Déjà traumatisée par le génocide en cours, la population palestinienne de Gaza doit aussi endurer les homicides, les violences et la cruauté des forces du Hamas. Ces dernières années, les exécutions extrajudiciaires se multiplient. Nous appelons les autorités du Hamas à cesser immédiatement les massacres et les arrestations arbitraires.
Le 1er juillet 2026, un homme est exécuté en place publique à Gaza. Il est accusé d’espionnage pour le compte d’Israël. Depuis, des responsables de la branche armée du Hamas ont annoncé le lancement d’une campagne de « sécurité » à grande échelle, faisant craindre l’exécution de personnes soupçonnées de collaboration avec Israël.
Et pour cause : entre août 2024 et janvier 2026, 249 cas d’exécutions extrajudiciaires et de graves violences ont été recensées par la Commission internationale indépendante des Nations unies chargée d’enquêter dans le Territoire palestinien occupé. Ces violences ont entrainé la mort d’au moins 108 personnes. Plus de la moitié de ces actes impliquait les forces affiliées au Hamas. Des exécutions souvent en pleine rue, filmées et relayées sur des pages liées au Hamas.
Dans une nouvelle enquête, nous avons documenté neuf exécutions extrajudiciaires et un homicide illégal perpétrés par le Hamas, après l’annonce du cessez-le-feu avec Israël en octobre 2025 puis plus récemment, le 1er juillet dernier. Nos observations rejoignent les conclusions de l’ONU.
La population de Gaza, déjà exposée à des souffrances inouïes en raison du génocide en cours depuis le 7 octobre 2023, doit aussi endurer les homicides et les violences des forces du Hamas. Des actes criminels commis en dehors de tout cadre légal et en toute impunité.
La souffrance endurée par la population à Gaza est insoutenable.
Nous appelons les autorités du Hamas à cesser immédiatement les massacres et les arrestations arbitraires. Les responsables des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires et des actes de torture doivent rendre des comptes.
Comment avons-nous enquêté ?
Amnesty International a analysé et vérifié plusieurs photos et vidéos. Nous avons également recueilli le témoignage de 11 proches des personnes tuées et de deux personnels de santé. Enfin, nous avons analysé les déclarations des autorités du Hamas et les comptes Telegram de responsables de sa branche militaire et autres groupes armés affiliés.
Nous avons partagé nos conclusions avec les autorités du Hamas en novembre 2025, puis adressé une demande de précisions en juillet 2026. Dans leur réponse, les autorités du Hamas affirment avoir ouvert des enquêtes, sans avancer plus de détails. Nous n’avons reçu toujours aucune réponse.
Le massacre de la famille Dughmush
10 octobre 2025. Des forces affiliées au Hamas tentent d’expulser une famille d’un hôpital de campagne situé près d’Al-Sabra, à Gaza. La famille Dughmush y avait trouvé refuge pour échapper aux frappes israéliennes. Elle est accusée par le Hamas d’avoir pillé l’hôpital et de s’en être servi pour stocker des armes et des explosifs.
Durant une semaine, la famille est encerclée par le Hamas. Pendant le siège, les forces du Hamas pillent, incendient et saccagent la zone. Quatre membres armés de la famille et un membre du Hamas sont tués durant l’affrontement.
En parallèle, huit membres non armés de la famille Dughmush, accusés de collaboration avec Israël, sont exécutés. L’exécution est filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Les huit hommes de la famille y apparaissent dénudés. Ils présentent des signes de blessures.
« Les huit hommes s’étaient rendus parce qu’on leur avait promis un procès équitable, mais ils ont été exécutés en public deux heures plus tard » nous a confié une proche de l’un des hommes exécutés. Des propos corroborés par deux autres résidents.
Mon mari et mon fils ont, tous les deux, été exécutés. Mon fils a été torturé avant son exécution, on lui a cassé les ongles […] Mon mari était un homme bon et honorable qui a toujours résisté à l’occupation israélienne […] Je veux que tout le monde sache qu’il n’y a pas de collaborateurs dans notre famille, et ceux qui ont ordonné leur assassinat doivent être traduits en justice.
Quelques jours après les exécutions, des proches ont reçu des excuses d’officiels du Hamas. Certaines personnes avaient été tuées « par erreur ». Les autorités du Hamas nous ont déclaré avoir ouvert une enquête préliminaire. Selon nos informations, personne n’a été tenu pour responsable à ce jour.
Hisham al-Saftawi, tué « accidentellement » par le Hamas
Isham al-Saftawi aussi, a subi la cruauté et l’impunité des forces armées du Hamas. Le 17 octobre 2025, 30 hommes ont pénétré dans sa maison, située dans le camp de personnes réfugiées de Al-Bureij. Les individus s’identifient comme des membres des Brigades al-Qassam. Ils viennent l’arrêter. Isham al-Saftawi refuse de se soumettre à l’arrestation.
Un homme lui tire dans le dos : « Qui t’a ordonné de le tuer ? ». Voilà ce qu’aurait asséné l’homme qui semblait être aux commandes du groupe à l’auteur du tir, nous a confié Najah al-Saftawi, la femme d’Isham présente lors du meurtre. Hisham succombera de ses blessures à l’hôpital, un jour plus tard.
En réponse à Amnesty International, le Hamas a confirmé avoir lancé une enquête officielle. Et déclaré qu’il s’agissait d’un « meurtre accidentel », après qu’Hisham ait tenté de fuir alors qu’il était recherché pour des infractions pénales. À ce jour, la famille n’a toujours pas reçu les conclusions de l’enquête et personne n’a encore été tenu pour responsable.
Son frère, Said al-Saftawi dit avoir perdu espoir : « On ne peut pas se fier au bourreau pour enquêter sur lui-même. Nous demandons une enquête indépendante, et ceux qui ont tiré sur mon frère ainsi que ceux qui ont ordonné son arrestation doivent rendre des comptes. »
Nouvelle campagne d’exécutions
Plus récemment, le 1er juillet 2026, un homme a de nouveau été exécuté publiquement à Gaza. Il était accusé d’avoir révélé la localisation de membres haut placé des Brigades al-Qassam, dont le commandant Ezziddine al-Haddad. Une information qui aurait mené au meurtre de ce dernier et de nombreux autres civil·es palestinien·nes par l’armée israélienne.
La vidéo de son exécution est relayée par des comptes de membres affiliés au Hamas. Quelques jours plus tard, des chaines Telegram associées aux membres des Brigades Al-Qassam annoncent avoir arrêté un autre informateur et promettent de l’exécuter dans les jours qui suivent.
Ils promettent également que cette exécution sera le début d’une campagne de sécurité à grande échelle, faisant craindre de nouvelles exécutions.
Des enquêtes indépendantes et impartiales doivent être menées sur tous les homicides survenus dans le cadre des affrontements armés entre le Hamas et la famille Dughmush, y compris ceux qui semblent avoir été commis en dehors de tout échange de tirs, ainsi que sur l’exécution en public des huit membres de la famille Dughmush. La famille d’Hisham al Saftawi doit également obtenir justice pour l’homicide illégal de cet homme
Des décennies d’impunité pour le Hamas
Depuis la reprise de la bande de Gaza en 2007, le Hamas a systématiquement échoué à mettre en place des enquêtes indépendantes sur les violations des droits humains de ses forces armées. Jusqu’au début du génocide perpétré par Israël, les tribunaux de Gaza ont appliqué la peine de mort, souvent à l’issue de procès entachés de graves irrégularités.
Exécutions extrajudiciaires, sanctions sommaires, restrictions à la liberté d’expression, répression de l’opposition, intimidations, torture et d’autres mauvais traitements… Pendant des années, Amnesty International a documenté nombre de violations perpétrées par le Hamas et ses groupes affiliés, en toute impunité.
Malgré l’annonce de sa dissolution au sein du comité gouvernementale qui administre Gaza, le Hamas demeure entièrement responsable des violations commises par les entités sous son contrôle, à commencer par les Brigades Al-Qassam et le « Système de sécurité de la résistance”.
Sur place, le génocide et les conditions de vie désastreuses imposées par Israël depuis le 7 octobre 2023 ont encore aggravé la situation et pavé le chemin vers l’effondrement de l’ordre public, la destruction du tissu social et la montée du chaos et de l’anarchie.
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Les forces israéliennes ont pris pour cible les structures traditionnelles chargées de l’application des lois et du système judiciaire ainsi que des membres de la police et des forces de sécurité. Cela, tout en armant et en soutenant des milices locales opposées au Hamas.
Enfin, l’impunité du Hamas concerne aussi les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis le 7 octobre 2023 contre des civils israéliens, pour lesquels justice et réparation continuent à être exigées.
Nos demandes
Restaurer l’ordre public ne devrait jamais servir de prétexte pour commettre de graves violations des droits humains.
Nous appelons les autorités du Hamas à cesser immédiatement les homicides illégaux et les arrestations arbitraires. Quant aux responsables des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires et des actes de torture, ils doivent rendre des comptes. Et les victimes, obtenir justice et réparation.
Par ailleurs, une fois de plus, nous appelons Israël à mettre fin au génocide en cours à Gaza ainsi qu’à l’apartheid et à l’occupation illégale du territoire palestinien. Israël doit assumer ses obligations en tant que puissance occupante, en assurant un accès à l’aide, aux biens et services essentiels dont la population a besoin.
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