Les restrictions à la distribution d’une aide vitale aux civils au Yémen exacerbent la crise humanitaire dans ce pays et mettent des vies en danger. Toutes les parties au conflit doivent laisser librement passer les organisations fournissant des produits de première nécessité.
Les travailleurs humanitaires au Yémen se trouvent quotidiennement exposés à des menaces et à des risques lorsqu’ils essaient de se rendre auprès de certaines des populations dans le besoin : les combats toujours en cours ainsi que les restes des explosifs utilisés pendant les combats. Leurs difficultés sont amplifiées par le fait que tant les Houthis que les forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite mettent des obstacles illégaux à la distribution de l’aide humanitaire dans le pays.
Des obstacles improvisés et illégaux à l’aide humanitaire
Excès de zèle La coalition dirigée par l’Arabie saoudite exige qu’on lui communique des cartes très détaillées et de nombreuses informations sur les personnels et les véhicules. Parce que ces exigences mobilisent beaucoup de temps et de ressources, certaines organisations non gouvernementales ne sont pas en mesure de fournir ces informations ou s’en abstiennent, ce qui expose leurs personnels et leurs équipements à un risque élevé. Il incombe à la coalition de ne pas prendre pour cibles des civils ou biens de caractère civil, notamment les travailleurs et fournitures humanitaires. Les travailleurs humanitaires devraient pouvoir se déplacer librement afin d’apporter une aide indépendante aux personnes prises au milieu de ce conflit sanglant au Yémen. Le ministère de la Planification a aussi demandé à des organisations humanitaires de soumettre leurs projets de déplacement pour une période de trois mois, ce qui peut être extrêmement difficile dans le contexte explosif d’un conflit armé, où les projets peuvent changer d’un moment à l’autre.
Menaces et intimidations Des représentants d’organisations humanitaires ont en effet signalé avoir été menacés verbalement ou physiquement, arrêtés et interrogés par divers comités houthis et entités affiliés aux Houthis. Dans certains cas, des travailleurs humanitaires ont été arrêtés ou menacés d’une arme. Des organisations ont été forcées à suspendre des activités sur le terrain si elles refusaient de satisfaire des demandes déraisonnables telles que le fait que donner le nom des bénéficiaires.
Lourdes exigences administratives Des démarches administratives étouffantes imposées par les ministères contrôlés par les Houthis ralentissent par ailleurs le processus de distribution de l’aide humanitaire. Les autorités houthis de facto ont aussi imposé un certain nombre de restrictions concernant les travailleurs humanitaires internationaux, leur refusant l’accès au pays de manière arbitraire ou retardant la délivrance de leurs visas et imposant aux personnels nationaux et internationaux l’obligation d’obtenir des permis onéreux pour les déplacements internes. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, en février, le ministère de l’Intérieur à Sanaa s’est opposé à trois différentes missions de l’ONU de Sanaa à Ibb et Taizz – 79 % de la population à Taizz, la troisième ville du pays, a besoin d’une aide humanitaire.
Atteintes à l’indépendance des opérations humanitaires Dans certains cas, les autorités locales houthis, dont le ministère de la Planification, ont essayé d’influencer qui les organisations humanitaires emploient ou à qui elles distribuent de l’aide. Cela est contraire aux principes humanitaires fondamentaux que sont l’indépendance et l’impartialité. Cela empêche aussi de mettre en place des opérations humanitaires efficaces, de leur planification à leur réalisation. Le Yémen est confronté à une crise humanitaire et les financements destinés aux organisations humanitaires sont cruciaux. Il est impératif que des évaluations adéquates des besoins soient effectuées sans ingérence. Le plan de réponse humanitaire à la crise au Yémen nécessite 1,8 milliard de dollars, mais à la fin juin seuls 25 % des financements avaient été recueillis.
Une priorité lors des négociations de paix
Le blocage de l’aide humanitaire est une violation du droit international humanitaire. Toutes les parties au conflit armé sont tenues d’autoriser et de faciliter le passage en toute sécurité d’une aide humanitaire impartiale destinée aux civils qui en ont besoin. La levée des obstacles à l’acheminement de l’aide humanitaire doit se voir accorder la priorité la plus élevée dans le cadre des négociations de paix ayant eu lieu au Koweït ces derniers jours. Il est absolument impératif que les négociateurs mettent l’accent sur cette question et prennent des mesures pour garantir que l’aide parvienne à ceux et celles qui en ont le plus besoin, et pour faire en sorte que les travailleurs humanitaires et leurs organisations ne soient pas pris pour cibles ou harcelés.
