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Le village de Khan al Ahmar, en Cisjordanie occupée © Amnesty International (Photo: Richard Burton)

Le village de Khan al Ahmar, en Cisjordanie occupée © Amnesty International (Photo: Richard Burton)

Le village de Khan al Ahmar, en Cisjordanie occupée © Amnesty International (Photo: Richard Burton)

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La rentrée précoce d'enfants palestiniens

Laith Abu Zeyad, chargé de campagne d'Amnesty International sur Israël et les territoires palestiniens occupés raconte l'histoire des enfants d'une école en Cisjordanie occupée, qui luttent par tout les moyens pour garder leur école.

Si vous avez apprécié vos vacances d'été, ayez une pensée pour les enfants de l'école de Khan al Ahmar, en Cisjordanie occupée. Ils ont raccourci leurs vacances cette année, préférant faire leur rentrée à l’avance pour éviter que l'armée israélienne ne détruise leur école.

En juin, lorsque je me suis rendu dans le village de Khan al Ahmar, fondé par la tribu des bédouins Jalahins il y a plus de 60 ans, ces enfants m'ont confié que leur plus grande peur était de voir arriver les forces israéliennes chargées de démolir leurs maisons et leur école. Un mois plus tard, cette peur s'est matérialisée.

Khan al Ahmar est l'une des 46 communautés palestiniennes en Cisjordanie centrale qu'Israël veut transférer de force pour laisser place à des colonies illégales réservées aux juifs. Le 24 mai, la Cour suprême israélienne a statué en faveur de la démolition du village. Le 4 juillet, l'armée a expulsé de force ses habitants, les attaquant violemment, ainsi que des militants solidaires, à la veille du déplacement forcé de tout le village.

Lire aussi : Les colonies israéliennes sont-elles illégales ?

Les villageois ont alors pris des mesures drastiques.

Le 16 juillet, le ministère palestinien de l'Éducation a déclaré que la rentrée scolaire à Khan al Ahmar serait avancée de deux mois.

Les élèves ont sacrifié leurs vacances estivales pour protester contre la démolition imminente de leur école – et tenter de la protéger contre les bulldozers.

Khan al Ahmar se trouve à l'est de Jérusalem, près des colonies israéliennes illégales de Maale Adumim et Kfar Adumim. Le transfert par Israël de ses citoyens, et de plus de 200 autres personnes, pour les installer dans ces colonies bafoue le droit international et constitue un crime de guerre.

La première chose que vous remarquez en arrivant à Khan al Ahmar, c'est qu'il est impossible de s'y rendre en voiture. Il n'y a pas d'accès depuis la route principale qui relie très bien les blocs de colonies au reste du territoire israélien.

Nous avons dû garer notre véhicule, traverser cette artère et sauter par-dessus une petite barrière pour entrer dans le village. Entouré par des colonies israéliennes, Khan al Ahmar se trouve également près d'une base militaire israélienne et d'une zone industrielle.

Depuis plus de 60 ans, la tribu bédouine des Jahalins se bat pour conserver son mode de vie. Les Jahalins ont été expulsés de leurs terres ancestrales dans le désert du Néguev dans les années 1950. Les gouvernements israéliens successifs, semblant vouloir les faire disparaître, leur font subir depuis lors harcèlement, pressions et réinstallations.

Les décisions récemment prises par Israël en rapport avec l’expansion des colonies illégales dans ce secteur à l'est de Jérusalem, divisant de fait la Cisjordanie occupée en deux, se solderont par de nouvelles difficultés pour ces populations.

On recense vingt tribus bédouines des Jahalins dans la région, comptant 2 300 réfugiés, dont beaucoup d'enfants.

Ces villages sont tous situés dans des secteurs classés « zone C » aux termes des accords d’Oslo signés en 1993 entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Dans cette zone, qui couvre plus de 60 % de la Cisjordanie occupée, l'armée israélienne garde un contrôle total sur la population palestinienne qui y vit. L’administration civile israélienne, une instance militaire, supervise la planification et l’aménagement du territoire, et empêche les Palestiniens de construire et de développer leurs communautés.

Elle a refusé de fournir à Khan al Ahmar (et à d'autres villages palestiniens dans des secteurs classés « zone C ») de l'eau, de l'électricité, des routes et un système d'évacuation des eaux usées. Elle bloque la construction de logements et a démoli plus de vingt-cinq habitations à Khan al Ahmar depuis dix ans. Le village compte plus de 160 bâtiments, dont une école, une mosquée et un centre de soins, pour la plupart faits de tôle ondulée et de bois.

L'école de Khan al Ahmar, construite en 2009 avec de la terre et des pneus, accueille plus de 150 élèves âgés de 6 à 15 ans, qui viennent de cinq villages et n'auraient pas d’autre accès à l'éducation.

« Les enfants n'ont pas d'endroit pour jouer ici – sauf à l'école. L'école est le lieu où ils étudient et où ils jouent, c’est leur endroit préféré », m'a confié Abu Khames, porte-parole des villageois alors qu'il me faisait faire le tour du village.

Mais tout cela va être détruit.

Les enfants de Khan al Ahmar n'ont pas eu le luxe d'avoir du temps libre cet été, et ils n'auront bientôt plus du tout le luxe d'aller à l'école en paix et en sécurité.

Les habitants de Khan al Ahmar ne devraient pas se battre tout seuls. Faites-vous entendre et agissez pour empêcher Israël d'expulser de force des milliers de Palestiniens de leurs terres, en vue de les utiliser de manière illégale pour créer des colonies dans lesquelles vivent exclusivement des colons juifs israéliens.

Israël doit immédiatement abandonner les projets impliquant d’expulser de force les Jahalins hors de leurs terres et annuler tous les ordres de démolition visant leurs domiciles. Il faut en revanche transférer la responsabilité en matière de politiques et de réglementations d'aménagement et de construction dans les territoires palestiniens occupés des autorités israéliennes aux communautés palestiniennes locales.

Le 5 septembre, la Cour suprême israélienne a donné son feu vert à la démolition de Khan al Ahmar, après avoir rejeté les dernières requêtes désespérées des habitants de ce village de Cisjordanie.

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