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Gambie. De graves problèmes relatifs aux droits humains soulevés lors d’un entretien avec le président

  • Des adolescents, dont certains n’ont que 15 ans, languissent en prison sans jugement
  • Des lois restrictives empêchent encore de manifester pacifiquement et de critiquer les autorités
  • Trois personnes ont été condamnées à mort en 2018

Lors d’un entretien avec le président Adama Barrow qui a eu lieu le 2 mai à Banjul, la capitale, des délégué·e·s d’Amnesty International ont souligné les progrès considérables accomplis depuis son investiture, il y a deux ans, tout en attirant son attention sur les graves violations des droits humains auxquelles il faut s’attaquer de toute urgence en Gambie.

Le président a admis qu’il restait beaucoup à faire pour améliorer le respect des droits humains en Gambie et a reconnu les difficultés que sont pays rencontrait en cette période qu’il a qualifiée de « transition ».

Au sujet de la Commission vérité, réconciliation et réparation (TRRC), qui a débuté ses auditions le 7 janvier 2019, le président a indiqué à Amnesty International que le gouvernement examinerait les recommandations formulées à l’issue de l’enquête, engagerait des poursuites à l’encontre des personnes soupçonnées d’avoir commis de graves atteintes aux droits humains sous le régime de l’ancien président Yahya Jammeh et veillerait à ce que ces personnes soient traduites en justice.

Il a ajouté qu’il était déterminé à abolir la peine de mort, au titre de l’héritage qu’il souhaitait laisser à son pays.

« La Gambie a parcouru un long chemin en ce qui concerne le respect des droits humains sous la houlette du président Adama Barrow. Néanmoins, il demeure nécessaire de prendre des mesures dans certains domaines afin d’améliorer la situation des droits humains, a déclaré Marie-Evelyne Petrus Barry, directrice du programme Afrique de l’Ouest et Afrique centrale à Amnesty International.

« Les forces de sécurité continuent d’avoir recours à une force excessive pour disperser des manifestations pacifiques. Les conditions carcérales sont déplorables et des éléments crédibles indiquent que des adolescents, dont certains n’ont que 15 ans, sont détenus avec des adultes et sans jugement. Des arrestations et des détentions arbitraires ont encore lieu. Si la Gambie entend remédier aux graves problèmes de droits humains qu’elle connaît depuis de nombreuses années, elle doit accélérer ses réformes et modifier les lois qui restreignent les libertés d’expression et de réunion. »

L’unité anti-criminalité de la police, créée en avril 2018, a été accusée d’avoir arrêté et placé en détention des personnes arbitrairement.

En janvier 2019, Omar Touray, un membre de l’ancien parti au pouvoir, a été arrêté et détenu pendant cinq jours sans être présenté à un juge. Citons également le cas d’Ismaila Ceesay, arrêté en janvier 2018 après avoir donné une interview à un journal dans laquelle il aurait critiqué le président. Il a été remis en liberté par la suite et les charges retenues contre lui ont été abandonnées. En juin 2017, le jeune militant et journaliste Baboucarr Sey a fait l’objet d’une arrestation et d’une détention arbitraires parce qu’il avait dirigé une initiative locale visant à protester contre l’acquisition d’un terrain de football par une entreprise privée.

Amnesty International a également profité de l’entretien avec le président pour insister sur la nécessité d’améliorer les conditions dans les prisons, notamment à Mile 2 et à Janjanbureh, et de réformer la législation y afférente conformément aux normes internationales. La situation était particulièrement déplorable à la prison de Mile 2, où, selon les éléments recueillis par Amnesty International, des garçons de 15 et 16 ans étaient détenus parmi les adultes pendant des mois sans être déférés à un tribunal.

« Nous avons demandé au président Adama Barrow d’ordonner publiquement à l’unité anti-criminalité, à l’armée et aux services de renseignement de ne maintenir personne en détention au-delà des 72 heures autorisées par la loi, a déclaré Marie-Evelyne Petrus Barry.

« Il faut également que le président donne les indications nécessaires pour que les autorités pertinentes s’attellent rapidement à l’amélioration des conditions carcérales dans tout le pays et à la réforme de la législation en vigueur dans le droit fil des normes internationales. »

En juin 2018, de terribles événements se sont déroulés : des policiers ont ouvert le feu sur des manifestant·e·s pacifiques dans le village de Faraba, à 40 kilomètres de Banjul, faisant trois morts et de nombreux blessés. Une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces événements meurtriers a recommandé que les auteurs présumés soient traduits en justice, mais ceux-ci ont obtenu une grâce présidentielle.

Des cas de violations du droit à la liberté d’expression ont été enregistrés depuis l’élection d’Adama Barrow, en janvier 2017. Occupy Westfield en est un exemple. Ce groupe formé pour faire campagne contre les nombreuses coupures d’électricité et pénuries d’eau dans le pays est privé du droit de manifester.

Lors de l’entretien avec le président, Amnesty International a recommandé que la Gambie abroge les textes juridiques qui restreignent les droits aux libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association. En effet, la Loi relative à l’ordre public punit l’organisation de défilés sans autorisation, et les rassemblements illégaux figurent parmi les infractions inscrites dans le Code pénal.

Les autorités ont évoqué publiquement l’idée d’abolir la peine de mort dans la future Constitution et ont même ratifié le Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort. Cependant, ces décisions importantes sont sérieusement discréditées par le fait qu’au moins trois personnes ont été condamnées à mort en 2018.

Il faut que les autorités gambiennes donnent suite à leurs engagements, y compris à la ratification du Deuxième Protocole, en adoptant sans délai des lois qui abolissent la peine de mort pour tous les crimes et en commuant toutes les peines capitales en peines d’emprisonnement. Le 2 mai, le président Adama Barrow a indiqué à Amnesty International qu’il était déterminé à abolir la peine de mort, au titre de l’héritage qu’il souhaitait laisser à son pays.

Complément d’information

Lors de l’entretien avec le président gambien Adama Barrow, les délégué·e·s d’Amnesty International ont formulé une série de recommandations portant sur 10 domaines à réformer. Il s’agissait notamment de garantir les droits aux libertés d’expression, de réunion pacifique et d’association, de faire cesser les arrestations et les détentions arbitraires ainsi que la torture, de protéger et promouvoir les droits des femmes et des filles, et de mettre fin à l’impunité qui entoure les violations des droits humains.

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