Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Zimbabwe en 2025.
Cette année encore, les autorités ont eu recours à des arrestations et des détentions arbitraires et ont harcelé des opposant·e·s présumés pour réprimer la dissidence. Parmi les personnes prises pour cible figuraient d’éminents journalistes, sympathisant·e·s de l’opposition et militant·e·s des droits humains. De nombreuses personnes ont été arrêtées après avoir manifesté contre le régime du président, Emmerson Mnangagwa. Une loi a été adoptée qui accordait aux autorités des pouvoirs étendus leur permettant de s’ingérer dans le travail des organisations de la société civile. Un projet de loi visait à protéger les droits de la population aux soins de santé. Les autorités ont commencé à commuer les peines de personnes sous le coup d’une condamnation à mort après l’adoption d’une loi abolissant la peine capitale.
Contexte
En mars, Blessed Geza, ancien membre du Parlement, a été exclu de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), la formation au pouvoir, et a appelé à tenir des manifestations nationales pour réclamer la démission du président, Emmerson Mnangagwa. Il a nommé ces rassemblements la « Marche d’un million d’hommes ».
En octobre, la ZANU-PF a adopté un projet visant à modifier la Constitution afin de prolonger de deux ans le mandat présidentiel d’Emmerson Mnangagwa. Si ce projet était mis en œuvre, le mandat, qui devait expirer en 2028, serait prolongé jusqu’en 2030. Des membres et sympathisant·e·s de l’opposition ont dénoncé cette mesure, qu’ils considéraient comme illégale, tandis que les autorités ont renforcé leur recours à des mesures sévères pour étouffer la dissidence.
La crise de la dette s’est poursuivie, avec une dette publique s’établissant à un niveau insoutenable, qui limitait l’accès du Zimbabwe au financement international ainsi que les capacités fiscales nécessaires à la fourniture de services sociaux. Les autorités ont annoncé leur intention d’opérer une transition vers un système à monnaie unique à l’horizon 2030.
Détentions arbitraires et procès inéquitables
Le 24 février, Blessed Mhlanga, journaliste à Alpha Media Holdings, s’est présenté à la police d’Harare, la capitale du pays, à la suite de l’appel public lancé par celle-ci en vue d’obtenir des informations sur l’endroit où il se trouvait (voir Liberté d’expression, d’association et de réunion). Il a été arrêté et inculpé le jour même de « transmission de données incitant à la violence ou à des dommages matériels » au titre de la Loi relative à la cybersécurité et à la protection des données. Il venait d’interviewer Blessed Geza. Le journaliste a été placé en détention provisoire et a vu sa demande de libération sous caution rejetée à plusieurs reprises. Le 6 mai, cependant, la Haute Cour lui a accordé une remise en liberté sous caution, alors qu’elle avait précédemment rejeté son recours contre le refus opposé à cette demande, et il a été libéré le lendemain. Son procès était en cours à la fin de l’année.
De nombreuses personnes ont été arrêtées et inculpées en lien avec leur participation aux manifestations dites de la « Marche du million d’hommes », le 31 mars. Au moins 82 d’entre elles ont été inculpées de participation à un rassemblement dans l’intention de promouvoir la violence, entre autres charges. Elles ont été remises en liberté provisoire et leur procès devait débuter en janvier 2026. Trois autres ont été jugées en décembre pour divers chefs, notamment pour promotion de la violence publique ; deux d’entre elles ont été relaxées et la troisième a été condamnée à une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis à condition de régler une amende de 300 dollars des États-Unis. Toujours en décembre, un quatrième manifestant s’est vu infliger une amende de 100 dollars des États-Unis pour obstruction à la circulation.
Le 16 avril, Obvious Vengeyi, Desmond Ndedzu et Boncase Mwakorera, chargés de cours à l’université du Zimbabwe, ont été arrêtés sur le campus, à Harare, pour avoir manifesté lors d’une grève à l’université. Ils avaient protesté contre la faiblesse des salaires et les mauvaises conditions de travail. Les trois hommes ont été libérés le 17 avril, après avoir réglé des amendes en « reconnaissance de culpabilité » pour trouble à l’ordre public. Cependant, le 22 avril, leurs avocats ont écrit au magistrat provincial pour contester les amendes, à la suite de quoi, en mai, le magistrat résident a infirmé leurs déclarations de culpabilité et ordonné à la police de rembourser les amendes. Il a également ordonné la tenue d’un procès en bonne et due forme pour que les trois universitaires répondent des accusations de trouble à l’ordre public portées contre eux.
Le 1er juillet, Faith Zaba, rédactrice en chef du Zimbabwe Independent, a été arrêtée pour « atteinte à l’autorité ou outrage » visant le président, en raison d’un article satirique publié dans son journal. Elle a été libérée sous caution le 4 juillet, après avoir passé trois nuits en détention, car, selon le magistrat responsable, une coupure d’électricité l’avait empêché de dactylographier rapidement le jugement. Le même mois, Alpha Media Group, maison-mère du Zimbabwe Independent, a fait l’objet des mêmes accusations en rapport avec l’article en question.
Le 21 août, à l’issue d’un procès qui aura duré un an, le tribunal de première instance de Harare a mis hors de cause les défenseur·e·s des droits humains Robson Chere, Namatai Kwekweza et Samuel Gwenzi, qui étaient accusés de troubles à l’ordre public. En juillet 2024, des agents de la sûreté de l’État les avaient fait sortir de force d’un avion à l’aéroport international de Harare et les avaient détenus au secret pendant environ huit heures. L’arrestation avait eu lieu dans un contexte de répression croissante des membres de l’opposition et de la société civile. Les trois prévenu·e·s ont été jugés aux côtés d’autres défenseur·e·s des droits humains, dont Vusumuzi Moyo, Phillies Pikitayi, Dephine Gutsa, Simbarashe Blackson, Emmanuel Sitima et Last Chinodya, qui étaient tous visés par les mêmes accusations et ont tous été mis hors de cause.
Détentions arbitraires et procès inéquitables
Le 11 avril, la Loi (no 1) de 2025 portant modification de la Loi relative aux organisations bénévoles privées a été adoptée. Ses dispositions ont octroyé aux autorités des pouvoirs étendus leur permettant de s’ingérer dans la gouvernance et les activités des organisations de la société civile, et elles menaçaient d’amenuiser l’espace civique.
Job Sikhala, ancien député de l’opposition, et 39 autres membres de son mouvement en faveur de la démocratie, le Groupe de travail national démocratique (NDWG), ont été arrêtés le 8 février. La police aurait effectué une descente dans un complexe touristique privé où se réunissait le NDWG, à proximité de Mutare, et aurait agressé les participant·e·s. Tous ont été libérés sans inculpation au bout de plusieurs heures.
Le 28 octobre, des individus non identifiés ont incendié les locaux du Southern Africa Political Economy Series Trust, une ONG régionale basée à Harare. Un agent de sécurité aurait été enlevé au cours de cette attaque. L’ONG devait accueillir le matin même une conférence de presse nationale pour dénoncer l’intention de la ZANU-PF de prolonger le mandat présidentiel. Quelques heures plus tard, à Highfield, dans la banlieue de Harare, un incendie a été signalé au domicile de Gilbert Bgwende, membre du Forum de défense constitutionnelle, un groupe de la société civile s’opposant lui aussi aux propositions de prolongation du mandat présidentiel.
Le 10 novembre dans la soirée, Lindon Zanga et Malvin Madanda, deux étudiants appartenant au Syndicat national des étudiants du Zimbabwe, auraient été enlevés par des inconnus circulant à bord d’un véhicule banalisé au centre commercial Mzimba, à Chinhoyi. Au moment de leur enlèvement, les deux étudiants participaient à la campagne pour les élections au Conseil représentatif des étudiants de l’université de Chinhoyi. Les ravisseurs avaient, semble-t-il, été vus plus tôt en train de distribuer sur le campus des supports de campagne en faveur du Congrès des syndicats étudiants du Zimbabwe, un syndicat rival. Lindon Zanga et Malvin Madanda ont été relâchés environ 12 heures plus tard. Ils ont déclaré avoir été torturés pendant leur captivité.
Journalistes
Le 3 février, la police a convoqué Blessed Mhlanga, avant de le libérer sans inculpation quelques heures plus tard. Lors de cet interrogatoire, les policiers ont affirmé vouloir savoir où en était la procédure au civil et au pénal qu’il avait engagée contre Terence Mukupe, un homme politique incarcéré.
Le 31 mars, Canaan Rusike a été arrêté par la police alors qu’il réalisait des interviews dans les rues de Harare au sujet des manifestations de la « Marche d’un million d’hommes ». Il a été détenu pendant près de six heures au poste de police central de Harare. Canaan Rusike a été libéré sans inculpation après que la police eut vérifié ses références, alors qu’il avait présenté aux policiers, avant son arrestation, sa carte de presse délivrée par la Commission des médias du Zimbabwe. Selon l’Institut des médias d’Afrique australe – Zimbabwe, neuf autres journalistes ont été interpellés ce jour-là, alors qu’ils couvraient les manifestations, et emmenés au même poste de police. Ils ont été libérés peu après, ayant apporté la preuve de leur statut de journalistes accrédités.
Le 5 septembre, Nyasha Mariga, photographe en chef du journal Masvingo Mirror, aurait été agressé par des policiers à Masvingo, alors qu’il photographiait un chauffeur de taxi sans licence qui résistait à la mise en fourrière de son véhicule. Lors de l’agression, la chemise de Nyasha Mariga aurait été déchirée et son appareil photo endommagé. Le photographe a été détenu pendant deux heures avant d’être libéré, sans inculpation, grâce à l’intervention de l’avocat du journal.
Droit à la santé
En octobre, l’Assemblée nationale a approuvé le projet de loi portant modification des services médicaux, qui visait à mettre la Loi relative aux services médicaux (chapitre 15:13) en conformité avec la Constitution, et avait été publié au journal officiel en juillet 2024. Le projet contenait d’importantes modifications de la Loi de 1977 sur l’interruption de grossesse qui représentaient une avancée majeure pour la modernisation de la législation zimbabwéenne en matière de santé reproductive. Le texte était en instance devant le Sénat à la fin de l’année. Il visait principalement à protéger le droit de toutes les personnes d’accéder à des services de santé élémentaires, y compris des soins de santé reproductive et d’urgence, tout en étendant la protection des groupes vulnérables comme les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les anciens combattant·e·s de la guerre d’indépendance. Le texte établissait en outre des normes applicables aux établissements de santé et aux prestataires de services de soins, introduisait des dispositions destinées à améliorer les soins de santé et donnait au ministère de la Santé et de la Protection de l’enfance les moyens de proposer des mesures d’incitation à la création d’établissements de santé dans des zones marginalisées.
Droit à la santé
Le Zimbabwe a commencé à commuer les peines des personnes condamnées à mort, conformément aux dispositions de la Loi relative à l’abolition de la peine de mort. Selon les dernières informations disponibles, cette mesure concernait environ 48 hommes qui se trouvaient sous le coup d’une telle condamnation au moment de l’adoption de cette loi, le 31 décembre 2024.
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