Alors que Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, se rend au Liban ce jeudi 6 mai 2021 pour exprimer sa solidarité avec le peuple libanais tandis que la crise économique et politique s’aggrave, Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer Armes à Amnesty International France, déclare :
« La solidarité exprimée par la France envers le peuple libanais doit se manifester dans les actes de façon cohérente et sans double discours. Lors de la violente répression des manifestations pacifiques en 2019 et 2020, au moins un millier de personnes ont été blessées du fait de l’usage illégal de la force par les forces de sécurité libanaises qui ont alors fréquemment employé des armes françaises à létalité réduite. »
« Amnesty International France appelle fermement les autorités françaises à prendre toutes les mesures appropriées pour s’assurer que des équipements de maintien de l’ordre ne sont et ne seront plus livrés aux forces de sécurité libanaises, car ils sont susceptibles d’être utilisés pour commettre ou faciliter de graves violations des droits humains. En vertu du droit international, la France a l’obligation de bloquer l’apport d’une aide matérielle – comme les équipements destinés au maintien de l’ordre – à un État connu pour se servir de ces équipements pour perpétrer de graves violations des droits humains. »
« La diplomatie française, jusqu’au Président de la République, se sont par ailleurs montrés très impliqués dans les efforts pour la sortie de crise au Liban. Ces échanges avec les autorités libanaises doivent impérativement comporter un rappel sur le respect du droit de manifester de la population libanaise : la liberté d’expression ne doit jamais être muselée par l’usage excessif de la force », ajoute Aymeric Elluin. « Les forces de sécurité libanaises ont agi dans un climat d’impunité : une réparation adéquate doit également être accordée aux victimes de ces violences. »
Note à l’attention des rédacteurs
• Le 17 octobre 2019, des manifestations massives d’une ampleur sans précédent, ont éclaté au Liban. Pendant des mois, des dizaines de milliers de manifestants pacifiques se sont rassemblés dans les villes et villages du pays pour faire part au gouvernement de leur mécontentement de longue date quant à la hausse des prix, au taux de chômage élevé, aux services publics de mauvaise qualité, et à la corruption endémique et systémique.
• En janvier 2021, de nouvelles recherches publiées par Amnesty International révèlent le rôle honteux des équipements français de maintien de l’ordre lors de la répression contre les manifestations largement pacifiques qui ont éclaté au Liban à partir d’octobre 2019, ainsi que lors des manifestations d’août 2015.
