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Des agents de la police anti-émeute retiennent un manifestant lors d'une manifestation d'étudiants universitaires contre les législateurs qui s'apprêtent à approuver un plan créant une force de police spéciale pour lutter contre la violence endémique dans les universités, à Athènes le 10 février 2021. Quelque 5 000 étudiants se sont rassemblés à Athènes, selon une source policière, malgré l'interdiction récente des manifestations de plus de 100 personnes pour endiguer la propagation de la pandémie de coronavirus.
Des agents de la police anti-émeute retiennent un manifestant lors d'une manifestation d'étudiants universitaires. Quelque 5 000 étudiants se sont rassemblés à Athènes, selon une source policière, malgré l'interdiction récente des manifestations de plus de 100 personnes pour endiguer la propagation de la pandémie de coronavirus, à Athènes le 10 février 2021 © LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Des agents de la police anti-émeute retiennent un manifestant lors d'une manifestation d'étudiants universitaires. Quelque 5 000 étudiants se sont rassemblés à Athènes, selon une source policière, malgré l'interdiction récente des manifestations de plus de 100 personnes pour endiguer la propagation de la pandémie de coronavirus, à Athènes le 10 février 2021 © LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Des agents de la police anti-émeute retiennent un manifestant lors d'une manifestation d'étudiants universitaires. Quelque 5 000 étudiants se sont rassemblés à Athènes, selon une source policière, malgré l'interdiction récente des manifestations de plus de 100 personnes pour endiguer la propagation de la pandémie de coronavirus, à Athènes le 10 février 2021 © LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Covid-19 en Grèce : un prétexte pour piétiner le droit de manifester

Arrestations arbitraires, recours illégal à la force contre les manifestants, amendes et interdictions injustifiées : les autorités grecques ont utilisé la pandémie et abusé de leur pouvoir pour entraver des manifestations pacifiques. Enquête.

Dans une nouvelle enquête, effectuée entre novembre 2020 et mars 2021, nous prouvons qu'en Grèce, les autorités ont instrumentalisé le Covid-19 pour entraver le droit de manifester. Ces cas d’abus de pouvoir sont intervenus au moment où des personnes souhaitaient exprimer leurs préoccupations. L’usage illégal de la force par la police, les violences liées au genre et les problèmes rencontrés par le système de santé publique sont autant de sujets qui inquiétaient la population grecque.

Or, les autorités ont recouru à des méthodes révoltantes pour tenter d'intimider les militantes des droits des femmes, les syndicalistes, les membres de partis politiques, les avocats et avocates et d’autres personnes qui participaient ou appelaient à participer à des manifestations pacifiques.

Le Covid-19 : un prétexte

Les autorités grecques ont justifié les interdictions générales de manifester et d’autres violations des droits humains en invoquant le danger que représentait la pandémie de Covid-19. Paradoxalement, elles ont ensuite appliqué ces interdictions en plaçant des manifestants en détention dans des espaces clos, où le risque de transmission est beaucoup plus élevé.

Les restrictions concernant les manifestations pacifiques ont également été inscrites dans la loi au cours des mois qui ont suivi la fin du premier confinement en Grèce. Ces réformes législatives, réglementant les manifestations, ont été introduites en juillet et en septembre 2020. Elles permettent d'interdire les contre-manifestations et de disperser les rassemblements pacifiques si les personnes qui les organisaient ne respectent pas l’obligation de déclaration. C’est une atteinte disproportionnée au droit de manifester : la dispersion doit être le dernier recours, en cas de violences généralisées. Un simple défaut de notification ne peut pas la justifier.

La législation sur l’emploi de systèmes de surveillance pendant les manifestations suscitent également des inquiétudes, notamment quant à l'effet dissuasif que l'utilisation de caméras par la police, y compris des drones de surveillance, peut avoir sur des manifestants. Ces changements auront de profondes conséquences, qui risquent de perdurer bien au-delà de la pandémie.

Un recours illégal à la force contre les manifestants

Nous avons constaté que les autorités grecques, notamment en introduisant des interdictions générales et en dispersant les rassemblements pacifiques par un recours inutile et excessif à la force, avaient manqué à leur obligation de faciliter l’exercice du droit de manifester pacifiquement.

Les autorités grecques ont recouru à une force inutile et excessive pour disperser les manifestations. En faisant cela, elles ont manqué à leur obligation de faciliter l’exercice du droit de manifester.

Une de nos témoins évoque les propos et traitements sexistes et abusifs auxquels des manifestantes ont été exposées lors d'une attaque de la police pendant une manifestation étudiante, à Ioannina, le 17 novembre 2020.

Dès le début de l'attaque, j'ai entendu et [beaucoup] d'autres manifestantes aussi ont entendu [des propos tels que] “À terre, sale garce, parce que c'est ta place, et ne te relève pas”…

Maria, une manifestante

Des personnes interrogées, ayant participé à diverses manifestations, ont indiqué que la police avait eu recours sans nécessité à des canons à eau et à des irritants chimiques contre des manifestants pacifiques. D’autres témoignent de coups de matraques sur la tête ainsi que l’utilisation de grenades assourdissantes par la police.

Ils ont lancé des grenades assourdissantes directement sur nous [...] J'ai hurlé parce que la [grenade assourdissante] a explosé devant mes yeux et à côté de mon oreille gauche [...] [Ils] m'ont jeté au sol et m'ont emmené à un endroit à distance des autres étudiants et des caméras, et cinq ou six policiers m'ont roué de coups [...]

Giorgos, un manifestant

En outre, des personnes, qui avaient participé à une manifestation à Ioannina, nous ont informé que des policiers antiémeutes s'étaient présentés comme des membres d’Aube doré, un parti d'extrême droite. En octobre 2020, une juridiction a rendu une décision historique, déclarant des cadres de ce parti coupables de direction d’une organisation criminelle.

Giorgos, blessé en plusieurs endroits lors d'une manifestation étudiante à Ioannina le 17 novembre 2020, a témoigné : « … Des policiers ont dit : “Je fais partie d’Aube Dorée, tu es mort” . »

En garde-à-vue, les mauvais traitements continuent

Certaines des personnes interrogées indiquent avoir été soumises, une fois en garde à vue, à des traitements assimilables à des actes de torture ou à d'autres formes de mauvais traitements.

Ainsi, Aris Papazacharoudakis, un manifestant de 21 ans, a dit avoir été torturé alors que la police l’interrogeait sur des affrontements et des blessures causées à un policier lors d'une manifestation contre les violences policières le 9 mars 2021.

... (I)ls m'ont demandé de parler de l'endroit où ils m’ont arrêté [et] où mon collectif [politique] était hébergé [...], et quand je ne répondais pas, ils redoublaient de coups [...] Ils me jetaient de ma chaise, ils me soulevaient par les menottes et j’avais l’impression que mes épaules allaient se déboîter [...] C'était un passage à tabac ininterrompu...

Aris Papazacharoudakis

Nos demandes :

Les autorités grecques doivent mettre fin à la répression pénale des réunions pacifiques et annuler toute amende infligée aux manifestants et manifestantes, avocats et avocates, militantes des droits des femmes et autres personnes pacifiques qui ont été arrêtées arbitrairement avant et pendant les manifestations de novembre et de décembre 2020. Toutes les charges retenues contre ces personnes pour de prétendues infractions à la réglementation en matière de santé publique doivent être abandonnées, et des enquêtes approfondies doivent être menées sans délai sur tous les cas de violations des droits humains recensés.

Les autorités grecques ont pour responsabilité de faciliter la tenue des manifestations pacifiques. L’imposition de restrictions au droit à la liberté de réunion pacifique pour enrayer la pandémie est autorisée, mais ces restrictions doivent remplir des critères stricts, répondre aux principes de nécessité et de proportionnalité et être évaluées au cas par cas. Les gouvernements n'ont pas carte blanche pour apporter des restrictions aux droits humains, même en période de pandémie.

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