Viêt-Nam

/©EPA/LUONG THAI LINH

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Viêt-Nam en 2025.

Le gouvernement a continué de recourir à des dispositions vagues du Code pénal et a tenté de mettre en place de nouvelles lois pour lutter contre la dissidence et réprimer la liberté d’expression, ce qui s’est traduit par de nouvelles arrestations et détentions arbitraires. Les mauvais traitements infligés à des militant·e·s incarcérés, partout dans le pays, demeuraient un motif de préoccupation. Les droits des personnes LGBTI n’étaient pas suffisamment protégés dans la loi comme dans la pratique. Le gouvernement a aboli la peine de mort pour huit infractions.

Contexte

Des réformes administratives ont été adoptées pour regrouper les 63 provinces et municipalités en 34 unités administratives. Beaucoup ont vu dans cette initiative une tentative de centralisation du contrôle de la part de Tô Lâm, secrétaire général du Parti communiste vietnamien (PCV), à l’approche du Congrès national du PCV, prévu en 2026.

Le Viêt-Nam a été réélu membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU jusqu’en 2028. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a examiné le bilan du pays en matière de droits humains et exprimé des préoccupations concernant la répression transnationale, la torture, les conditions de détention, la liberté d’expression et le droit à un procès équitable.

Liberté d’expression

Journalistes et militant·e·s

De longues peines d’emprisonnement ont continué d’être utilisées pour réprimer les voix dissidentes. Le journaliste de premier plan Đoàn Bảo Châu était en butte à un harcèlement persistant en raison de ses articles et de ses critiques à l’égard du gouvernement. En août, la police l’a inculpé au titre de l’article 117 du Code pénal pour « propagande contre l’État ». Les charges retenues contre lui étaient liées à six vidéos et interviews accordées à des médias internationaux portant sur des problèmes sociaux et des violations des droits humains au Viêt-Nam. Il encourait 20 ans d’emprisonnement.

En août, une journaliste du service vietnamien de la BBC a été interrogée et s’est vu interdire de sortir du pays après être allée demander le renouvellement de son passeport.

Au moins 43 personnes (des militant·e·s, des journalistes et de simples citoyen·ne·s) ont été arrêtées en 2025 et poursuivies en justice au titre des articles 109, 116, 117 et 331 du Code pénal, articles formulés en termes vagues et généraux. Ces personnes ont été prises pour cible uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression.

En octobre, la société civile a fait part de ses préoccupations au sujet d’un projet de loi sur la presse qui visait à obliger les journalistes à révéler leurs sources à la police.

Répression de la dissidence

En août, le ministère de la Sécurité publique a créé l’Alliance pour la confiance numérique, une coalition nationale visant officiellement à lutter contre la mésinformation. Des organisations de la société civile ont cependant estimé que cette alliance était une nouvelle plateforme destinée à amplifier la propagande gouvernementale. La coalition réunissait plus de 300 « leaders d’opinion clés » et influenceurs·euses de l’ensemble du pays. Cette nouvelle initiative venait compléter les projets « Comité 35 » et « Force 47 », menés par la police et l’armée, projets qui visaient à façonner l’opinion publique et à réprimer les voix dissidentes sous couvert de « lutte contre la désinformation et les fausses nouvelles ».

Le ministère de la Sécurité publique a présenté en septembre un projet de modification de la Loi de 2018 sur la cybersécurité. Ce projet entendait obliger les fournisseurs d’accès à Internet à communiquer les adresses IP des utilisateurs et utilisatrices à la police, à supprimer des contenus et à suspendre leurs services dans les 24 heures suivant une demande de la police. Il a suscité des inquiétudes quant au droit au respect de la vie privée et à la liberté d’expression en ligne.

La police a utilisé des textes tels que le décret no 14/2022/ND-CP, qui sanctionnait la diffusion de « contenus illégaux » ainsi que « la désinformation et la diffamation », pour infliger des amendes à des personnes ayant exprimé sur les réseaux sociaux des opinions dissidentes au sujet des politiques publiques ou de la police. Ces sanctions administratives allaient de 5 à 10 millions de dongs vietnamiens (190 à 380 dollars des États-Unis). Dans plusieurs provinces, la police a menacé de nombreux titulaires de comptes de réseaux sociaux ou leur a imposé des amendes pour avoir publié de « fausses informations » sur les inondations et glissements de terrain meurtriers qui ont frappé le pays, ainsi que sur les efforts humanitaires déployés par le gouvernement. Dans la seule province de Đắk Lắk, la police est intervenue dans au moins 52 cas.

Torture et autres mauvais traitements

L’état de santé de militant·e·s emprisonnés qui ne pouvaient bénéficier de soins médicaux adéquats continuait de susciter des inquiétudes. La militante des droits fonciers Cấn Thị Thêu s’est vu refuser l’accès à son dossier médical malgré de graves inquiétudes concernant sa santé1. L’état de santé de plusieurs journalistes incarcérés, notamment Lê Hữu Minh Tuấn, Phạm Chí Dũng et Nguyễn Tường Thụy, demeurait tout aussi préoccupant.

Des défenseur·e·s des droits humains, notamment le professeur de musique Đặng Đăng Phước, le militant en faveur de la démocratie Lê Đình Lượng, le militant écologiste Hoàng Đức Bình, le militant Bùi Tuấn Lâm et le défenseur des droits fonciers Trịnh Bá Tư ont été soumis en prison à de lourdes punitions incluant le port d’entraves aux chevilles 10 jours durant, le placement en détention à l’isolement pendant plusieurs semaines et des restrictions concernant les visites familiales.

Le dissident Vương Văn Thả est mort le 2 septembre dans la prison d’An Phước, dans la province de Bình Dương. Il avait commencé à purger en 2017 une peine de 12 ans d’emprisonnement pour « propagande contre l’État ». Sa famille a contesté la version officielle selon laquelle il se serait suicidé et a réclamé une enquête indépendante sur les raisons de sa mort, mais elle s’est heurtée à des manœuvres de harcèlement de la part des autorités.

Arrestations et détentions arbitraires

Au moins cinq militants défenseurs des droits humains et de la démocratie ont été arrêtés le 28 août, quelques jours avant la fête nationale, célébrée le 2 septembre. La police a déclaré que ces hommes faisaient l’objet d’une enquête au titre de l’article 117 du Code pénal et qu’ils seraient maintenus en détention jusqu’au premier trimestre 2026 au moins.

Droits des personnes LGBTI

Les personnes LGBTI demeuraient vulnérables en raison d’un manque de protection juridique. Les lois relatives au mariage et à la famille ne reconnaissaient pas le mariage entre personnes de même sexe. L’absence de réglementation concernant l’adoption d’enfants, les soins médicaux et les droits patrimoniaux pour les couples non mariés continuait d’exposer les personnes LGBTI à la discrimination. La situation demeurait incertaine quant aux droits des personnes transgenres ; le projet de loi sur la reconnaissance du genre déposé il y a 10 ans n’avait toujours pas été examiné. Des campagnes de désinformation progouvernementales ont intensifié les violences liées au genre facilitées par la technologie commises en ligne contre les personnes LGBTI. La marche des fiertés qui devait avoir lieu à Hô Chi Minh-Ville a été annulée pour la première fois en 13 ans, et d’autres événements du même type ont été censurés ou annulés à la suite du harcèlement pratiqué par les autorités locales.

Droit à un environnement sain

La pollution atmosphérique a atteint en janvier un niveau figurant parmi les plus élevés du monde. En mars, la concentration de particules fines (PM2,5) à Hanoï, la capitale, a atteint 25 fois le plafond recommandé par l’OMS, ce qui a obligé des écoles à fermer et entravé l’accès à l’éducation et à la santé, en particulier pour les personnes à risque. Des inquiétudes persistaient quant à l’interdiction des véhicules à essence à Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, prévue pour juillet 2026. Le gouvernement considérait cette interdiction comme un moyen de réduire la pollution atmosphérique et d’atteindre un niveau zéro d’émissions nettes de gaz à effet de serre, mais celles et ceux qui la critiquaient ont tiré la sonnette d’alarme en expliquant qu’elle risquait de nuire aux motocyclistes à faibles revenus si d’autres solutions propres et financièrement viables n’étaient pas proposées.

Peine de mort

Le Viêt-Nam a aboli la peine de mort pour huit infractions, remplaçant ce châtiment par la réclusion à perpétuité à compter du mois de juillet. Néanmoins, dans un contexte marqué par le non-respect des règles de procédure dans des procès où l’accusé·e encourait la peine capitale et par le secret entourant le recours à ce châtiment, on continuait de craindre que des peines de mort soient toujours prononcées.

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