Yémen

/© Mohammed Hamoud/Anadolu/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Yémen en 2025.

Les parties au conflit ont continué de détenir arbitrairement, de soumettre à des disparitions forcées et de poursuivre abusivement en justice des personnes critiques à l’égard de leurs actions et politiques en matière de droits humains, notamment des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes et des travailleurs·euses humanitaires. Les États-Unis et Israël ont mené des attaques ayant entraîné des morts au sein de la population civile. Les autorités houthies de facto ont procédé à des arrestations massives de personnel humanitaire. Les autorités de facto du Conseil de transition du Sud ont réprimé des manifestations pacifiques. Aucune partie au conflit n’a protégé les droits économiques et sociaux, et la réduction brutale des financements internationaux a encore aggravé la crise humanitaire. Les femmes et les filles étaient toujours en butte à la violence liée au genre et à la discrimination. Cette année encore, des personnes LGBTI ont été poursuivies en justice. Les parties au conflit ont contribué à des dégradations de l’environnement.

Contexte

Malgré le cessez-le-feu négocié sous l’égide de l’ONU, les parties au conflit ont lancé des attaques sporadiques contre des zones civiles et les lignes de front, notamment dans les gouvernorats de Taïzz, de Lahij, d’Hodeïda et de l’Hadramout.

Entre le 15 mars et le 6 mai, les États-Unis ont procédé à de nouvelles frappes navales et aériennes au Yémen, dans le cadre de l’opération Rough Rider, lancée en réponse aux attaques des autorités houthies de facto ciblant le transport maritime. Les frappes aériennes états-uniennes ont fait au moins 224 morts parmi la population civile, selon les estimations de l’organisation indépendante Airwars.

Le 18 mars, les Houthis ont repris les attaques de drones et les tirs de missiles contre Israël. La plupart de ces tirs ont été interceptés par les systèmes de défense israéliens mais, selon des informations parues dans la presse, quatre personnes ont été blessées le 4 mai par un missile houthi près du terminal principal de l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Le 24 septembre, une attaque de drone houthie a fait plus de 20 morts près d’un hôtel à Eilat.

Les forces houthies ont repris en juillet leurs attaques contre des navires commerciaux et ont coulé deux bâtiments grecs battant pavillon libérien en mer Rouge, tuant au moins trois membres d’équipage.

Israël a mené des frappes contre des infrastructures majeures du nord du Yémen entre mai et septembre. Selon le Civilian Impact Monitoring Project, plusieurs centaines de civil·e·s ont trouvé la mort ou ont été blessés dans ces attaques. Le Premier ministre houthi, Ahmad al Rahawi, neuf ministres et deux hauts fonctionnaires, ont été tués le 28 août dans une attaque israélienne contre la capitale, Sanaa.

Un enfant en moyenne a été tué ou blessé chaque jour au cours de l’année dans le pays, a indiqué Save the Children, le plus souvent par une frappe aérienne. Le nombre d’enfants tués en 2025 a plus que doublé par rapport à 2024.

Attaques illégales

Un centre de détention pour personnes migrantes de Saada, dans le nord-ouest du pays, a été touché le 28 avril par une frappe aérienne états-unienne, qui a fait des dizaines de morts et de blessés parmi les migrants africains détenus là par les autorités houthies de facto. Un grand nombre de blessés ont subi des lésions irréversibles : traumatismes crâniens, lésions à la colonne vertébrale ou membres mutilés. Les recherches menées par Amnesty International ont permis de conclure que cette frappe constituait une attaque aveugle qui devait faire l’objet sans délai et en toute transparence d’une enquête pour crime de guerre.

En août, le Commandement militaire états-unien a répondu aux questions d’Amnesty International au sujet de cette attaque et indiqué qu’il « évaluait toutes les allégations de dommages civils résultant de ses opérations pendant la période mentionnée ». Malgré leurs promesses, cependant, les États-Unis n’avaient pas rendu publics de quelconques résultats de ces évaluations à la fin de l’année.

Liberté d’expression, d’association et de réunion

Autorités houthies de facto

Les autorités houthies de facto ont intensifié leurs attaques contre des organisations de la société civile, du personnel des Nations unies et des journalistes qui émettaient des critiques à leur endroit. Les Houthis ont mené de multiples vagues d’arrestations dans les zones qu’ils contrôlaient et placé arbitrairement en détention au moins plusieurs dizaines de membres du personnel des Nations unies. L’ONU a indiqué que 69 de ses employé·e·s avaient été ainsi détenus de manière arbitraire par les Houthis entre 2021 et décembre 2025.

Des dizaines de membres du personnel d’organisations de la société civile yéménites ou internationales arrêtés par les Houthis au cours de l’année écoulée étaient toujours détenus sans inculpation et sans pouvoir communiquer de manière adéquate avec un·e avocat·e ou avec leur famille.

Un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial qui était détenu par les Houthis est mort le 11 février.

Six journalistes ou militants actifs dans les médias ont été arrêtés en mai à Hodeïda, a indiqué le Syndicat des journalistes yéménites (SJY).

Le 24 mai, le tribunal pénal spécial siégeant à Sanaa a déclaré Mohammed al Mayahi coupable de diffusion d’informations fausses ou trompeuses. Le SJY a fait savoir qu’il avait été condamné à un an et demi d’emprisonnement.

Toujours en mai, les autorités houthies de facto ont interdit à tous les médias et créateurs·trices de contenu de filmer ou de réaliser des interviews à Sanaa sans autorisation préalable du ministère de l’Information, qu’elles contrôlaient.

Le 25 septembre, les Houthis ont arbitrairement placé en détention l’avocat spécialiste des droits humains Abdul Majid Sabra, pour des publications sur les réseaux sociaux commémorant la révolution du 26 septembre 1962. Dans les gouvernorats du nord du pays qui célèbrent cet anniversaire, les Houthis ont intercepté des personnes à des points de contrôle et fouillé leur téléphone à la recherche de contenus liés à cet événement. Des dizaines de personnes ont ainsi été arrêtées.

Conseil de transition du Sud

Les autorités de facto du Conseil de transition du Sud (CTS) ont réprimé des manifestations pacifiques dans les zones sous leur contrôle. Sur fond de fréquentes coupures d’eau et d’électricité, des manifestations pacifiques organisées à l’initiative de femmes qui entendaient faire valoir leurs droits économiques et sociaux se sont tenues à Aden en mai et juin. À plusieurs reprises, les forces de sécurité du CTS ont eu recours à une force excessive contre des manifestantes, ont restreint illégalement le mouvement de contestation et ont empêché les participantes de filmer ou de photographier les événements.

Le 17 mai, le comité de sécurité du CTS pour Aden a interdit toutes les manifestations et tous les événements publics dans la ville jusqu’à ce que les « conditions soient réunies pour garantir leur caractère pacifique et le respect des lois par les organisateurs ».

Le 14 juin, les forces de sécurité affiliées au CTS ont arrêté de manière arbitraire les défenseures des droits humains Maha Awad et Afraa Harriri lors d’une manifestation pacifique dans le quartier de Mualla, à Aden. Ces femmes ont été détenues pendant une courte période au poste de police de Mualla, puis ont été remises en liberté.

Mis hors de cause le 25 décembre 2024 par la Cour d’appel pénale spéciale siégeant à Aden, le journaliste Ahmad Maher a été libéré le 18 janvier de la prison Bir Ahmad d’Aden. À l’issue d’un procès d’une iniquité flagrante, il avait été condamné en mai 2024 par le tribunal pénal spécial à quatre ans d’emprisonnement pour falsification de documents d’identité et pour diffusion d’informations fausses ou trompeuses, une infraction qui n’est pas reconnue au titre du droit international.

Selon Marsadak, un observatoire yéménite de la liberté des médias, les autorités de facto du CTS détenaient toujours arbitrairement le journaliste Naseh Shaker, soumis à une disparition forcée en novembre 2023.

Gouvernement du Yémen

Dans les zones qu’il contrôlait, le gouvernement reconnu par la communauté internationale a poursuivi sa campagne de harcèlement et de poursuites judiciaires contre les journalistes. Selon des informations communiquées par le SJY, 10 journalistes ont été convoqués dans le cadre d’une enquête ou bien placés arbitrairement en détention entre janvier et octobre dans les gouvernorats de Taïzz et de l’Hadramaout, parce qu’ils avaient publié des contenus jugés critiques à l’égard des autorités.

Droits économiques et sociaux

L’effondrement de l’économie, la détérioration des services publics, le conflit en cours, les chocs climatiques de plus en plus fréquents et la réduction des financements humanitaires ont eu des conséquences graves sur l’exercice par les habitant·e·s de leurs droits économiques et sociaux, en particulier s’agissant de l’accès à l’alimentation, à l’eau et à la santé.

L’accès à la nourriture restait extrêmement limité. Selon le Programme alimentaire mondial, 34 % des foyers du pays étaient touchés par une privation alimentaire extrême. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a indiqué que le Yémen était le troisième pays au monde le plus touché par l’insécurité alimentaire.

Le pays subissait toujours l’une des plus graves épidémies de choléra du monde. Entre mars 2024 et août 2025, plus de 332 000 cas présumés et 1 073 décès ont été signalés dans le pays, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires.

L’arrêt brutal et irresponsable de l’aide internationale par les États-Unis a mis en danger la santé et les droits fondamentaux de millions de personnes qui dépendaient de l’aide humanitaire au Yémen. Il a de plus interrompu des services d’assistance et de protection vitaux, notamment le traitement de la malnutrition et les soins de santé pour les enfants souffrant du choléra et d’autres maladies.

Les Houthis ont aggravé la crise humanitaire en procédant à plusieurs reprises à des arrestations massives, suivies de placements arbitraires en détention, d’employé·e·s des Nations unies et d’autres membres du personnel humanitaire participant à la distribution de services vitaux dans le nord du pays.

Dans le sud, notamment dans les gouvernorats d’Aden, de l’Hadramaout et de Taïzz, la population a subi de nombreuses coupures d’eau et d’électricité de grande ampleur, ainsi qu’une détérioration des services élémentaires, en violation de son droit à un niveau de vie suffisant.

Des pluies torrentielles et des inondations ont notamment touché les gouvernorats de Marib, d’Al Mahwit, d’Hodeïda et de Taïzz. Elles ont provoqué des morts, détruit des habitations et des moyens de subsistance, aggravé les déplacements internes et laissé des centaines de personnes sans abri, sans nourriture et sans eau potable.

Droits des femmes et des filles

Dans tout le pays, les femmes et les filles étaient toujours en butte à des discriminations systémiques et des violences fondées sur le genre. La législation nationale n’imposait pas d’âge minimum pour le mariage, et près d’un tiers des femmes étaient mariées avant d’avoir 18 ans. Le mariage des enfants s’accompagnait d’atteintes aux droits humains tout au long de la vie. Environ cinq millions de femmes rencontraient des obstacles pour accéder à des services de santé reproductive et, selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le taux de mortalité maternelle se situait à un niveau de près de 200 pour 100 000.

La réduction des financements états-uniens avait déjà, en mars, entraîné dans l’ensemble du pays la fermeture de dizaines de lieux d’accueil sécurisés conçus pour prévenir les violences liées au genre ou y répondre. En juillet, des dizaines de centres de soins et d’établissements de santé reproductive et de protection ont également dû fermer leurs portes, privant des centaines de milliers de femmes et de filles, dont des victimes de violences liées au genre, d’accès à des soins cruciaux, à un soutien psychosocial et à une assistance juridique, a indiqué le FNUAP.

Outre la suppression de financements, le fait que les États-Unis aient placé les Houthis sur leur liste des « organisations terroristes internationales » a conduit des organisations internationales qui menaient des programmes vitaux d’aide aux femmes enceintes ou allaitantes et aux enfants souffrant de malnutrition à suspendre leurs activités dans les zones contrôlées par les Houthis.

Les autorités houthies de facto ont continué à restreindre le droit des femmes de circuler librement sans l’accompagnement ou l’autorisation écrite d’un tuteur masculin (mahram). Cela entravait leur droit au travail, entre autres multiples effets discriminatoires.

Droits des personnes LGBTI

Les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe constituaient toujours une infraction au regard du Code pénal yéménite de 1994. L’article 264 punissait les rapports anaux de 100 coups de fouet et d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à un an, pour les accusés non mariés. Si la personne mise en cause était mariée, la peine prévue était la mort par lapidation. L’article 268 punissait les relations sexuelles entre femmes d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans.

Le 20 janvier, le tribunal pénal spécialisé de Sanaa, sous contrôle des Houthis, a condamné 18 hommes à la peine de mort et 113 autres à des peines allant de deux ans et demi à 15 ans d’emprisonnement pour divers chefs d’accusation, dont la « prostitution », le « fait de se comporter comme une femme » et des « actes immoraux ».

Droit à un environnement sain

Les attaques des Houthis contre des convois maritimes ont fait courir de graves risques environnementaux, menaçant la vie marine et les moyens de subsistance des populations côtières.

Les 6 et 7 juillet, les Houthis ont attaqué les navires MV Magic-Seas et MV Eternity-C. Ces deux vraquiers ont coulé, provoquant, selon l’association PAX for Peace, d’importantes nappes de pétrole.

Les frappes aériennes états-uniennes et israéliennes sur le terminal pétrolier de Ras Issa et les attaques israéliennes contre les infrastructures énergétiques, et notamment les centrales électriques et installations de stockage de combustible de Ras Kathib, Hezyaz et Dhahaban, ont provoqué des explosions et d’importants incendies, menaçant de compromettre la qualité de l’air et de contaminer l’eau et le sol.

Dans le gouvernorat de Chabwa, un oléoduc endommagé connectant le champ pétrolifère d’Ayaz au port d’al Nashima restait une source de pollution majeure : selon les autorités locales du district d’al Rawda, de grandes quantités de pétrole brut se déversaient et contaminaient les terres agricoles et les nappes phréatiques.

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