En Iran, les autorités incitent les enfants à venir gonfler les rangs de l’armée dès l’âge de 12 ans. Amnesty International France dénonce une grave violation du droit international et un crime de guerre. Les enfants n’ont pas leur place dans la guerre.
« Ils portaient des masques pour dissimuler leur visage, mais il est évident que ce sont des enfants. Ils n’ont même pas terminé leur croissance… ». Ce ne sont que des enfants. Armés d’un fusil AK 47, ils se voient confier la lourde responsabilité de surveiller un poste de contrôle, de rejoindre une patrouille ou d’appuyer la distribution d’équipements.
En cause : une campagne de recrutement baptisée « Combattants pour la défense de la patrie en Iran » orchestrée par les autorités iraniennes dans tout le pays. Les volontaires sont invités à rejoindre les rangs de l’armée dès l’âge de 12 ans, en s’inscrivant dans les mosquées de Téhéran qui accueillent les bases des forces armées du Bassidj.
Depuis le 28 février 2026, les frappes menées par Israël et les Etats-Unis ont déjà fait 1 900 victimes en Iran, dont 216 enfants. De fait, les installations du Corps des Gardiens de la révolution (CGRI) tout comme celles des Bassidj sont en premières lignes des attaques. En recrutant des enfants, les autorités iraniennes les metten en grave danger.
Témoignages et images à l’appui, nous avons enquêté. Nous dénonçons un crime de guerre et appelons les autorités iraniennes à arrêter immédiatement le recrutement de mineurs. Les enfants n’ont pas leur place dans la guerre.
que fait amnesty international ?
Amnesty International est un mouvement mondial réunissant plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public.
Des enfants-soldats dans l’armée iranienne
Alireza Jafari avait 11 ans. Le 29 mars, il accompagnait son père, bassidj du CGRI, à un poste de contrôle à Téhéran. Ce même jour, il est tué par une attaque de drone israélien. Son frère cadet, âgé de 9 ans, était également présent.
La nuit des événements, le père avait évoqué une « pénurie de personnel » aux postes de contrôle à la mère de Alireza. Il avait aussi indiqué que leur fils devait « se préparer pour les jours à venir », des enfants de 15 et 16 ans prenant régulièrement part aux activités au sein des postes de contrôle.
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Les témoignages partagés à nos équipes et recueillis par Ghoncheh Habibiazad, une rédactrice confirmée de la BBC Persian Forensic, rejoignent l’histoire de Alireza. De Téhéran, en passant par Karaj et Rasht, tous confirment la présence d’enfants armés déployés à des postes de contrôle gérés par les bassidjis.
J’ai vu des enfants maniant des armes. […] Ils n’ont même pas terminé leur croissance… Certains semblent avoir 13 ans tout au plus…[…] Je ne cesse de me dire que leur cerveau n’est pas aussi développé que celui des adultes et qu’ils pourraient tirer de manière aléatoire. J’ai peur d’eux tout en ayant de la peine pour eux.
[Le 25 mars], j’ai vu un enfant à un poste de contrôle près de chez moi… Je pense qu’il avait environ 15 ans. Il avait à peine le début d’une moustache. Il semblait avoir du mal à respirer à cause de l’effort qu’il lui fallait fournir pour lever l’arme. Il pointait l’arme vers les voitures.
Aujourd’hui [le 27 mars], j’ai vu un enfant à un poste de contrôle. Je pense qu’il avait environ 16 ans. Sa barbe n’avait même pas encore poussé. Il portait un fusil kalachnikov.
Comment avons-nous enquêté ?
Nos équipes ont analysé 16 photos et vidéos publiées en ligne depuis le 21 mars 2026, montrant des enfants maniant des armes comme des fusils de type AK, ou se tenant aux côtés de membres du CGRI ou d’autres forces à des postes de contrôle, pendant des patrouilles et pendant des rassemblements militarisés organisés par l’État à Téhéran, Meched et Kermanchah. Nous avons également analysé des témoignages recueillis par Ghoncheh Habibiazad, une rédactrice confirmée de la BBC Persian Forensic et partagés à nos équipes.
Une campagne de recrutement illégale
Comment en est-on arrivé là ? La présence de très jeunes enfants dans les rangs du Bassidj fait suite à une campagne de recrutement lancée par les autorités iraniennes dans tout le pays. Sur les affiches promotionnelles de la campagne, on peut voir le slogan « les Bassidjis avec la population, pour la population », accompagné d’une citation du guide suprême défunt Ali Khamenei.
Dans une récente interview diffusée par les médias d’Etat, le responsable militaire Rahim Nadali évoque le « grand enthousiasme » parmi les adolescents à l’idée de rejoindre les « patrouilles de surveillance et opérationnelles ». Et rajoute que, « Compte tenu de l’âge des personnes qui ont formulé ces demandes, nous avons fixé la limite d’âge minimum à 12 ans. »
Malgré leur jeune âge, les enfants se voient confier tout type de missions liées aux activités « opérationnelles et de sécurité » du CGRI : la participation aux patrouilles, les tâches liées aux postes de contrôle, à l’appui logistique, à la distribution d’équipements et de fournitures, les missions liées à la distribution de nourriture, aux soins médicaux et aux secours.
Une législation abusive
La présence d’enfants-soldats dans l’armée iranienne n’est pas nouvelle. Les statuts et règlements du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CRGI) permettaient déjà cela. Pour intégrer le corps des bassidjs, la loi autorisait notamment la formation et le recrutement d’enfants dès l’âge de 15 ou 16 ans.
Qui sont les bassidjis ?
Le personnel du Corps des Gardiens de la révolution (CRGI) se distingue en deux catégories : les gardiens officiels et les bassidjis. Les bassidjis, sont eux-mêmes divisés en trois catégories :
- Les bassidjis ordinaires : ils sont décrits comme des personnes issues de divers pans de la société qui croient aux objectifs de la révolution islamique. Ils sont affectés après avoir suivi une formation générale.
- Les bassidjis actifs : ils se portent volontaires pour être mobilisés et collaborer avec le CGRI, après avoir achevé une formation.
- Les bassidjs spéciaux : ils disposent des qualifications d’un gardien officiel et se mettent à disposition du CRGI si besoin.
Souvent qualifiés de « forces populaires » du CRGI, les bassidjis perçoivent en réalité une indemnisation financière. Ils se voient également conférer des avantages en ce qui concerne l’emploi, le logement voire… l’admission dans les établissements d’enseignements supérieurs. De fait, ces conditions renforcent le risque de recrutement d’enfants issus de populations pauvres.
Un crime de guerre
Ce n’est pas la première fois que les autorités iraniennes lancent de vastes campagnes de recrutement auprès des enfants. Pendant les années 1980 et la guerre Iran-Irak, plus de 550 000 enfants avaient été recrutés comme enfants soldats. Au moins 36 000 d’entre eux avaient été tués.
Aujourd’hui, les enfants sont à nouveau une cible privilégiée pour venir accroître les forces armées. Or depuis le 28 février 2026, on compte déjà plus de 216 victimes parmi les enfants faisant suite aux frappes menées par Israël et les Etats-Unis.
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En enrôlant des enfants dans les rangs de l’armée, les autorités iraniennes les mettent volontairement en grave danger. Les enfants n’ont pas leur place dans l’armée. Nous dénonçons une grave violation du droit international humanitaire et un crime de guerre.
Que dit le droit international ?
L’Iran est partie à la Convention relative aux droits de l’enfant, qui interdit le recrutement d’enfants de moins de 15 ans. Le Protocole facultatif à la Convention, que l’Iran a signé mais pas ratifié, interdit l’enrôlement obligatoire d’enfants de moins de 18 ans ainsi que leur participation aux hostilités. En enrôlant des enfants, les autorités iraniennes violent le droit international humanitaire.
Nos demandes
Amnesty International s’oppose fermement à l’enrôlement d’enfants au sein de forces armées, que cet enrôlement soit volontaire ou non. Leur participation à des conflits nuit à leur intégrité physique et mentale. Les autorités iraniennes doivent immédiatement :
- Interdire aux forces armées en Iran, y compris aux structures bassidj du CGRI, d’enrôler des enfants de moins de 18 ans
- Veiller à ce que enfants déjà enrôlés dans les forces armées soient immédiatement exonérés de leurs obligations militaires
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