Rassemblement pour célébrer l'inscription de l'IVG dans la Constitution en France, Paris, 4 mars 2024
© Edouard Monfrais-Albertini, Hans Lucas via AFP

Malgré des avancées majeures en Europe ces dix dernières années, l’avortement continue d’être questionné, attaqué et criminalisé. En pratique, il reste difficile voire impossible d’accès pour de nombreuses personnes. Parce qu’il s’agit d’un droit fondamental, nous devons le défendre. Voici 7 raisons de continuer à se mobiliser pour le droit à l’avortement. 

Le 4 mars 2024, la France devenait le premier pays du monde à inscrire explicitement la liberté d’avoir recours à un avortement dans sa constitution. Une avancée majeure, qui s’inscrit plus largement dans une décennie de progrès en faveur de l’avortement à l’échelle de l’Europe.  

Le 26 février 2026, la Commission Européenne a d’ailleurs annoncé la possibilité pour les pays de l’UE d’utiliser des fonds européens pour soutenir l’accès aux soins liés à l’avortement. Une nouvelle victoire, qui fait suite à l’initiative citoyenne européenne “Ma voix, Mon choix” soutenues par 1,2 millions de personnes. 

Aujourd’hui, on pense ce droit acquis, protégé, sanctuarisé. Mais dans la pratique, l’accès à l’avortement est loin d’être une réalité pour tout le monde. De nombreuses barrières continuent d’empêcher les personnes qui le souhaitent d’obtenir ce soin.  

Dans le même temps, l’avortement est de plus en plus attaqué, questionné. Partout en Europe, les mouvements anti-avortement gagnent du terrain en faisant reculer ce droit, en revenant sur les acquis de longues dates, en sapant les victoires durement gagnées.  

Parce que l’avortement est un droit fondamental, nous devons faire front et continuer à nous mobiliser pour le défendre. Pour empêcher des reculs. Pour protéger les acquis. Pour obtenir des avancées.  

Alors pour vous donner les clefs pour résister à nos côtés, on vous donne 7 raisons, étayées par des faits et des chiffres, pour continuer à se mobiliser pour défendre le droit à l’avortement.  

1. Avorter est toujours interdit ou fortement restreint dans plusieurs pays d’Europe   

Les faits : En Europe, les législations sur l’avortement sont loin d’être harmonisées. Dans certains pays, l’avortement est toujours sanctionné de manière pénale. Ces différents degrés de criminalisation aggravent la stigmatisation des personnes qui cherchent à avorter.  

En pratique : les lois restrictives mettent en danger la vie des femmes, en les poussant vers des solutions non sécurisées ou dans la clandestinité.  

Carte avortement Europe

Source : Atlas des politiques européennes en matière d'avortement 2025

Atlas des politiques européennes en matière d’avortement

Source : Atlas des politiques européennes en matière d’avortement 2025

20 pays

Au moins en Europe sanctionnent pénalement les personnes qui avortent hors du cadre de la loi

Andorre 

L’avortement est totalement interdit 

Pologne 

L’avortement n’est autorisé que si la vie ou la santé de la femme est en danger, ou en cas de viol ou d’inceste. 

Malte 

L’accès à l’avortement n’est permis que dans les situations impliquant un risque grave pour la vie de la personne enceinte et sur autorisation de trois médecins. 

Pologne 

L’avortement n’est autorisé que si la vie ou la santé de la femme est en danger, ou en cas de viol ou d’inceste. 

Monaco 

Les personnes enceintes qui ont recours à un avortement ne sont pas passibles de poursuites pénales, mais l’accès à l’avortement légal est très restreint. 

2. Les délais d’interruption de grossesse sont trop courts 

Les faits : Le délai maximal pour recourir à un avortement varie fortement selon les Etats européens. Entre 10 semaines au Portugal, jusqu’à 24 semaines aux Pays-Bas. Or, ces délais ne sont fondés sur aucune preuve scientifique. 

En pratique : parce que l’avortement est restreint ou impossible, des milliers de personnes sont contraintes chaque année de se rendre à l’étranger pour recevoir ces soins. Un voyage impossible pour celles qui n’ont pas les moyens ou le statut migratoire pour le faire.  

8 pays

n’autorisent les avortements qu’au cours des 10 premières semaines de gestation.

+ 5000 personnes

se rendent à l’étranger chaque année pour recevoir des soins en matière d’avortement en Europe

Portugal  

Entre 2019 et 2023, 2 525 personnes vivant au Portugal se sont rendues en Espagne pour avorter.  

Croatie  

En 2022 seulement, 207 femmes vivant en Croatie ont eu recours aux services d’avortement de la Slovénie voisine. 

Allemagne  

Plus de 1 300 personnes d’Allemagne ont voyagé jusqu’aux Pays-Bas pour avorter en 2023. 

3. Des démarches administratives retardent inutilement l’accès aux soins

Les faits : Dans de nombreux pays d’Europe, un délai d’attente est obligatoire avant de pouvoir accéder à un avortement légal. Certains pays imposent aussi une consultation de conseil. Des formalités qui ne sont pourtant fondées sur aucune justification médicale.  

En pratique : parce qu’elles sont inutilement longues et fastidieuses, ces formalités médicales peuvent empêcher les personnes de respecter les délais légaux d’interruption de grossesse. Ce, particulièrement lorsqu’une personne arrive aux termes de ces délais.

12 pays

d’Europe au moins appliquent un délai d’attente obligatoire avant de pouvoir accéder à un avortement légal. En Italie, il est de 7 jours. En Belgique, il est de 6 jours.

6 pays

au moins (Albanie, Allemagne, Belgique, Hongrie, Lettonie et Portugal) imposent à la fois le délai d’attente et la consultation de conseils obligatoires.

Albanie 

Durant les consultations de conseil, le personnel de santé doit informer les personnes qui souhaitent avorter des possibilités de « soutien financier et moral ». Le « mari » doit « si possible » participer à ces consultations. 

Hongrie 

Depuis 2022, en plus de la consultation de conseil et les délais d’attente obligatoires, les personnes qui souhaitent avorter sont obligées d’écouter les battements de cœur du fœtus. Une procédure sans aucune justification médicale, imposée dans la seule intention d’essayer de les dissuader d’avoir recours à la procédure. 

Slovaquie 

En Slovaquie, la loi exige que les personnes enceintes reçoivent des explications détaillées sur les risques physiques et psychologiques d’un avortement, l’étape du développement de l’embryon ou du fœtus et les solutions alternatives à l’interruption de grossesse. Parmi les explications, l’idée infondées que l’avortement peut entrainer l’infertilité, de l’anxiété ou la dépression.

4. Le personnel de santé peut refuser de procurer ce soin 

Les faits : Dans de nombreux pays d’Europe, le personnel de santé a le droit de refuser de pratiquer des avortements pour des raisons morales ou religieuses. C’est ce qu’on appelle des « objecteur·ices de conscience ». Résultat, dans certains pays, l’avortement n’est pas dispensé dans des hôpitaux voire des régions entières.  

En pratique : ces refus de soins obligent celles qui souhaitent avorter à parcourir parfois plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre dans un autre centre, à faire appel à des cliniques privées coûteuses, à partir à l’étranger voire à recourir à des procédures non sécurisées. Faute de temps ou d’argent, ces refus peuvent être rédhibitoires, surtout aux termes du délai légal. 

60%

des gynécologues sont enregistrés comme objecteur·ices de conscience en Italie

80%

des hôpitaux publics de Roumanie n’offrent pas de service d’avortement selon l’Association des sage-femmes indépendantes de Roumanie

Italie 

Certaines régions du pays atteignent des taux de 84% d’objecteur·ices de conscience. Dans certains hôpitaux, le personnel de santé est composé entièrement d’objecteur·ices de conscience. 

Croatie 

Selon des articles de presse publiés en 2022, 195 des 359 gynécologues travaillant dans les hôpitaux publics de Croatie refusent de procéder à des avortements. 

Turquie 

Des recherches universitaires de 2020, fondées sur des entretiens menés dans 295 hôpitaux gérés par l’État, montrent que seuls 10 d’entre eux prodiguaient des avortements sur demande. 

5. Les services de santé manquent de professionnel·les formé·es  

Les faits : Parce que l’avortement n’est pas considéré comme un soin essentiel, il ne fait pas toujours partie des enseignements obligatoires en médecine générale, ni des cursus spécialisés en gynécologie et en obstétrique. Résultat, le personnel de santé n’est pas suffisamment bien formé pour pouvoir comprendre et prendre en charge ce soin. 

En pratique : au manque de formation s’ajoute aussi l’absence de cadre légal clair dans certains pays. Cela dissuade fortement le personnel de santé, même formé, de pratiquer de telles interventions, par craintes de poursuites judiciaires. 

Allemagne  

En Allemagne, où l’avortement est une infraction, la faible rémunération, l’absence de formation normalisée et le manque de directives cliniques claires dissuadent les soignant·es de fournir des services d’avortement. Résultat, la couverture n’est toujours pas complète et de qualité dans l’ensemble du pays. 

Autriche 

En Autriche, où l’avortement est une infraction, plusieurs professionnel·les de santé ont alerté sur les difficultés à trouver du personnel de santé formé. Ce, en particulier dans les zones rurales, où protéger l’anonymat de cette personne s’avère plus compliqué. 

Pologne  

En septembre 2021, une femme de 30 ans est morte à l’hôpital. D’après les témoignages de sa famille, le personnel a refusé de lui procurer des soins, et choisi de faire passer la poursuite de la grossesse avant la santé et la vie de cette patiente. 

6. Avorter peut être trop cher

Les faits : en France, l’avortement est gratuit et entièrement couvert par l’Assurance maladie. Mais ailleurs en Europe, c’est loin d’être systématiquement le cas. Dans certains pays, les coûts pour un avortement peuvent être très élevés et ne sont pas toujours couverts par une assurance maladie. 

En pratique : dans certains pays comme la Croatie, le coût d’un avortement peut représenter plus de la moitié d’un salaire net. Pour les personnes qui gagnent le salaire minimum ou sans revenu stable, l’accès à ce soin est tout bonnement impossible. 

1 pays sur 2

ne couvrent pas l’avortement dans la couverture maladie ou le système national de santé dans près de la moitié des 33 pays d’Europe et d’Asie centrale

Autriche  

Les services d’avortement ne sont pas couverts par l’Assurance maladie règlementaire, sauf en cas d’interruption de grossesse pour raisons médicales. 

Allemagne

L’avortement est exclu de l’Assurance maladie publique, sauf pour certains cas précis (par exemple, après un viol). 

Croatie 

L’avortement sur demande n’est pas couvert par le système national de santé, excepté pour les personnes bénéficiant de prestations sociales. En 2025, le coût d’un avortement à la clinique Petrova, à Zagreb, se situait entre 392 et 425 euros. 

Chypre 

Le système national de santé ne couvre en pratique que le coût des avortements légaux pratiqués en cas de viol ou d’inceste (jusqu’à 19 semaines), ou pour raisons médicales. 

7. Les mouvements anti-avortement gagnent du terrain partout en Europe

Les faits : En Europe, et y compris en France, les mouvements anti-avortement se structurent, gagnent en visibilité et influencent le débat public. Très bien financés et soutenus par des organisations conservatrices et religieuses, des think tanks et un nombre croissant d’influenceur·euses sur les réseaux sociaux, ils défendent une vision dite “traditionnelle” de la famille et des rôles de genre.  

En pratique : Non seulement ces groupes font reculer les lois et les politiques en matière d’avortement. Mais ils diffusent aussi de fausses informations et sèment des peurs injustifiées auprès des personnes qui souhaitent avorter. Et ces dernières années, les attaques, les intimidations, et la stigmatisation se multiplient à l’encontre des personnes qui souhaitent avorter ou qui pratiquent ce soin. En France par exemple, les centres du Planning familial ont été attaqués à plusieurs reprises par des groupes anti-avortement ces dernières années.  

20 projets de loi

au moins, ont été déposés entre 2018 et 2021, pour restreindre ou interdire l’accès à l’avortement en Slovaquie

Italie  

Un amendement porté par Giorgia Meloni, a été adopté en avril 2024 autorisant l’accès aux centres d’IVG aux groupes anti-avortement. 

Hongrie  

Dans l’objectif de réaffirmer les “valeurs familiales traditionnelles” et de soutenir sa politique nataliste, le Premier ministre Viktor Orbán a permis en 2022 la mise en place d’obstacles administratifs supplémentaires pour accéder à un avortement.  

Pologne

En Pologne, où l’avortement est fortement restreint, la défenseure des droits humains Justyna Wydrzyńska a été condamnée à huit mois de service d’intérêt général en 2023 pour avoir aidé une femme enceinte à obtenir des pilules abortives. Son collectif Abortion Dream Team est régulièrement la cible d’attaque par des militants anti-avortement qui militent devant le local de l’organisation.  

Andorre 

La militante Vanessa Mendoza Cortes a fait l’objet d’une procédure judiciaire de plus de quatre ans pour avoir exprimé son inquiétude quant aux conséquences de l’interdiction totale de l’avortement en Andorre auprès des Nations unies. 

Royaume-Uni  

Au Royaume-Uni, il existe des « centres d’urgence pour personnes enceintes » créés par des groupes antiavortements, qui se font souvent passer pour des organisations impartiales. Pourtant, ils diffusent en réalité des informations fausses et dangereuses, pour dissuader les personnes d’avorter. 

Europe  

En Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, Irlande du Nord, Allemagne, Espagne, des zones “tampons” ont été créées pour faire face à l’occupation croissante des abords de centres de santé par des militants anti-avortement, visant à dissuader, intimider et harceler les personnes qui souhaitent avorter. 

La criminalisation de l’avortement met en danger la vie et la santé des personnes qui souhaitent avorter. Les soins en matière d’avortement devraient être traités comme tout autre service de santé et ne devraient pas être réglementés par le droit pénal. Parce que l’avortement est un soin de santé essentiel et un droit fondamental, Amnesty International demande sa dépénalisation totale. En d’autres termes, nous appelons à supprimer toutes les sanctions qui répriment pénalement l’avortement. 

Agir

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