Vue des décombres d'une école à Hormozgan, en Iran, le 5 mars 2026.
© Photo de Stringer / Anadolu via AFP

Nos équipes ont enquêté sur les bombardements d’une école de Minab en Iran. Nos conclusions sont formelles : le 28 février, l’armée américaine s’est rendue responsable d’une grave violation du droit international humanitaire. Parce que les familles des victimes méritent justice et vérité, nous demandons la mise en place d’une enquête impartiale, transparente et approfondie.

Le 28 février 2026, une école de la ville de Minab en Iran est le théâtre d’un véritable massacre. Aux côtés de 12 bâtiments militaires iraniens, l’école bondée d’enfants est délibérément ciblée par des frappes américaines. Les attaques font 168 décès parmi la population civile, dont au moins 110 écoliers.

Les murs de l’école faisaient auparavant partie d’un complexe militaire iranien adjacent. Mais ce n’était plus le cas depuis 2016. L’armée américaine aurait dû savoir qu’il s’agissait d’une école au moment des frappes.

Mais dans le cadre de leurs opérations en Iran, les Etats-Unis s’appuient massivement sur l’intelligence artificielle pour le traitement de données. Or aucune précaution n’a été prise par l’armée américaine pour s’assurer de la véracité de ces données. 

Quant à l’armée iranienne, elle exposait la population civile à de graves risques en installant une école à proximité d’une infrastructure militaire. Et depuis le 28 février, les frappes américaines sont utilisées à de véritables fins de propagandes par les autorités iraniennes. 

Comment en est-on arrivé là ? Quel rôle a joué l’intelligence artificielle dans ce drame ? Comment ont été prises ces décisions, à l’issue fatale ? Nos équipes présentes sur place ont enquêté. Elles ont interrogé trois sources et analysé des dizaines d’images satellites, de vidéos et de photographies.

Nos conclusions sont implacables : les frappes américaines constituent une grave violation du droit international humanitaire. Parce que les victimes et leurs familles doivent obtenir vérité, justice et réparation, nous appelons à la mise en place d’une enquête impartiale, indépendante et transparente de toute urgence.

Comment avons-nous enquêté ?

En raison de la coupure délibérée d’Internet imposée par les autorités iraniennes depuis le 28 février 2026, nous n’avons pas pu nous entretenir avec les témoins et les familles des victimes sur place.

Cependant, nous avons pu rencontrer trois personnes basées à l’étranger ayant connaissance de la situation à Minab, de l’école et de l’attaque : un enseignant, un habitant de Minab et un défenseur des droits humains baloutche. Nous avons également pu examiner les déclarations officielles publiées par les autorités iraniennes, israéliennes et américaines, ainsi que les reportages des médias d’État et indépendants.

En parallèle, nous avons analysé plus de 30 images satellites de l’école et du complexe adjacent du CGRI. Nous avons également pu analyser 28 vidéos et 30 photographies publiées en ligne, des frappes, des conséquences immédiates des attaques ou encore des opérations de sauvetage.

Une analyse complémentaire a par ailleurs été menée par un médecin légiste indépendant.

Que fait amnesty international ?

Amnesty International est un mouvement mondial réunissant plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public.

Une école délibérément ciblée par les États-Unis  

28 février 2026, Minab, province d’Hormozgan en Iran. Il est 9h45. Les bombardements américains et israéliens débutent. Dans l’école de Shajareh Tayyebeh, le personnel est en état d’alerte. Il prévient rapidement les familles : tous les enfants doivent immédiatement rentrer chez eux pour être mis en sécurité.

Mais pour beaucoup, il est déjà trop tard. Une heure après le début des bombardements à Minab, l’école est touchée. Il est 10h45. La frappe est meurtrière. Elle entraine le décès de 168 personnes. Au moins 110 écoliers y ont laissé leur vie selon l’agence de presse judiciaire Mizan News Agency. Parmi les victimes figurent également 26 enseignants et 4 parents.

Les habitants des rues voisines et ceux qui en avaient le temps se sont précipités et ont tenté d’emmener les enfants dont les familles n’étaient pas encore arrivées. De nombreux élèves venaient des villages environnants, et le trajet prenait du temps ; ceux qui habitaient plus loin ont dû attendre longtemps qu’une voiture vienne les chercher au village. Ce retard leur a été fatal. Les directeurs et les enseignants sont restés sur place pour faire sortir les enfants. La plupart d’entre eux ont été tués. Personne n’aurait imaginé qu’une école située en ville puisse être touchée.

Sohrab, un habitant de Minab (par mesure de sécurité, son nom a été modifié)

Nous avons analysé des dizaines d’images satellites, de vidéos et de photographies. Nos conclusions sont formelles. La frappe était le résultat d’une attaque américaine. Elle ciblait délibérément l’école, ainsi que 12 autres structures situées dans un complexe adjacent du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Vue satellite de l'école de Minab, 2026
Le 24 février 2024, l’image satellite met en évidence le complexe de l’IRGC et la zone de l’école. Celle du 4 mars 2026 montre les bâtiments et structures fortement endommagés ou détruits au sein du complexe de l’IRGC, mis en évidence par des cadres en pointillés blancs. Le bâtiment scolaire détruit est mis en évidence par un cadre jaune. La bande proche infrarouge fait ressortir les traces de brûlures dans des teintes noires.

Seuls les combattants et objectifs militaires peuvent faire l’objet d’attaques. Les infrastructures civiles comme les écoles, ne doivent en aucun cas être l’objet de frappes militaires ciblées. Ces frappes américaines sont une grave violation du droit internationale humanitaire. 

Des renseignements obsolètes utilisés par l’armée américaine 

L’armée américaine aurait du tout mettre en œuvre pour assurer que les cibles de ses attaques sur Minab soient effectivement militaires et non civiles. Ce, en menant des activités de renseignements rigoureuses, en s’assurant de l’actualisation des données collectées et en vérifiant toutes les informations disponibles. 

Alors, comment en est-on arrivé là ?  

Dans le cadre de ses opérations en Iran, l’armée américaine s’appuie sur l’intelligence artificielle comme outil de traitement de données. Or nos recherches tendent à prouver que les données traitées par l’outil étaient en réalité obsolètes lors de la planification de l’attaque.  

En effet, l’école est située à proximité d’un complexe militaire du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), cible des bombardements américains. En 2013, les murs de l’école faisaient encore partie de ce complexe militaire et servaient de quartier général au CGRI. Mais depuis 2016, les images satellites indiquent que les locaux de l’école ont été physiquement séparés du complexe du CGRI, par la construction de murs d’enceinte.  

Image satellite de l'école de Minab en Iran, 2016
 L’image satellite du 20 octobre 2013 montrent le complexe de l’IRGC avec un périmètre fortifié, des postes de garde surélevés le long des murs – mis en évidence par des carrés bleus – et une entrée contrôlée. L’image du 28 octobre 2016 (en bas) montre que de nouveaux murs ont été érigés dans la partie nord-est, séparant deux bâtiments du complexe, ainsi que trois nouvelles entrées fermées par des portails.

Il y a quelques jours, une enquête préliminaire menée par l’armée américaine a conclu que la frappe sur l’école résultait bien d’une obsolescence des données traitées par l’IA, selon le New York Times. Nous le rappelons : le recours à l’intelligence artificiel nécessite un contrôle humain renforcé dans la planification et la mise en œuvre de telles attaques. 

Nos conclusions sont claires. L’armée américaine a failli à son devoir de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter ou réduire au minimum les dommages collatéraux causés aux populations et infrastructures civiles. Et toute utilisation actuelle ou future de l’intelligence artificielle amplifie le risque de telles défaillances. 

Instrumentalisation des frappes par les autorités iraniennes  

Le droit international humanitaire exige que toutes les précautions soient prises par les autorités pour protéger leurs populations civiles contre de potentielles attaques. Les autorités iraniennes n’auraient jamais dû implanter une école dans un bâtiment adjacent à un complexe militaire. 

Depuis les frappes sur l’école, les autorités utilisent les attaques des Etats-Unis comme un véritable outil de propagande. Plusieurs vidéos démontrent qu’elles ont contraint des enfants ayant survécu au drame à revenir sur les lieux pour être interviewés de force.  

Elles ont aussi interdit aux familles d’organiser leurs propres funérailles et ont refusé le retour des dépouilles de leurs enfants, avant l’organisation de cérémonies collectives imposées et contraires aux traditions des familles. 

Ces actes de coercition, d’intimidation et d’instrumentalisation des familles en deuil et des enfants survivants traumatisés causent une grave détresse mentale. Ils peuvent constituer des actes de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. 

Justice pour les victimes  

Le 9 mars, le président américain Donald Trump réfutait toute responsabilité dans les frappes contre l’école. Le lendemain, un porte-parole de la Maison Blanche confirme finalement qu’un rapport sur les frappes serait prochainement publié par le département américain de la Défense.   

Nous demandons que cette enquête soit indépendante, impartiale et transparente. Et qu’elle détermine de manière précise les décisions de ciblage, les précautions prises et le rôle de l’intelligence artificielle dans chacune des étapes.  

Les victimes et leurs familles doivent obtenir vérité et justice face à ce drame. Et bénéficier d’une réparation intégrale, comprenant la restitution, la réhabilitation et l’indemnisation pour les dommages subis. 

Quant aux autorités iraniennes, elles doivent immédiatement évacuer les populations civiles des environs des cibles militaires, autoriser l’entrée d’observateur·trices indépendant·es dans le pays et rétablir l’accès à internet pour permettre aux Iranien·nes de contacter leurs proches et accéder à des informations vitales.  

Agir

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