Au café, en famille, au travail, comment faire face aux propos toxiques ? Depuis 2018, Amnesty International propose à ses membres une formation. Nous avons suivi une session à Orléans.
Extrait de La Chronique 474, août 2026
– Par Grégoire Osoha (texte et photos)
Comment répondre à mon frère qui tient des propos racistes ? Comment réagir à certaines remarques méprisantes lors de nos actions militantes ? Faut-il rejeter ceux qui nous rejettent ?
Le 28 mars 2026, 14 militantes et militants d’Amnesty International se sont réunis à Orléans pour réfléchir à ces questions. À leurs côtés, Paya Ndiaye, formatrice et facilitatrice experte de l’antidiscrimination. Habituellement, les formations d’Amnesty International sont prodiguées par des bénévoles, mais « Agir contre les discours toxiques » est un sujet sensible. D’autant que cette formation est l’une des plus demandées par les militant·es. Depuis sa création en 2018, elle a été dispensée à plus de 200 participants. Au menu : repérer les mécanismes de discrimination, comprendre leurs impacts, et y répliquer de manière adaptée.
« Peut-on rire de tout ? »
Dans la salle municipale de la rue des Chats-ferrés, Paya Ndiaye propose aux participants un exercice brise-glace. En binôme, les militants doivent écouter leur collègue raconter le moment qui a déclenché leur envie de s’engager pour les droits humains, sans l’interrompre. « Facile pour moi, c’est mon boulot, je suis psychiatre », sourit Nathalie.
Cette entrée en matière permet à Paya Ndiaye d’introduire les différents niveaux d’écoute dans les interactions sociales. De « l’écoute généreuse », composée d’attention et de curiosité, à « l’écoute prédatrice » à l’affût de la moindre faiblesse de son interlocuteur pour contre-attaquer. Une technique constamment employée dans les débats politiques.
Forts de ce premier exercice, les participants sont invités à débattre posément. Sujet : « Peut-on rire de tout ? » Pour certains, la liberté d’expression s’est réduite depuis quelques années, à tel point qu’un « Pierre Desproges ne pourrait plus jouer aujourd’hui les sketchs qui ont fait son succès ». De son côté, Eveline rappelle que certaines blagues empreintes de sexisme et de validisme [NDRL : système faisant des personnes valides la norme sociale] peuvent être blessantes. Philosophe, Jacques conclut : « Tous les rires ne sont pas les mêmes. Tout dépend de l’intention que chacun y met : inclure ou exclure. »
La formatrice présente ensuite l’échelle d’Allport. Créée en 1954 par le psychologue américain Gordon Allport, elle permet de graduer la manifestation d’un préjugé dans une société.
- Degré 1 : la discrimination verbale.
- Degré 2 : l’évitement, la mise à l’écart.
- Degré 3 : la ségrégation.
- Degré 4 : l’agression physique.
- Degré 5 : l’extermination.
Paya Ndiaye insiste sur la nécessité d’agir dès le premier degré pour empêcher le passage aux niveaux suivants. Puis, les participants se mettent à nouveau au travail. En petits groupes, ils tentent de trouver des ripostes à ces dérives verbales, qu’elles se produisent en famille, entre amis, sur un stand militant ou même au sein d’un groupe local d’Amnesty International. « Un de mes collègues regarde toutes les semaines un quart d’heure de CNews. Ça lui permet de mieux connaître les discours toxiques du moment, et donc de préparer ses réponses construites et argumentées », témoigne une participante.
Pour désamorcer les idées reçues, quoi de plus efficace que l’humour. Paya Ndiaye évoque à ce propos le « Questionnaire hétérosexuel » imaginé par Martin Rochlin, en 1972. Cet outil permet de placer les personnes hétérosexuelles dans une situation de miroir afin de leur faire ressentir, par l’absurde, les préjugés subis par les personnes homosexuelles. Parmi les questions posées : « Quand avez-vous décidé d’être hétérosexuel ? Ne pourriez-vous pas rester discret sur votre hétérosexualité ? Avez-vous déjà envisagé la thérapie pour transformer vos tendances hétérosexuelles ? »
Paya Ndiaye, la formatrice © Grégoire Osoha
La journée se termine. Les visages sont fatigués mais souriants, malgré la densité du sujet. « J’ai énormément aimé la manière dont Paya a créé un véritable espace de confiance grâce à son humilité et sa connaissance intime de la thématique », témoigne Benoît. Paya Ndiaye pointe « une grande qualité d’écoute et une vraie volonté de s’outiller pour réagir à des situations auxquelles les militant·es sont confronté·es au quotidien ». En attendant de former encore et encore.
Se former depuis chez soi
Propos antisémites, islamophobes, LGBTIphobes, contre les personnes exilées… Avec la montée des mouvements anti-droits, les discours toxiques se propagent sur la Toile comme dans nos vies. Se former à agir devient une nécessité ! Si Vous souhaitez apprendre à répondre aux discours toxiques, suivez les modules de formation en ligne !
