Illustration de Narges Mohammadi
Lola Bögelmann

Sept ans et demi de prison : c’est la peine à laquelle Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, vient d’être condamnée en Iran. Une condamnation inquiétante, face à la répression violente des autorités contre les récentes manifestations dans le pays. Depuis deux ans, les militant·es d’Amnesty International France se mobilisent pour soutenir cette infatigable défenseure des droits humains. Retour sur leur mobilisation.

Prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi a été emprisonnée à plus d’une dizaine de reprises pour son combat contre le port obligatoire du voile pour les femmes et la peine de mort. À 53 ans, elle a de nouveau été arrêtée avec d’autres militants, à Mashad, en Iran, le 12 décembre dernier, lors d’un hommage à l’avocat Khosrow Alikordi, défenseur iranien des droits humains. Ses proches craignent pour sa santé fragilisée par des crises cardiaques survenues pendant ses détentions.

Début février 2026, les autorités condamnent finalement Narges à sept ans et demi de prison. Une nouvelle condamnation, qui s’inscrit dans le cadre d’une escalade sans précédant de violences des autorités à l’encontre des récentes mobilisations dans le pays.   

Depuis deux ans, des militant·es d’Amnesty International France tentent de rallier des villes pour soutenir cette infatigable défenseur des droits humains. Retour sur leur mobilisation.

Narges Mohammadi, citoyenne d’honneur

« Ce soir est un moment précieux dans la vie d’une ville. C’est avec émotion que nous remettons la distinction de citoyenne d’honneur à Narges Mohammmadi. » Les mots du maire d’Annecy, François Astorg, résonnent dans l’hôtel de ville comme dans le cœur de Karine Schmitzler. Militante du groupe local d’Annecy, c’est elle qui, il y a deux ans, a proposé à ses collègues de dédier leur activité à la défense de la journaliste iranienne.

© AMNESTY INTERNATIONAL ANNECY

De gauche à droite, Ali, Taghi Rahmani et, au deuxième rang, les membres d‘Amnesty International Annecy.

À Annecy, Karine Schmitzler raconte : « Nous n’étions plus que trois membres actifs en 2024. Trop peu pour organiser des événements d’envergure. J’ai donc demandé à la commission “Agir pour les personnes” du siège d’Amnesty International France que l’on nous confie un cas à défendre. » Pourquoi a-t-elle choisi celui de Narges ? « Parce que les Iraniennes ont une force incroyable. Je me demande si j’aurais été capable de faire pareil à leur place. M’engager pour elles ici, c’est la moindre des choses. »

Au total, dix groupes locaux d’Amnesty International France se sont mobilisés pour défendre Narges dans le cadre d’une « action suivie1 ». Marie-Françoise Barboux, membre de la commission « Droits des femmes », en est la coordinatrice. Elle propose aux militants de démarcher leur mairie pour faire de la Prix Nobel iranienne une citoyenne d’honneur. Objectifs : affirmer le soutien d’Amnesty International à Narges, sensibiliser le public et exercer une pression sur les autorités iraniennes pour obtenir sa libération définitive. Les municipalités de Chilly-Mazarin (Essonne), Vire (Calvados) et La Buisse (Isère) répondent positivement à l’initiative, alors qu’à Nice (Alpes-Maritimes), les militants se cassent les dents.

Pour Annecy, tout part d’une rencontre inopinée : en mai 2025, Karine interpelle le maire lors de l’inauguration de la cour végétalisée dans l’école de sa fille ! Il faut faire vite car les élections municipales de 2026 imposent un devoir de réserve six mois avant le scrutin, risquant ainsi de figer l’accord de l’édile. Le dossier fait son chemin jusqu’au conseil municipal en septembre. « Pour la première fois de ma vie, j’ai suivi une séance du conseil. Je l’ai regardée en direct chez moi. Il y a eu quelques oppositions, sous prétexte que Narges n’était pas d’Annecy. Mais la résolution a finalement été adoptée.»  

Le soir du 5 novembre, le mari de Narges, Taghi Rahmani – en France depuis 2012 –, et son fils Ali sont présents pour la remise de la médaille et du certificat de citoyenne d’honneur. Ali prend la parole : « Cette distinction n’est pas un simple bravo, mais un soutien indéfectible. Cela signifie que les citoyens d’Annecy seront avec elle, dans son combat. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point votre soutien lui est nécessaire. Sans vous, il n’y aurait pas de Narges Mohammadi. » Le maire intervient pour exiger « la fin des persécutions que vous subissez. Votre famille n’a déjà que trop attendu vos retrouvailles ».

Des chants iraniens interprétés par le chœur Iran Solidarité Grenoble accompagnent la cérémonie. « C’était un moment suspendu, confie Karine. Ali m’a dit que c’était la première fois qu’il voyait son père, ému, fredonner avec le groupe les chansons de son enfance. » Un moment de solidarité essentiel alors que la répression meurtrière des autorités s’intensifie contre la vague contestataire née le 28 décembre dernier.

1– Forme d’action visant à exercer une pression continue sur les autorités d’un pays en faveur d’une personne ou d’un groupe de personnes en danger. Les militants échangent entre eux tout au long de l’année pour déterminer les meilleurs moyens de soutenir à distance.

les groupes engagés dans l'action suivie pour narges

Barcelonnette, Wissembourg, Nice 1, Nice 2, Voiron-La Buisse, Annecy, Voiron, Lyon Croix-Rousse, Vire, Essonne-Nord

Sept jourS : un film inspiré par la vie de Narges Mohammadi

Incarcérée en Iran pour son engagement en faveur des femmes, Myriam obtient une permission médicale de sept jours. Grâce à ses proches, elle parvient à quitter Téhéran pour rejoindre son mari et ses deux enfants en Turquie. Des retrouvailles ternies par l’incompréhension de sa fille : « Si tu voulais te battre, pourquoi nous avoir mis au monde ! » Ce dilemme entre militantisme et vie familiale est au cœur du scénario, inspiré par la vie de la journaliste iranienne Narges Mohammadi. — A.C.

Par Ali Samadi Ahadi (réalisation) et Mohammad Rasoulof (scénario), 1 h 53. Sortie le 16 juillet 2025. Film soutenu par Amnesty International.

Stop aux massacres des manifestants en Iran !

En Iran, la répression des autorités contre les manifestations a viré au massacre. Depuis le 28 décembre 2025, des milliers de manifestants ont été tués et blessés par les autorités. Cette spirale de violence et d’impunité doit cesser !