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Algérie 

depuis deux ans, les militants du Hirak sont pris pour cible 

Manifestation à Alger, le 13 mars 2020 / © Ramzi Boudina - Reuters

Le 22 février 2019, des manifestations de masse connues sous le nom de Hirak ont éclaté dans toute l’Algérie pour s’opposer à un cinquième mandat du président de l’époque, Abdelaziz Bouteflika, puis pour demander un changement radical du système politique en Algérie.  Depuis, au moins 2 500 personnes ont été arrêtées. Bilan de deux ans de répression.  

À l’occasion du deuxième anniversaire du déclenchement du mouvement de contestation pacifique du Hirak, nous publions une déclaration publique qui revient sur les cas de dizaines de manifestants, journalistes et militants arrêtés arbitrairement en Algérie.

Notre enquête documente les cas de 73 personnes qui ont été privées de leur liberté. Nous avons constaté qu’au cours des deux dernières années les autorités algériennes ont eu recours à des arrestations arbitraires, à des poursuites et parfois à des condamnations à de lourdes peines de prison sur la base de dispositions floues. Pour beaucoup, elles ont été poursuivies au simple motif qu’elles avaient manifesté pacifiquement ou exprimé des opinions politiques sur les réseaux sociaux.  

CAMPAGNE DE REPRESSION EN LIGNE  

Manifestation à Alger le 13 mars 2020 / © Ramzi Boudina - Reuters

Lorsque les manifestations du Hirak ont été suspendues, en mars 2020, face à la crise du Covid-19, les militants se sont reportés sur les réseaux sociaux pour prendre la parole. Facebook est devenu l’un des derniers espaces où les voix dissidentes pouvaient encore s’exprimer en Algérie. Les pouvoirs publics ont alors commencé à porter la répression sur les contenus en ligne. 

Lire aussi : Les autorités profitent du Covid-19 pour réprimer militants et journalistes

Nous avons documenté de nombreux cas pour pointer du doigt ces dérives. Parmi eux, Fodil Boumala. Les autorités sont allées jusqu’à engager des poursuites contre lui pour avoir écrit «Non à la dictature » sur ses réseaux sociaux. Nous avons examiné les commentaires en ligne et aucun ne comportait d’appel à la violence ou à la haine susceptible d’être sanctionné. 

Nous avons aussi constaté que la police avait fouillé le téléphone de cinq journalistes et militants. Ils ont accédé à leurs messages privés et à des commentaires mis en ligne sur Facebook. Ils s’en sont servis pour les poursuivre. Cette technique intrusive constitue une violation du droit à la vie privée.  

DES MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGÉS AUX MANIFESTANTS 

Nous avons recueilli des informations sur les cas de trois militants qui auraient été torturés ou plus généralement maltraités. Rappelons-le, ils ont été arrêtés simplement parce qu’ils avaient exprimé leur opinion ou avaient manifesté mais sans violence.  

Le 6 mars 2020, des responsables de l’application des lois en civil ont arrêté Brahim Daouadji, 37 ans, membre du mouvement politique Rachad, alors qu’il déjeunait au restaurant avec d’autres militants, après une manifestation d’étudiants qui venait d’avoir lieu à Alger. Brahim nous a confié que pendant son interrogatoire les gendarmes le frappaient lorsqu’il refusait de répondre. 

J’ai été transporté dans de mauvaises conditions. À un moment, j’ai changé de véhicule pour aller d’Oran à Alger. Pendant la halte, il s’est passé cinq minutes où les policiers m’ont obligé à me mettre à genoux par terre. J’ai cru que j’allais mourir. En route pour Alger, les policiers m’ont menacé de viol et de mutilation.

Brahim Daouadji, militant du Hirak

Walid Nekkiche, un militant de 25 ans, a été arrêté le 26 novembre 2019 pendant une manifestation étudiante du Hirak. Il a passé six jours en détention au centre de sécurité Antar. Il a déclaré au juge en charge de l’affaire avoir été « exposé à des actes de torture physique et verbale » pendant sa détention.  Il a ensuite été condamné à six mois de prison et à une amende. Il était notamment poursuivi pour « complot contre l’État ». 

Les autorités algériennes ont annoncé, le 8 février 2021, l'ouverture d'une enquête sur les allégations d'actes de torture dont aurait été victime Walid Nekkiche.

DES LIBÉRATIONS MAIS BEAUCOUP SONT ENCORE EN PRISON 

Le 18 février 2021, le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé la libération de dizaines de détenus. Parmi les personnes relâchées figure le journaliste Khaled Drareni, qui avait été condamné à deux ans de prison pour sa couverture du Hirak. Un immense soulagement.

Le journaliste et militant Khaled Drareni après sa libération le 19 février 2021 / ©Ryad Kramdi - AFP

Nous nous étions mobilisés pour Khaled dans notre campagne 10 jours pour signer. Les autorités commencent à fléchir sous la pression. 

Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu et qui ont soutenu les détenus d’opinion, votre soutien est essentiel pour nous tous et il est la preuve de notre innocence.

Khaled Drareni

Au moins trente-sept personnes ont été libérées entre le 19 et le 20 février 2021. Mais au 21 février, trente-et-une personnes restaient encore en prison.

LA MOBILISATION CONTINUE 

Mobilisation des militants d'Amnesty International devant l'Ambassade d'Algérie à Paris, le 22 février 2021 / © Christophe Meireis

Le 22 février 2021, nous étions devant l’ambassade d’Algérie à Paris pour remettre notre pétition, que vous aviez été 42 595 à signer, qui demandait la libération de tous les prisonniers d’opinion algériens. D’une seule voix, nous avons scandé : « Liberté ! ». Un immense merci ! Il est important de maintenir la pression sur les autorités algériennes. 

Mobilisation des militants d'Amnesty International devant l'Ambassade d'Algérie à Paris, le 22 février 2021 / © Christophe Meireis

LES AUTORITÉS VEULENT ÉCRASER LA DISSIDENCE 

Nos recherches mettent en avant une stratégie délibérée des autorités algériennes visant à écraser la dissidence. Cette stratégie vient contredire leurs promesses en matière de respect des droits humains. En décembre 2019, Abdelmadjid Tebboune, nouvellement élu président, avait promis que son gouvernement allait « consolider la démocratie, l’État de droit et le respect des droits humains ». Leurs actions montrent le contraire. 

Un de militant d'Amnesty International devant l'Ambassade d'Algérie à Paris, le 22 février 2021 / © Christophe Meireis

Les actions menées sont celles d’un gouvernement désireux de censurer son peuple parce qu’il manifeste pourtant sans violence et qu'il exprime des opinions critiques sur les réseaux sociaux. Ces méthodes répressives n’ont pas leur place dans une société respectueuse des droits .

Mobilisation des militants d'Amnesty International devant l'ambassade d'Algérie à Paris, le 22 février 2021 / © Christophe Meireis

Le gouvernement algérien doit libérer immédiatement et sans condition tous les manifestants pacifiques, militants et journalistes qui font encore l’objet de poursuite et qui se trouvent encore derrière les barreaux. 

Nous demandons l’abandon des charges à leur encontre. Des enquêtes impartiales, indépendantes et approfondies doivent s’ouvrir d’urgence sur les cas de torture et de mauvais traitement. Les responsables de ces actes doivent être poursuivis.

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