Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Turkménistan en 2025.
Les autorités ont maintenu un contrôle étroit sur l’information, sanctionnant les personnes critiques à leur égard et censurant l’accès à Internet. Les voix indépendantes s’exposaient à des représailles (poursuites judiciaires, interdiction de voyager, etc.). Les dissident·e·s vivant à l’étranger risquaient d’être arrêtés, voire expulsés. Le pays était toujours le théâtre de disparitions forcées, et un certain nombre de prisonniers·ères n’ont pas été libérés après avoir purgé leur peine. La torture et les mauvais traitements restaient monnaie courante en détention, en l’absence de tout contrôle indépendant. Les relations sexuelles entre hommes constituaient toujours une infraction pénale. Très émetteur de carbone et misant sur une exploitation accrue des gisements de gaz, le modèle économique du pays compromettait ses engagements climatiques. La pénurie d’eau restait un grave problème, qui menaçait la sécurité alimentaire du Turkménistan.
Contexte
L’économie du Turkménistan a connu une croissance plus lente qu’en 2024, tandis que la hausse de l’inflation frappait plus particulièrement les catégories les plus pauvres de la population. Malgré les projets de développement du secteur privé et de diversification de l’économie, celle-ci restait fortement dépendante de l’extraction du gaz naturel. Les pouvoirs publics ont mis en œuvre d’importants chantiers énergétiques, portant notamment sur l’exploitation de nouveaux gisements de gaz et la construction d’un gazoduc vers l’Inde.
Les autorités ont poursuivi leurs tentatives de mettre en valeur l’image du pays sur la scène internationale, sans grand succès. La troisième Conférence des Nations unies sur les pays en développement sans littoral s’est tenue au Turkménistan au mois d’août. Elle a été consacrée en particulier au renforcement de la connectivité, à la promotion des échanges commerciaux et au développement durable. Les préoccupations relatives aux droits humains au Turkménistan n’ont pas été évoquées lors de cette rencontre, à laquelle participait le secrétaire général de l’ONU.
Liberté d’expression
Le Turkménistan restait de fait fermé à toute surveillance de la situation des droits humains. Les autorités contrôlaient étroitement l’information dans le pays et limitaient de façon drastique les échanges avec le monde extérieur. Les journalistes indépendants et, plus généralement, les personnes vivant au Turkménistan qui osaient s’intéresser à des sujets sensibles s’exposaient à des actes d’intimidation et à des représailles.
L’accès à Internet restait cher et la connexion lente. Les pouvoirs publics censuraient l’accès aux sites proposant des informations indépendantes et interdisaient ou contrôlaient étroitement les réseaux privés virtuels (VPN).
Emprisonné en 2021, le militant Murat Dushemov a fini en juin de purger la peine de quatre ans de prison à laquelle il avait été condamné pour, selon l’accusation, extorsion de fonds et violences. Or, au lieu d’être libéré, il a été inculpé, sur la foi d’éléments manifestement fabriqués de toutes pièces, de coups et blessures sur la personne d’un codétenu. Il a été condamné le 16 septembre à huit années d’emprisonnement supplémentaires, à l’issue d’un procès à huis clos.
Les autorités du Turkménistan s’en sont prises à des journalistes et à des personnes critiques à leur égard résidant à l’étranger. Ainsi, la militante Umida Bekchanova a été arrêtée en mai en Turquie, en vue d’être expulsée vers le Turkménistan. Son expulsion a été reportée, mais on ignorait à la fin de l’année quelle était exactement sa situation.
Au mois d’avril, deux blogueurs et militants turkmènes, Alisher Sakhatov et Abdulla Orusov, ont été arrêtés en Turquie et placés dans un centre de rétention, d’où ils ont disparu en juillet. Ils auraient selon toute probabilité été renvoyés secrètement au Turkménistan. Aucun des deux pays concernés n’avait donné d’informations sur leur sort à la fin de l’année.
Le blogueur vidéo Didar Amansakhatov a disparu en novembre, après avoir critiqué le prix de la viande. On a appris sa mort quelque temps plus tard. Le flou entourant les circonstances de son décès laissait à penser qu’il avait été arrêté arbitrairement, torturé et tué illégalement.
Les autorités ont ignoré une communication de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme concernant l’hospitalisation forcée de la journaliste Soltan Achilova et la tentative d’empoisonnement dont elle aurait été victime, manifestement pour l’empêcher de se rendre à une rencontre internationale consacrée aux droits humains.
Selon la presse, les pouvoirs publics de la province de Balkan auraient interdit aux cabinets d’avocat·e·s privés et aux boutiques de reprographie d’aider des client·e·s à rédiger, imprimer ou copier des appels au chef de l’État, sous peine de révocation de leur licence professionnelle.
Droit de circuler librement
Les autorités ont continué d’imposer arbitrairement des interdictions de voyager, notamment à des personnes soupçonnées de dissidence et à leurs proches. Le journaliste indépendant Nurgeldy Khalykov s’est vu interdire de quitter le Turkménistan en janvier sur décision arbitraire d’un service de l’État dont le nom n’a pas été révélé. Le frère et la sœur du militant Murat Dushemov n’ont pas été autorisés à quitter le pays, de façon totalement arbitraire.
Disparitions forcées
Le Turkménistan a poursuivi sa pratique de la détention au secret de longue durée, qui pouvait constituer de fait une disparition forcée, et n’a pas libéré un certain nombre de personnes qui avaient pourtant purgé leur peine. C’était notamment le cas de plusieurs dizaines d’hommes accusés d’avoir participé en 2002 à une tentative d’assassinat présumée contre le président de l’époque, Saparmurat Niyazov. Les autorités refusaient toujours de révéler quelle était la situation de ces individus, où ils se trouvaient et quel sort leur avait été réservé, ou d’enquêter sur leur disparition.
Torture et autres mauvais traitements
Lors de son examen de la situation du Turkménistan en avril, le Comité contre la torture [ONU] s’est dit profondément préoccupé par les allégations faisant état d’un recours fréquent à la torture et à d’autres mauvais traitements (coups, privation de soins médicaux, placement à l’isolement de longue durée, entre autres) dans les lieux de détention.
Les établissements pénitentiaires ne faisaient l’objet d’aucun contrôle indépendant de la part d’observateurs·trices nationaux ou internationaux.
Selon certaines informations, des prisonniers présumés gays ont été soumis à des examens anaux qui constituaient une violation de l’interdiction de la torture et des autres formes de mauvais traitements.
Droits des personnes LGBTI
Les relations sexuelles librement consenties entre hommes constituaient toujours une infraction pénale passible d’une peine maximale de deux années d’emprisonnement.
Les services de sécurité auraient arrêté et soumis à la torture et à d’autres mauvais traitements plus d’une vingtaine d’hommes et d’adolescents présumés gays pour leur extorquer de l’argent. Les autorités auraient également arrêté des femmes et des jeunes filles qu’elles pensaient être lesbiennes et auraient fait pression sur leurs familles pour qu’elles « les marient » le plus vite possible.
Droit à l’eau
L’accès à l’eau, entre autres pour les besoins de l’agriculture, posait toujours de graves problèmes, mettant en péril la sécurité alimentaire et le développement économique. Parmi les facteurs contribuant à la pénurie figuraient notamment l’absence de stratégie globale de gestion de l’eau, l’incapacité des pouvoirs publics à entretenir et améliorer les infrastructures existantes dans ce domaine, et le gaspillage de la ressource en eau dans les usages agricoles.
Droit à un environnement sain
Le Turkménistan restait dépendant du gaz, entre autres pour la production d’électricité. Selon l’ONU, son économie était la plus carbonée de la région, ce qui compromettait ses engagements de réduire son impact sur le changement climatique pris au titre de l’Accord de Paris et de l’engagement mondial en faveur de la réduction des émissions de méthane.
Le Turkménistan a poursuivi ses projets d’augmentation de la production de gaz naturel, en particulier via l’exploitation de l’important gisement de Galkynysh.
Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.
Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.
Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.
Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.
Un rapport qui dérange celles et ceux qui agissent dans l’ombre.
Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.
Un rapport qui incarne la force de notre travail, qui permet d’établir des faits, de lutter contre les violations des droits humains partout dans le monde. Et qui donne des clés pour résister.
Nous sommes le plus grand mouvement mondial pour les droits humains.
Notre seul camp, les droits humains.
