Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Zambie en 2025.
Les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ont été réprimés. Des membres de partis d’opposition ont été la cible de manœuvres d’intimidation et de harcèlement, et des journalistes ont été arrêtés. Les autorités ont utilisé abusivement la Loi relative à l’ordre public pour limiter les manifestations pacifiques. La hausse du coût de la vie et la diminution de l’aide internationale ont compromis l’accès à des services essentiels, notamment en matière de prise en charge du VIH. Les personnes LGBTI et les personnes atteintes d’albinisme continuaient de se heurter à la discrimination et à des obstacles les empêchant d’obtenir justice. La violence fondée sur le genre a explosé, avec plus de 10 000 cas signalés à la police entre janvier et mars. Les femmes et les filles restaient sous-représentées en politique et dans l’éducation, malgré une large adhésion de la population à l’égalité des genres.
Contexte
En mars, le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires [ONU] a indiqué que son appel d’urgence pour faire face à la sécheresse, lancé sur une période allant de mai 2024 à juin 2025, avait jusqu’alors aidé deux millions de personnes sur un objectif de 4,6 millions. Cet appel visait à fournir une réponse coordonnée aux victimes de la sécheresse provoquée par le phénomène climatique El Niño.
Liberté d’expression et de réunion
En juin, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur le droit à la liberté d’expression s’est déclarée préoccupée par le harcèlement et les actes d’intimidation subis par des membres et des militant·e·s de l’opposition de la part de la police et de personnes liées à des partis politiques. Elle a également relevé que la Loi relative à l’ordre public, qui datait de l’époque coloniale, n’avait toujours pas été abrogée ni modifiée et continuait d’être utilisée pour réprimer des manifestations pacifiques.
Le 25 janvier, un rassemblement de l’Alliance Tonse (regroupant plusieurs partis politiques) a été déclaré illégal par la police, qui a motivé sa décision par le fait que l’équipe organisatrice n’avait pas notifié l’événement aux autorités, comme l’exigeait la Loi relative à l’ordre public.
Le 16 mai, le Parti socialiste a organisé une manifestation dans la capitale, Lusaka, pour demander l’arrestation des responsables présumés d’un vol de médicaments vitaux donnés par des organisations humanitaires internationales. Stanley Mabu’sa, le dirigeant des jeunes de ce parti, a déclaré avoir été visé par des menaces, des manœuvres d’intimidation et une surveillance après cette action.
Le 11 juillet, l’Association des avocats de Zambie a déposé un recours devant la Haute Cour pour contester certaines dispositions de la Loi no 3 de 2025 relative à la cybersécurité et de la Loi no 4 de 2025 relative à la cybercriminalité au motif qu’elles seraient contraires aux droits et libertés protégés par la Constitution.
Journalistes
Le 7 mars, Hope Chooma, journaliste de Wave FM, a été agressé par des sympathisant·e·s du parti au pouvoir alors qu’il couvrait un événement à Mazabuka. La police a arrêté quatre personnes soupçonnées d’être responsables de cette attaque. Cependant, le 23 mars, Hope Chooma a lui aussi été arrêté et maintenu en détention jusqu’au lendemain pour « coups et blessures » à la suite d’une plainte déposée par l’une de ces personnes.
Le 25 août, le journaliste Thandizo Banda, du quotidien The Mast, a été arrêté et détenu pendant trois heures au poste de police de Chowa, à Kabwe. Il avait photographié un véhicule transportant la présidente de la Commission électorale alors qu’elle allait rendre visite à sa fille qui se trouvait en garde à vue, soupçonnée de meurtre. Thandizo Banda a été libéré après avoir payé une amende en « reconnaissance de culpabilité ».
Droits économiques et sociaux
Bien que la Banque mondiale ait prévu une croissance de 5,8 % de l’économie zambienne après la sécheresse de 2024, le coût de la vie restait problématique et était aggravé par des coupures de courant récurrentes et des augmentations du prix des carburants.
En mai, le Centre jésuite de réflexion théologique a indiqué que le panier des besoins de base et de la nutrition (outil utilisé pour évaluer le coût mensuel de la vie et les besoins nutritionnels de la population) s’élevait à 11 272 kwachas zambiens (environ 497 dollars des États-Unis), soit près de 20 % de plus qu’en 2024. Étant donné que le revenu mensuel moyen était de 5 369 kwachas zambiens (environ 233 dollars), la plupart des familles ne pouvaient pas subvenir à leurs besoins de base.
Droit à la santé
La proportion du budget national allouée au secteur de la santé est passée de 11,8 % en 2024 à 10,7 % en 2025, ce qui était bien en deçà des 15 % recommandés dans la Déclaration d’Abuja.
En février, à la suite de la réduction de l’aide étrangère accordée par les États-Unis, le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida a annoncé la fermeture de 32 centres d’accueil, dans sept des 10 provinces zambiennes. Ces centres fournissaient jusqu’alors des services d’aide à plus de 20 000 personnes vivant avec le VIH et bénéficiant d’un traitement antirétroviral. Selon le directeur national de l’ONUSIDA, les programmes DREAMS financés par le gouvernement américain, qui faisaient partie d’une initiative mondiale de soutien aux adolescentes et jeunes femmes visant avec le VIH et qui venaient en aide à ces personnes dans 22 districts, ont également été fermés. Seize autres centres réalisant des circoncisions gratuitement ont dû cesser leurs activités.
Droit à un environnement sain
En septembre, 176 habitant·e·s de la ville de Chambishi (province de Copperbelt) ont intenté un procès à la compagnie minière zambienne Sino-Metals Leach Ltd après l’effondrement en février de son barrage de rétention de résidus. Selon les requérant·e·s, cet effondrement aurait libéré des déchets toxiques dans les rivières Mwambashi et Kafue, affirmation que la société mère chinoise de Sino-Metals Leach considérait comme « clairement infondée ». Selon le dossier, quelque 300 000 foyers qui vivaient de la pêche ont été touchés, alors que le gouvernement n’en a identifié que 449. Les habitant·e·s ont déclaré souffrir de problèmes respiratoires, de douleurs abdominales, de diarrhée, d’éruptions cutanées et d’irritations oculaires.
Discrimination
Personnes LGBTI
Les personnes LGBTI étaient en butte à la stigmatisation, la discrimination et l’intolérance, notamment de la part des représentant·e·s de l’État et des responsables religieux, ce qui contribuait à leur exclusion et générait un climat de peur.
En juillet, la Cour constitutionnelle a rejeté la requête déposée par l’Union zambienne pour les libertés civiles lui demandant de prononcer l’inconstitutionnalité de l’article 155(a)(c) du Code pénal de Zambie pour cause de discrimination fondée sur le sexe. La Cour a estimé qu’elle n’avait pas compétence à statuer sur une violation présumée de la Constitution et que, dans les affaires relevant de la Déclaration des droits, les requérant·e·s devaient saisir la Haute Cour.
Personnes atteintes d’albinisme
Les personnes atteintes d’albinisme continuaient de subir des discriminations et des attaques violentes motivées par des superstitions dangereuses.
En mars, un rapport publié par plusieurs organisations zambiennes a mis en avant les obstacles rencontrés par les personnes atteintes d’albinisme pour accéder à la justice en cas d’agression physique et de violations de leurs droits économiques, sociaux et culturels. La loi était lacunaire et ne garantissait pas le respect de l’obligation de rendre des comptes et d’offrir réparation à la suite de ce genre d’attaques. Aucune disposition ne prévoyait de poursuites pénales pour la détention de parties du corps d’une personne atteinte d’albinisme. Même lorsque les victimes pouvaient s’appuyer sur des lois pour faire valoir leurs droits, les enquêtes et les poursuites s’avéraient opaques et inefficaces. Les préjugés à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme constituaient également un obstacle à la justice et à l’égalité.
Violences fondées sur le genre
En avril, des membres de la société civile, des parents, des artistes et des musicien·ne·s ont organisé une manifestation pour dénoncer la hausse des agressions sexuelles sur mineur·e·s. Selon l’Unité nationale des statistiques sur la criminalité, 10 170 cas de violences fondées sur le genre ont été signalés au cours du premier trimestre de l’année. Ce chiffre incluait 685 viols sur mineur·e, dont seulement 224 ont donné lieu à un procès.
Droits des femmes et des filles
En juillet, une enquête de l’Afrobaromètre a révélé que plus de 70 % de la population zambienne croyait à l’égalité des genres, mais que seulement 39 % des femmes accédaient à l’enseignement secondaire contre 49 % des hommes. Cet écart était attribué au grand nombre d’élèves quittant l’école en raison de mariages précoces et de grossesses résultant de violences fondées sur le genre. La proportion de femmes au Parlement n’était que de 15 %.
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