Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Uruguay en 2025.
Les autorités ont continué de restreindre la liberté d’expression et l’accès aux informations publiques. La surpopulation carcérale créait des conditions de détention inhumaines et le taux de mortalité dans les prisons était élevé. Des militaires restaient poursuivis pour des crimes contre l’humanité commis sous le régime militaro-civil en place de 1973 à 1985, mais les enquêtes concernant les disparitions forcées qui ont eu lieu pendant cette période n’ont pas avancé. Le nombre de féminicides et de plaintes pour des violences faites à des femmes est resté élevé. L’offre de services de santé mentale et d’aide sociale était insuffisante. Les grossesses adolescentes restaient un sujet de préoccupation.
Contexte
Le système de garantie des droits a continué de s’affaiblir. Lors du débat sur le budget du gouvernement pour la période 2025-2029, une réduction des ressources allouées aux mesures de renforcement de ce système a été détectée, notamment dans les domaines de la lutte contre les violences liées au genre, la protection de l’enfance et de l’adolescence et l’accès aux services de santé mentale.
En septembre, la procureure générale par intérim, Mónica Ferrero, a été agressée à son domicile, ce qui a suscité un vif émoi dans l’opinion publique.
Liberté d’expression
Un rapport du Centre d’archives et d’accès à l’information publique publié en mai recensait 51 cas de menaces envers des journalistes et de restrictions de leur liberté d’expression entre avril 2024 et mars 2025. Les limitations imposées à la liberté journalistique restaient source de préoccupation.
En juillet, la journaliste Fernanda Kosak a été censurée après avoir exprimé son soutien à la Palestine.
Droit à l’information
Plus de 15 ans après l’adoption de la Loi no 18 381 sur le droit d’accès aux informations publiques, cet accès restait insuffisant. Les institutions publiques, soumises à cette loi, n’avaient toujours pas mis en œuvre les mesures prévues en matière de transparence et d’accès aux informations publiques.
La procureure générale par intérim a interdit en avril la publication des réquisitoires introductifs d’instance dans les affaires d’intérêt public. Cette décision opacifiait le travail du ministère public et limitait l’accès à l’information.
Conditions de détention inhumaines
La surpopulation au sein du système carcéral persistait. Selon des chiffres du ministère de l’Intérieur, la population carcérale augmentait de façon régulière et dépassait en décembre les 16 000 personnes incarcérées, soit 32 personnes détenues pour un·e fonctionnaire de police, 63 pour un·e agent·e pénitentiaire et 157 pour un·e technicien·ne médical·e, alors que la norme internationale dans ce domaine était de trois personnes détenues pour un·e fonctionnaire pénitentiaire.
En outre, 10 000 personnes faisaient l’objet de mesures alternatives à la détention et étaient placées sous le contrôle du ministère de l’Intérieur. Des organisations de la société civile se sont inquiétées de la détérioration des conditions de détention, notamment de l’insalubrité et de la surpopulation, qui avaient des répercussions sur la santé des personnes incarcérées. Quatre détenus sont morts en juin dans un incendie qui a embrasé le module 11 de la prison de Santiago Vázquez (ancienne COMCAR).
Impunité
Le ministère de l’Intérieur a annoncé en mai la réouverture des archives de la Direction de l’information et du renseignement contenant des informations sur les événements survenus pendant le régime militaro-civil en place entre 1973 et 1985.
Quinze condamnations ont été prononcées contre des membres de l’armée et de la police (certains en activité, d’autres retraités) pour actes de torture, enlèvements et homicides constitutifs de crimes contre l’humanité commis pendant cette période. Un ancien officier de l’armée uruguayenne a en outre été condamné à Rome dans le cadre de l’enquête menée par l’Italie sur l’opération Condor. Cependant, aucun progrès réel n’a été réalisé en vue de faire la lumière sur le sort des personnes victimes de disparition forcée sous ce régime.
Droit à la santé
L’accès aux services de santé mentale était insuffisant et le taux de suicide a suscité l’inquiétude des autorités et des organisations de la société civile travaillant dans ce domaine. Selon le Syndicat de la police nationale, 15 fonctionnaires de police se sont suicidés en 2025, soit un taux nettement supérieur à celui de la population générale. Le gouvernement a fait savoir en juillet que 764 personnes s’étaient suicidées en 2024, soit un taux de 21,35 pour 100 000 habitant·e·s.
Violences fondées sur le genre
Seize féminicides et 35 443 cas de violences faites aux femmes ont été enregistrés entre janvier et octobre, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ce niveau élevé de violence liée au genre était toujours attribué au fait que l’État n’appliquait pas pleinement la Loi no 19 580 relative à la violence contre les femmes fondée sur le genre et n’avait pas alloué suffisamment de fonds à la création de tribunaux polyvalents compétents pour examiner toutes les affaires concernant ce type de violence.
En septembre, dans le département de Río Negro, un homme s’est suicidé après avoir tué sa fille et son fils, âgés respectivement de deux et six ans, dans l’intention de faire du mal à leur mère. Au cours des trois années précédentes, au moins 13 enfants étaient morts dans des violences de ce type, dites « vicariantes ».
Droit à l’aide sociale
Le ministère du Développement social a annoncé en avril l’élaboration d’un plan national relatif aux soins sociaux et de santé. En octobre, la Commission nationale des soins a présenté le plan pour la période 2026-2030 sans s’être réunie avec les organisations de la société civile concernées pendant la phase de conception.
Dix ans après sa création par la Loi no 19 353, le Système national de prise en charge intégrée ne fonctionnait toujours pas de manière efficace. La population ciblée ne pouvait toujours pas accéder aux services prévus par la loi. Les femmes, qui, en raison d’une discrimination liée au genre profondément enracinée, accomplissaient souvent les tâches de soins non rémunérées, étaient touchées de manière disproportionnée.
Droits sexuels et reproductifs
Des progrès ont été faits concernant l’accès aux droits sexuels et reproductifs, mais des obstacles entravaient toujours la prévention des grossesses adolescentes, et la politique du gouvernement en la matière n’était pas adaptée. Selon des informations du ministère de la Santé publique et de l’Administration des services de santé de l’État publiées précédemment, 190 filles de moins de 15 ans ont été en situation de grossesse entre 2021 et 2024. En 2024, sur un total de 29 899 naissances, 2 390 concernaient des filles âgées de 15 à 18 ans et 37 des filles de moins de 15 ans.
Droits des enfants
Un bébé de trois mois qui se trouvait sous la tutelle de l’Institut uruguayen de l’enfance et de l’adolescence (INAU) a été retrouvé mort en juin dans le département de Colonia. En août, une fille de 13 ans, dont l’INAU avait également la charge, a été tuée par son père lors d’un rendez-vous médical dans le département de Maldonado.
Droit à un environnement sain
Le gouvernement a décidé en juillet d’annuler la mise en œuvre du projet Neptune, qui prévoyait la construction d’une usine de traitement des eaux pour la zone métropolitaine de Montevideo, la capitale. Il a annoncé la construction d’une nouvelle usine à Aguas Corrientes (département de Canelones), sans présenter d’informations suffisantes concernant l’impact sur l’environnement et les populations avoisinantes.
Les restrictions graves de l’accès aux informations publiques sur la mise en œuvre de projets et mégaprojets de production ont été maintenues. Il était donc impossible de savoir quels effets ils avaient sur l’environnement, l’accès à l’eau et la qualité de vie des personnes.
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