et dangereux. Certains d’entre eux conduisent les civils ukrainiens directement vers des territoires contrôlés par la Russie (notamment la Crimée, le Donbass ou encore la Russie).

Des couloirs humanitaires dignes de ce nom doivent être établis avec rapidité, efficacité et précaution. Les civils ne doivent pas être exposés à des risques encore plus élevés lorsqu’ils essaient de fuir le conflit.

Agnès Callamard, notre secrétaire générale

Les autorités ukrainiennes ont demandé que ces itinéraires permettent aux civils de Marioupol, d’Enerhodar, de Soumy, d’Izioum et de Volnovakha, des villes lourdement bombardées, de s’échapper, et aux résidents de plusieurs villes proches de Kiev - notamment Boutcha, Irpine et Hostomel - de pouvoir rejoindre la capitale. Or, plusieurs témoignages de civils nous indiquent qu’ils ont été empêchés de fuir ces villes par des bombardements russes incessants.

Lire aussi : À Tchernihiv, l'une des attaques les plus meurtrières depuis le début du conflit

Les attaques à Irpine

Dimanche 6 mars, près de la ville d’Irpine, dans la banlieue de Kiev, les tirs russes ont touché un point de passage prévu pour les évacuations, tuant plusieurs civils qui essayaient de fuir.

Une femme, qui était à bord d’un convoi de 12 voitures transportant des civils au départ d’Irpine et couvertes de pancartes où était inscrit le mot « enfants » nous a expliqué que le groupe a été pris pour cible par les soldats russes :

 « En deux, trois minutes [après qu’ils ont dépassé un tank détruit] les tirs ont commencé. Nous savons avec certitude qu’une femme de 30 ans est morte, et que la mère [d’une proche] est morte : elle avait 60 ans, elle était avec moi dans la voiture. […] Un éclat ou une balle est passé à deux millimètres de l’œil de mon beau-frère, [et] il a le bras cassé. Notre conducteur a un problème aux côtes. Moi, ça va, une petite plaie près de la tête, un peu de sang [...] mais dans l’ensemble je vais bien. »

L'évacuation des civils des villes ukrainiennes d'Irpin et de Bucha se poursuit, dans la région de Kiev, 10 mars

L'évacuation des civils des villes ukrainiennes d'Irpine et de Bucha se poursuit, région de Kiev, 10 mars © EMIN SANSAR / ANADOLU AGENCY / ANADOLU AGENCY VIA AFP

Des journalistes qui filmaient dans la zone ont signalé qu’une autre attaque russe a eu lieu alors que de nombreux civils traversaient un croisement. Quatre personnes ont été tuées, notamment une femme et deux de ses enfants. Des médias ont également fait état de tirs et de bombardements dans cette zone, soulignant que ces attaques étaient disproportionnées et menées sans discrimination, et violaient le droit international humanitaire.

Lire aussi : Les attaques aveugles de la Russie contre les civils

Selon l’ONU, la situation humanitaire en Ukraine en chiffres 👇

3 000 000Personnes réfugiées dans des pays voisins
549Victimes civiles
957Personnes blessées

Izioum : une ville assiégée

Des dizaines de petites villes et de villages ukrainiens sont la cible d’attaques impitoyables, et les habitants aux abois se trouvent pris entre deux feux ou assiégés et attaqués par les forces russes. Alors que les forces russes bombardent inlassablement, les civils d’Izioum, dans la région de Kharkiv (est de l’Ukraine), sont au bord de la catastrophe humanitaire. Les résidents d’Izioum se trouvent dans une situation de siège depuis le 28 février et cette ville est la cible de tirs de roquette constants depuis le 3 mars. La population civile est donc obligée de s’enfermer dans des sous-sols presque sans eau et sans nourriture.

Nous avons passé six jours dans la cave. C’est tout petit, il faut rester debout, il est impossible de s’y allonger. Dès qu’il y avait une pause [dans les attaques], nous nous précipitions dehors pour ramasser les œufs de nos poules [...] Notre enfant avait faim .

Natalia, une résidente d’Izioum

Une grande partie des zones résidentielles de la ville sont privées d’électricité, de gaz, de chauffage et de communications mobiles en raison de ces attaques. Selon le parquet ukrainien, huit civils, dont deux mineurs, ont été tués lors de frappes, qui ont aussi causé des dégâts considérables à l’hôpital central de la ville. Le nombre de victimes s’est depuis lors alourdi. Le 9 mars, selon des sources locales, en raison des frappes constantes et de tirs indirects, les autorités locales ont pu évacuer seulement 250 personnes hors d’Izioum, sur les 5 000 prévues. Le 10 mars, 2 000 autres personnes ont pu être évacuées.

Entre les 9 et 12 mars, nous avons recueilli les témoignages de 26 résidents d’Izioum, immédiatement après leur évacuation vers Sviatohirsk, une ville de la région de Donetsk. Une région restant majoritairement sous le contrôle de l’Ukraine et visée par des tirs russes incessants.

Rien n'a été épargné par les tirs.

Natalia, une résidente d’Izioum

Les personnes interrogées ont déclaré que les forces russes ont mené des attaques ayant tué et blessé des civils, et détruit et endommagé des infrastructures civiles, notamment des maisons, des écoles, des crèches, des établissements médicaux et des magasins d’alimentation. Certaines de ces attaques semblent avoir été menées sans discrimination, auquel cas elles seraient illégales.

Des images satellites datant du 12 mars, examinées par Amnesty International, montrent clairement des cratères et des dégâts près de zones identifiées comme des écoles et des hôpitaux

Du pain et des fournitures humanitaires ont été distribués dans la ville de manière sporadique. Cependant, en raison de certaines pénuries et de la rupture des communications, cette aide n’est parvenue qu’à certains civils, principalement ceux qui se cachent dans les abris anti-bombes.

Izioum et d’autres villes se trouvant en première ligne ont désormais besoin en urgence de couloirs humanitaires afin d’évacuer en toute sécurité les civils souhaitant quitter les lieux. Ces couloirs permettraient également d’acheminer des fournitures humanitaires jusqu’aux personnes restant sur place.

Quand ils ont commencé à nous bombarder, le 3 ou le 4 mars, nous ne pouvions plus sortir de chez nous. Jour et nuit, ils tiraient des roquettes [...] Si cela continue encore plusieurs jours, la ville et la population vont disparaître..

Svitlana, 72 ans, témoignage recueilli par Amnesty International

L’impossibilité de fuir pour les personnes fragiles

Lors d’entretiens avec des résidents ukrainiens de villes menacées, nous avons entendu parler de personnes présentant des handicaps, de personnes âgées et de personnes souffrant de problèmes de santé éprouvant plus de difficultés que les autres à quitter aisément leur domicile, se mettre à l’abri des attaques et obtenir des soins médicaux.

Elena Kozatchenko, 38 ans, de Tchernihiv, est atteinte d’un cancer du sein et subit actuellement une chimiothérapie. Elle a déclaré : « J’ai un cancer et j’ai besoin de médicaments. J’ai eu mon dernier traitement de chimiothérapie le 23 février. Le prochain doit avoir lieu le 16 avril. J’ai besoin d’un suivi, mais ils bombardent sans arrêt le quartier où se trouve l’hôpital de cancérologie, j’ai trop peur d’y aller. »

Je veux partir parce que rester en Ukraine avec mon diagnostic, c’est du suicide. [Mais] c’est impossible de partir [...] J’ai peur d’évacuer parce que je suis une cible vivante.

Elena Kozatchenko, une femme atteinte d’un cancer

De nombreuses personnes âgées menacées par le conflit sont confrontées à de grandes difficultés lorsqu’elles essaient de fuir et de se mettre à l’abri durant les attaques, et sont souvent moins disposées à quitter leur domicile, où elles ont passé des décennies, voir toute leur vie.

Rita, 64 ans, médecin généraliste à Kiev, a expliqué : « Kiev est une vieille ville, les personnes âgées, celles dont la mobilité est limitée, ne peuvent pas descendre de leur appartement jusque dans le sous-sol. Dans notre immeuble, ils voulaient couper l’électricité [la nuit] pour ne pas attirer les bombardements [...] Nous avons répondu que cela revenait à condamner à mort les personnes âgées ; si elles ne peuvent pas utiliser l’ascenseur, elles ne peuvent pas du tout quitter leur appartement. »

Ce sont surtout des personnes âgées qui restent [...] C’est plus sûr pour elles de rester que de se retrouver sans argent ni nourriture

Un membre du conseil régional de Kiev

Tatiana Sobko, 70 ans, qui réside à Kiev nous a dit : « Nous ne voulons pas partir, nos enfants ont essayé de nous faire quitter notre maison à de nombreuses reprises [...] C’est chez nous, comment peut-on abandonner son foyer et partir quelque part à l’étranger ? Comment est-ce possible ? [...] C’est notre terre et nous ne fuirons pas. »

Des personnes interrogées à travers l’Ukraine ont aussi parlé du manque d’espace et des graves pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments. Certaines n’ont pas pu quitter leur sous-sol depuis des jours, en raison des bombardements incessants de la Russie. Elles ont également connu des coupures d’électricité et de chauffage, et une rupture des communications ayant duré plusieurs jours.

Nos demandes à toutes les parties au conflit :

Établir des couloirs humanitaires planifiés avec soin et sécurisés ;

Fournir aux civils des moyens de transport accessibles, ainsi que de leur laisser suffisamment de temps pour quitter les lieux de manière sûre ;

Laisser des organisations humanitaires impartiales porter secours à l’ensemble des civils se trouvant dans le besoin, notamment ceux qui resteront sur place après les évacuations ;

Autoriser des observateurs et observatrices internationaux à se rendre sur place afin de s’assurer que les évacuations se font en toute sécurité ;

Permettre aux personnes âgées et aux personnes présentant des handicaps, ainsi que d’autres groupes susceptibles d’être confrontés à des risques et des problèmes spécifiques s’ils fuient, d’être évacués en priorité ;

Garantir l’inclusivité dans la planification et la communication relatives aux évacuations et à des couloirs humanitaires sûrs, notamment en garantissant que les informations, les moyens de transport et les services soient tous aisément accessibles.

Face à cette crise, on vous donne les moyens d'agir ! 👇

Agir

Appel à manifester : les civils ne sont pas des cibles !

Rejoignez-nous le 17 mars, à 18h, Hôtel de ville à Paris, en solidarité avec la population ukrainienne.

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Agir

Urgence Ukraine

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Guerre en Ukraine : J'ai peur d'évacuer car je suis une cible vivante" - Amnesty International France