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Un homme marchre devant les décombres d'un immeuble après un bombardement à Tchernihiv, Ukraine, le 4 mars 2022 / © Dimitar DILKOFF via AFP

Un homme marchre devant les décombres d'un immeuble après un bombardement à Tchernihiv, Ukraine, le 4 mars 2022 / © Dimitar DILKOFF via AFP

Un homme marchre devant les décombres d'un immeuble après un bombardement à Tchernihiv, Ukraine, le 4 mars 2022 / © Dimitar DILKOFF via AFP

Conflits armés et protection des civils

Frappe aérienne à Tchernihiv : l'une des attaques les plus meurtrières depuis le début du conflit  

À retenir

8 bombes larguées sur la ville de Tchernihiv  

Des armes probablement russes  

Notre équipe n’a pas pu identifier de cible militaire à proximité des points d'impact  

47 morts, dont 38 hommes et 9 femmes 

La majorité des victimes, uniquement civiles, faisaient la queue pour acheter de la nourriture  

Une frappe aérienne a tué au moins 47 civils à Tchernihiv, en Ukraine, le 3 mars dernier. Nous avons enquêté sur cette attaque, l'une des plus meurtrières que le peuple ukrainien ait subies depuis le début du conflit. 

Jeudi 3 mars, vers 12h15. La petite place publique formée au croisement des rues Viatcheslava Tchornovola et Krouhova, dans la ville ukrainienne de Tchernihiv, située à 130 kilomètres au nord de Kiev, est violemment frappée par le largage de huit bombes. Une frappe aérienne sans merci et aveugle, qui aurait tué 47 civils (38 hommes et neuf femmes) selon l'administration régionale de Tchernihiv. Certains d’entre eux étaient venus chercher du pain. D’autres, vaquaient simplement à leurs occupations quotidiennes, dans leurs maisons, les rues ou les magasins. Tous, ont péri sous les bombes. Et de nombreux bâtiments voisins ont été gravement endommagés. 

Lire aussi : Guerre en Ukraine : une catastrophe pour les droits humains

 L'attaque aérienne qui a frappé les rues de Tchernihiv choque la conscience

Joanne Mariner, directrice de notre division Réaction aux crises

Nous avons pu interroger des témoins directs de l’attaque, vérifier et analyser des éléments vidéo et images satellites. Nos équipes ont ainsi conclu que l'attaque était très probablement due à une frappe aérienne russe au cours de laquelle de multiples bombes non guidées - dites "bombes stupides" par opposition aux “bombes intelligentes” qui sont guidées - ont été utilisées. Des vidéos vérifiées de l’attaque montrent que huit bombes ont été lâchées les unes après les autres, se succédant rapidement, et en ligne.  

Une carte générale montrant les zones de dommages - vérifiées à l'aide de photos et de vidéos disponibles en open source - des frappes du 3 mars 2022 à Chernihiv, en Ukraine. D'importantes infrastructures civiles sont également représentées à proximité immédiate des zones de dommages vérifiées. Des files d'attente ont été observées dans deux magasins d'alimentation de la région immédiate sur des images satellite du 28 février (non montrées).

Cette attaque est l'une des plus meurtrières que le peuple ukrainien ait connu depuis le début du conflit. Nos équipes de recherche n'ont pas été en mesure d'identifier une cible militaire légitime sur le lieu de la frappe ou à proximité.  

Lire aussi : Les attaques aveugles de la Russie contre les civils

Des habitants sous le choc 

Lorsque les bombes ont frappé, Alina, une étudiante de 21 ans, se trouvait avec sa famille dans sa maison de la rue Ivana Bohuna, située à proximité.

J'ai entendu un bourdonnement très, très fort, et j'ai senti notre immeuble trembler. C'était comme si notre appartement se gonflait... Et puis, deux secondes plus tard, j'ai entendu les fenêtres s'envoler dans la cour. Notre immeuble a beaucoup tremblé, j'ai cru qu'il n'y aurait plus de murs 

Alina, une étudiante de 21 ans 

Elle raconte comment, dès les premiers bourdonnements, elle a immédiatement appelé sa grand-mère dans le couloir avec elle : « Nous nous sommes allongées sur le sol et c'est probablement ce qui nous a sauvées ». 

Les parents d'Alina quant à eux, se trouvaient dans la rue lorsque l'explosion s'est produite. Ils ont échappé à l'attaque, mais de justesse.  

Dans le bâtiment jaune [voisin], il y avait une file d'attente pour du pain, et c'est là qu'ils voulaient aller... Je ne me souviens pas si c'était ma mère ou mon père, l'un d'eux a dit : 'Non la file est trop longue, allons-y'. Et ils sont partis. Les personnes qui étaient dans cette file ne sont plus là. 

 Alina, une étudiante de 21 ans 

Yulia Matvienko, 33 ans, mère de trois enfants, était chez elle avec ses enfants, dans cette même rue Ivana Bohuna, lorsque l'attaque a eu lieu. Son récit rejoint celui d’Alina : « Je marchais dans le couloir et je n'étais même pas arrivée dans la cuisine quand j'ai été soudain assourdie - je ne comprenais pas ce qui se passait ».  

Je n'ai pas compris ce qui se passait. Tout s'est soudain mis à s'écrouler et à tomber. Les enfants ont crié. Pendant plusieurs secondes, c'était comme s'il y avait un silence et que le temps s'arrêtait. 

 Yulia Matvienko, 33 ans, mère de trois enfants,

Blessée à la tête, elle a dû tirer ses enfants de sous les décombres : « Le sang coulait sur moi, et j'ai traîné mes enfants dehors ». « Tout était détruit, et la porte a été arrachée. Il ne restait plus une seule fenêtre. Certains balcons ont été totalement arrachés. Les enfants n'ont pas une seule égratignure. C'est un miracle... [il n'y avait] que mon sang sur eux » se souvient-elle encore sous le choc. 

Le largage de bombes non guidées dans des zones peuplées viole l'interdiction de mener des attaques sans discrimination. Ces bombes ont des effets à grande échelle et sont beaucoup moins précises que les munitions à guidage de précision. 

Aller plus loin : Quelles armes sont interdites par le droit international humanitaire ?

Notre demande 

Le procureur de la Cour pénale internationale doit enquêter sur cette frappe aérienne en tant que crime de guerre. Les responsables de tels crimes doivent être traduits en justice, et les victimes et leurs familles doivent obtenir  réparation . 

Aller plus loin : Les responsables de crimes internationaux en Ukraine devront rendre des comptes

Vérifications effectuées par le Laboratoire de preuves 

Le Crisis Evidence Lab, le laboratoire de preuves d’Amnesty International a vérifié des images enregistrées après cette attaque, qui montrent des immeubles endommagés et des corps sans vie dans la rue. Les images enregistrées par le Service d'intervention d'urgence de l’État ukrainien montrent également les destructions et l’intervention des secours. 

D’autres vidéos vérifiées enregistrées après l’attaque montrent d’importantes destructions et au moins un cratère de bombe dont la taille correspond à l’explosion d’une charge d’environ 500 kilos. 

Un autre contenu vérifié enregistré sur le site d’une autre frappe aérienne en Ukraine montre les forces de la défense civile en train d’enlever une bombe non guidée FAB-500 M62.  

De plus, une vidéo officielle publiée par l’armée russe le 6 mars montre le lancement d’un chasseur-bombardier Su-34 Fullback équipé de huit bombes FAB-500, ce qui est un indicateur des charges typiquement utilisées pour le combat dans le cadre des opérations russes actuelles.

Frappe aérienne à Tchernihiv : l'une des attaques les plus meurtrières depuis le début du conflit   - Amnesty International France