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Julia Hall, experte d'Amnesty International en matière de lutte contre le terrorisme et de droits humains, lors d'une conférence de presse sur le lancement d'un nouveau rapport sur les prisons secrètes de la CIA en Pologne et l'enquête menée pendant cinq ans par le procureur polonais. Le 12 juin, à Varsovie. © Grzegorz Żukowski

Julia Hall, experte d'Amnesty International en matière de lutte contre le terrorisme et de droits humains, lors d'une conférence de presse sur le lancement d'un nouveau rapport sur les prisons secrètes de la CIA en Pologne et l'enquête menée pendant cinq ans par le procureur polonais. Le 12 juin, à Varsovie. © Grzegorz Żukowski

Julia Hall, experte d'Amnesty International en matière de lutte contre le terrorisme et de droits humains, lors d'une conférence de presse sur le lancement d'un nouveau rapport sur les prisons secrètes de la CIA en Pologne et l'enquête menée pendant cinq ans par le procureur polonais. Le 12 juin, à Varsovie. © Grzegorz Żukowski

Interview

Julia Hall : « Non à l'extradition de Julian Assange »

Julia Hall, spécialiste des droits humains pour Amnesty International, s’inquiète du précédent créé par le procès Assange sur la liberté d’expression. Présente aux audiences de février, l’ONG est interdite d’accès à celles de septembre.

La Chronique : Amnesty considère-t-elle Julian Assange comme un lanceur d’alerte ?

Julia Hall : Non, un lanceur d’alerte est quelqu'un qui travaille au sein d'une agence, d'un ministère ou d'une entreprise et qui lance l’alerte par rapport à la structure hiérarchique, au directeur par exemple. Julian Assange, lui, a accepté des documents provenant de diverses sources et les a ensuite divulgués aux médias, c'est une démarche différente. Cependant, l'activité qu'il a exercée n'est pas un crime et ne devrait pas être sanctionnée.

Vous avez assisté aux audiences. Quelle est la position d’Amnesty et pourquoi avoir tardé avant de se positionner ?

À chaque fois que des questions de droits humains ont émergé dans l'affaire Assange, Amnesty International s'est prononcée publiquement. Au moment où la Suède a demandé son extradition, c'est-à-dire entre 2010 et 2012, nous nous sommes exprimés autour de la question de savoir s'il devait ou non retourner en Suède en raison des accusations d'agression sexuelle engagées contre lui. À ce moment-là, nous avons abordé les questions de droits humains, premièrement en affirmant que les femmes qui ont accusé Julian Assange de viol et d'agression sexuelle devaient bénéficier d'une procédure équitable en Suède, que leurs demandes devraient être prises au sérieux et faire l'objet d'une enquête approfondie. D'autre part, nous avons déclaré que Julian Assange, s'il était extradé en Suède, devrait bénéficier d'un procès équitable et d'une enquête impartiale sur les accusations, mais surtout qu'il ne devrait pas être directement extradé depuis la Suède vers les États-Unis. Lorsque les États-Unis ont publié le nouvel acte d'accusation qui comprenait les accusations d'espionnage, et que Julian Assange était en détention au Royaume-Uni, nous avons publié une autre déclaration affirmant qu'en aucun cas Julian Assange ne devrait être envoyé aux États-Unis. S'il était extradé, cela serait une violation de l'article 3 relatif à la torture et aux traitements cruels, inhumains et dégradants. Lorsque les audiences d’extradition ont débuté en février, nous étions sur place et nous étions la seule organisation internationale indépendante de défense des droits humains à les suivre. À ce moment-là, nous avons publié un communiqué de presse, une pétition, une vidéo, j'ai twitté. Il était très important pour nous d’assister au procès en personne, mais aussi de voir Julian Assange. Son visage illustre les persécutions qu’il a vraiment subies pendant toutes ces années. On peut voir combien il a vieilli, comme il est agité, et combien les médicaments qu'il prend le rendent confus et affectent sa concentration.

Son droit à un procès équitable est-il menacé ?

Le fait qu'il prenne des médicaments préoccupe ses avocats. Il prend un traitement médicamenteux lourd pour soigner une dépression clinique et ces médicaments réduisent également sa capacité de concentration. Ce qui se passe dans la salle d'audience nous inquiète. Peut-il véritablement participer à l'audience, s'il est derrière une vitre ? Julian Assange estime qu’il ne peut donner d'instructions en privé à ses avocats. Sa capacité à se défendre et à participer pleinement à la procédure est réduite. Il y a aussi une réelle inquiétude étant donné ce qui s'est passé à l'ambassade équatorienne - l'allégation selon laquelle ses communications confidentielles avec ses avocats étaient surveillées. Il y a donc une véritable raison pour ses avocats de penser qu'il pourrait y avoir des problèmes par rapport à la confidentialité de ces communications. Tous ces éléments sont des violations potentielles des droits humains et nous assurerons le suivi avec le gouvernement britannique et sur tous les autres aspects.

Que peut-il se passer en cas d’extradition ?

Si le tribunal décide de l'extrader, il y aura sans doute un appel, au Royaume-Uni, et je suppose que ses avocats porteront l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg, mais rien n'indique qu'il partira où que ce soit dans un avenir proche, car ces appels pourraient prendre un certain temps.

Quel est l’enjeu de ces audiences, au-delà du cas Assange ?

Si les poursuites contre Julian Assange perdurent, s'il est envoyé aux États-Unis et qu'il y est jugé pour des accusations d'espionnage, cela créera un terrible précédent qui pourrait vraiment porter un coup à la liberté de la presse dans le monde entier. La question plus large est de savoir si nous voulons vivre dans un monde où les gens qui reçoivent des informations sur des crimes de guerre, sur des fautes des gouvernements, sur de la corruption, se trouvent empêchés de les publier ou de les partager dans l'intérêt public.

 

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