Les autorités iraniennes piétinent les droits des enfants et commettent une grave violation du droit international humanitaire constituant un crime de guerre en recrutant et en mobilisant des enfants dès l’âge de 12 ans dans le cadre d’une campagne militaire menée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a déclaré Amnesty International le 2 avril 2026.

Le 26 mars 2026, Rahim Nadali, un responsable de la division opérationnelle Mohammad Rasoul Allah du CGRI du Grand Téhéran, a annoncé qu’une campagne de recrutement baptisée « Combattants pour la défense de la patrie en Iran » était « ouverte aux volontaires » âgés de 12 ans et plus, encourageant les candidats à s’inscrire dans les mosquées de Téhéran qui accueillent des bases du Bassidjafin de rejoindre les « combattants défendant la patrie ». Des témoignages et éléments de preuve audiovisuels vérifiés montrent des enfants soldats déployés à des postes de contrôle et au sein de patrouilles du CGRI, armés notamment de fusils de type AK47.

« Les autorités iraniennes encouragent sans vergogne les enfants dès l’âge de 12 ans à rejoindre une campagne militaire dirigée par le CGRI, les mettant en grand danger et bafouant le droit international, qui interdit le recrutement d’enfants dans l’armée. Le recrutement d’enfants de moins de 15 ans dans les forces armées constitue un crime de guerre », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes. 

Alors que les frappes des États-Unis et d’Israël ont touché des milliers d’installations du CGRI, dont des installations du Bassidj, dans tout le pays, notamment dans le cadre d’attaques de drones visant des patrouilles de sécurité et des postes de contrôle, le déploiement d’enfants soldats aux côtés du personnel du CGRI ou sur ses sites les expose à un risque de mort ou de blessure.

Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes. 

« Alors que les frappes des États-Unis et d’Israël ont touché des milliers d’installations du CGRI, dont des installations du Bassidj, dans tout le pays, notamment dans le cadre d’attaques de drones visant des patrouilles de sécurité et des postes de contrôle, le déploiement d’enfants soldats aux côtés du personnel du CGRI ou sur ses sites les expose à un risque de mort ou de blessure. Les autorités iraniennes doivent immédiatement mettre un terme à leur offensive criminelle contre les droits des enfants et interdire le recrutement de toute personne de moins de 18 ans par les forces armées. »

D’après des déclarations officielles, dans le cadre de la campagne annoncée, les recrues se voient assigner un vaste éventail de responsabilités liées aux activités « opérationnelles et de sécurité » du CGRI, contribuant notamment aux patrouilles, aux tâches liées aux postes de contrôle, à l’appui logistique, à la distribution d’équipement et de fournitures, et aux tâches liées à la nourriture, aux soins médicaux et aux secours.

Amnesty International a analysé 16 photos et vidéos publiées en ligne depuis le 21 mars 2026, montrant des enfants maniant des armes comme des fusils de type AK, ou se tenant aux côtés de membres du CGRI ou d’autres forces à des postes de contrôle, pendant des patrouilles et pendant des rassemblements militarisés organisés par l’État à Téhéran, Meched et Kermanchah.

Le 29 mars, Alireza Jafari, un garçon de 11 ans, a été tué alors qu’il se trouvait avec son père, bassidji du CGRI, à un poste de contrôle à Téhéran, ce qui a mis en lumière les conséquences dévastatrices de la présence d’enfants sur des lieux constituant des objectifs militaires. Les autorités ont confirmé que l’enfant avait été tué par une attaque de drone israélienne « alors qu’il était en fonction » à un poste de contrôle.

La mère du garçon a déclaré au journal Hamshahri que, la nuit des événements, son mari avait évoqué une « pénurie de personnel » aux postes de contrôle et avait emmené leurs fils, Alireza Jafari et son frère cadet de neuf ans, avec lui. Elle a déclaré que son mari avait dit qu’Alireza devait « se préparer pour les jours à venir » et qu’actuellement, des enfants de 15 et 16 ans prenaient régulièrement part aux activités des postes de contrôle.

Ghoncheh Habibiazad, rédactrice confirmée de BBC Persian Forensic, a partagé avec Amnesty International des captures d’écran de messages envoyés par quatre témoins se trouvant à Téhéran, Karaj et Rasht, indiquant avoir vu des enfants armés, notamment de fusils de type AK47, déployés à des postes de contrôle gérés par les bassidjis en mars 2026.

L’une de ces personnes, de Téhéran, a écrit : 

« [Le 25 mars], j’ai vu un enfant à un poste de contrôle près de chez moi… Je pense qu’il avait environ 15 ans. Il avait à peine le début d’une moustache. Il semblait avoir du mal à respirer à cause de l’effort qu’il lui fallait fournir pour lever l’arme. Il pointait l’arme vers les voitures. » 

Une autre personne de Karaj a écrit : 

« Aujourd’hui [le 27 mars], j’ai vu un enfant à un poste de contrôle. Je pense qu’il avait environ 16 ans. Sa barbe n’avait même pas encore poussé. Il portait un fusil kalachnikov. » 

Une personne de Rasht a écrit le 30 mars : 

« J’ai vu des enfants maniant des armes. Ils portaient des masques pour dissimuler leur visage, mais il est évident que ce sont des enfants. Ils n’ont même pas terminé leur croissance… Certains semblent avoir 13 ans tout au plus… J’ai vu [plusieurs] enfants se tenant devant des mosquées [accueillant des bases du Bassidj], devant les forces officielles. Je ne cesse de me dire que leur cerveau n’est pas aussi développé que celui des adultes et qu’ils pourraient tirer de manière aléatoire. J’ai peur d’eux tout en ayant de la peine pour eux. » 

Une vidéo publiée en ligne le 30 mars 2026 et filmée sur la place Shariati à Meched montre deux enfants, clairement identifiables à leur taille et stature, vêtus des uniformes de camouflage et cagoules du Bassidj et portant des fusils d’assaut de type AK, à bord d’un véhicule blanc pendant un rassemblement organisé par l’État. On voit clairement un enfant se glissant par la fenêtre latérale, alors que l’autre semble se tenir debout et dépasser de la fenêtre du toit du véhicule. Les images montrent les enfants positionnés au-dessus de la foule alors que le véhicule avance sur la place, des personnes autour d’eux les encourageant et agitant des drapeaux.

L’annonce du recrutement a été diffusée avec une affiche promotionnelle montrant un homme en uniforme appartenant aux bataillons bassidji du CGRI, une femme en robe civile et deux enfants, un garçon et une fille. L’affiche promotionnelle de la campagne déploie le slogan « Les bassidjis avec la population, pour la population », avec une citation du défunt Guide suprême et commandant en chef des forces armées Ali Khamenei déclarant que « Les bassidjis doivent rester au cœur des opérations pour que les principales vertus de la Révolution perdurent ».

Dans un entretien diffusé par les médias d’État, Rahim Nadali, un responsable de la division opérationnelle Mohammad Rasoul Allah du CGRI du Grand Téhéran, a évoqué le « grand enthousiasme » parmi les adolescents à l’idée de rejoindre les « patrouilles de surveillance et opérationnelles », déclarant :  

« Plusieurs adolescents et jeunes sont venus nous voir à maintes reprises pour nous dire qu’ils souhaitaient participer… Compte tenu de l’âge des personnes qui ont formulé ces demandes, nous avons fixé la limite d’âge minimum à 12 ans. Il y a désormais des enfants de 12-13 ans qui souhaitent être présents dans cet espace. » 

Un cadre législatif abusif permettant l’enrôlement d’enfants 

Le récent recrutement d’enfants est rendu possible par les Statuts et règlements du Corps des gardiens de la révolution islamique, qui divise le personnel du CGRI en deux catégories : les gardiens officiels et les bassidjis. L’article 13 divise les bassidjis en trois catégories : bassidjis ordinaires, bassidjis actifs et bassidjis spéciaux. Les bassidjis ordinaires sont décrits comme des personnes « de divers pans de la société qui croient en la Constitution de la République islamique d’Iran et aux objectifs de la Révolution islamique ». Après avoir achevé une formation générale, ils sont intégrés et organisés au sein d’une « armée de 20 millions de personnes », terme consacré par Rouhollah Khomeini, premier Guide suprême de l’Iran, peu après la révolution de 1979, et devenu une référence pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) pour évoquer les efforts de l’État en vue de la mobilisation de masse d’enfants et de jeunes dans des campagnes militaires.

L’article 93 autorise explicitement les enfants de moins de 15 ans à devenir des bassidjis ordinaires, ce qui, de fait, ne fixe aucune limite d’âge minimum.

Les bassidjis actifs sont des bassidjis ordinaires qui « se portent volontaires pour être mobilisés » et peuvent « collaborer avec le CGRI pour mener des missions désignées » après avoir achevé une formation. L’article 94 permet aux enfants âgés de 15 ans et plus de devenir bassidjis actifs.

Les bassidjis spéciaux, aussi décrits comme « gardiens honoraires », sont ceux qui « disposent des qualifications d’un gardien [officiel] et, après avoir achevé la formation prévue par la présente loi, sont mobilisés et engagés à se tenir à tout instant à la disposition du CGRI si besoin ». L’article 16 permet aux enfants à partir de 16 ans de devenir des bassidjis spéciaux.

Bien que les autorités qualifient souvent les bassidjis de « forces populaires » ou de « forces du peuple » du CGRI, ces unités ne sont en réalité pas volontaires. Les membres du Bassidj perçoivent une indemnisation financière. Plusieurs lois et politiques imposent par ailleurs au gouvernement d’octroyer aux bassidjis des avantages en ce qui concerne l’emploi, le logement et les emprunts bancaires, ainsi que pour l’admission dans les établissements d’enseignement supérieur ; des éléments qui renforcent le risque de recrutement d’enfants issus de populations pauvres, particulièrement dans un contexte de graves difficultés économiques.

Les autorités iraniennes doivent immédiatement publier des instructions explicites interdisant aux forces armées en Iran, y compris aux structures bassidji du CGRI, d’enrôler des enfants de moins de 18 ans et imposant de veiller à ce que les bassidjis et autres membres des forces armées déjà enrôlés qui ont moins de 18 ans soient immédiatement exonérés de leurs obligations militaires.

L’Iran est partie à la Convention relative aux droits de l’enfant, qui interdit le recrutement d’enfants de moins de 15 ans. Le Protocole facultatif à la Convention, que l’Iran a signé mais pas ratifié, interdit l’enrôlement obligatoire d’enfants de moins de 18 ans par les États, ainsi que la participation d’enfants de moins de 18 ans aux hostilités. Au titre du droit international humanitaire coutumier, contraignant pour l’Iran, la conscription ou l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans dans les forces ou les groupes armés, ou leur utilisation à des fins de participation active aux hostilités, constituent des crimes de guerre. 

Complément d’information

D’après les autorités iraniennes, les frappes menées par Israël et les États-Unis ont tué plus de 1 900 personnes, dont 249 femmes et 216 enfants. Les États-Unis ont notamment mené une frappe choquante sur une école à Minab, qui a tué 168 personnes, dont plus de 100 enfants. L’enquête d’Amnesty International sur l’attaque a démontré que l’école avait été directement frappée par des munitions à guidage de précision et que les forces des États-Unis n’avaient pas fait tout ce qui était en leur pouvoir pour vérifier que la cible définie était un objectif militaire.

Les attaques menées par la République islamique d’Iran ont tué au moins 16 personnes en Israël, quatre en Cisjordanie et 23 dans des États du Conseil de coopération des États arabes du Golfe.

Ce n’est pas la première fois que les autorités iraniennes bafouent le droit international humanitaire en recrutant des enfants : pendant les années 1980, comme elles l’ont elles-mêmes admis, plus de 550 000 enfants avaient été recrutés comme enfants soldats et envoyés combattre pendant la guerre Iran-Irak, et au moins 36 000 d’entre eux avaient été tués. 

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