Roumanie

/© Daniel Mihailescu/AFP/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Roumanie en 2025.

Cette année encore, les Roms ont été en butte à une exclusion et une discrimination systémiques. Les droits des personnes LGBTI étaient toujours limités. Le discours xénophobe à l’égard des personnes migrantes s’est intensifié. Des journalistes et des ONG ont été visés par des manœuvres de harcèlement et des menaces de poursuites judiciaires. Le nombre de signalements de violence domestique a augmenté. Les droits en matière de procréation et l’accès à l’avortement ont été mis à mal. La stratégie adoptée par la Roumanie pour éliminer les combustibles fossiles à l’horizon 2030 a progressé, mais les militant·e·s écologistes étaient toujours exposés à la menace de poursuites judiciaires.

Contexte

Une nouvelle élection présidentielle s’est tenue en mai, après l’annulation par la Cour constitutionnelle du scrutin de novembre 2024. En janvier, la Commission de Venise du Conseil de l’Europe a critiqué cette décision unilatérale adoptée par la Cour, invoquant une absence de fondement juridique, un manque de preuves et le non-respect des garanties procédurales. La Commission a préconisé la mise en œuvre urgente de réformes législatives et une éventuelle annulation de la décision afin de restaurer la légitimité du système démocratique et de garantir l’intégrité des futures élections.

Les mesures d’austérité prises par le gouvernement (gel des salaires et des retraites, baisse des prestations sociales et réduction des recrutements) ont été critiquées. Des ONG, des syndicats et des étudiant·e·s ont souligné leurs effets disproportionnés sur les populations précaires.

Discrimination

Le projet du gouvernement de fusionner le Conseil national de lutte contre les discriminations (CNCD) avec le bureau de l’Avocate du peuple (la médiatrice) a soulevé des préoccupations. Des organisations de la société civile ont mis en garde contre le fait que cette fusion porterait atteinte aux règles de l’UE contre la discrimination, affaiblirait la mission de l’institution et entraverait l’accès des victimes à la justice. Elles ont demandé la tenue d’une réelle consultation ainsi que le renforcement de l’indépendance du CNCD.

Roms

Cette année encore, des Roms ont été en butte à des violences policières, au profilage ethnique et à la discrimination dans les domaines de l’éducation et du logement. Selon une enquête menée en 2025 par des ONG sur la manière dont les fonds octroyés par l’UE étaient utilisés dans six pays, dont la Roumanie, ces fonds aggravaient dans certains cas la ségrégation et la marginalisation des populations roms. Ainsi, le rapport mettait en avant plusieurs cas où, à la faveur de financements européens, des élèves roms avaient été séparés des autres élèves et placés dans des classes ou des bâtiments distincts au sein des écoles, et des familles roms avaient été hébergées dans des logements sociaux de piètre qualité, de type conteneurs, situés dans des quartiers isolés.

Personnes LGBTI

Malgré un soutien croissant du public en faveur des droits des personnes LGBTI, ces droits demeuraient limités et aucune avancée n’avait été réalisée concernant l’adoption d’une loi sur le partenariat civil. La branche européenne de l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexes (ILGA-Europe), une ONG de défense des droits des personnes LGBTI, a classé la Roumanie au dernier rang des pays de l’UE concernant la situation de ces personnes sur les plans juridique et politique. Environ 30 000 personnes ont participé à la plus grande marche des fiertés jamais organisée dans la capitale, Bucarest, afin de célébrer la visibilité LGBTI et de plaider en faveur du partenariat civil, des soins de santé pour les personnes transgenres et des protections juridiques. Une contre-manifestation de faible ampleur s’est déroulée en parallèle pour promouvoir les « valeurs familiales traditionnelles » et s’opposer au mariage entre personnes de même sexe.

Personnes migrantes

Face à la forte augmentation du nombre de personnes migrantes dans la capitale, les autorités de la ville de Bucarest ont lancé une consultation publique sur une nouvelle stratégie d’intégration de ces personnes. Cependant, les discours xénophobes se sont intensifiés, en particulier dans le cadre de manifestations et de campagnes de haine en ligne. Des organisations de la société civile ont appelé le CNCD à agir en amont pour protéger les personnes migrantes contre les manœuvres d’intimidation et les discours haineux.

Liberté d’expression et d’association

Le Département d’État des États-Unis a signalé que les journalistes et les ONG avaient difficilement accès aux informations publiques et qu’ils étaient fréquemment visés par des manœuvres de harcèlement, des menaces d’ordre juridique et des litiges, notamment des procédures-bâillons. Romgaz, une entreprise publique du secteur énergétique, a brièvement tenté de faire dissoudre Greenpeace Roumanie, qui s’était opposée à son projet d’extraction de gaz en mer Noire.

Malgré les pressions de la société civile et de l’UE, la Roumanie n’avait toujours pas adopté de loi contre les procédures-bâillons à la fin de l’année. Des projets de textes étaient toujours en cours d’examen, mais leur portée risquait d’être trop limitée et leurs dispositions mal mises en œuvre.

Violences fondées sur le genre

D’après des données fournies par Eurostat en juin, la Roumanie se plaçait au quatrième rang des pays de l’UE présentant les taux de violences faites aux femmes les plus élevés. Les chiffres étaient en hausse, avec plus de 138 000 cas de violence domestique et 59 féminicides recensés au cours de l’année.

Quelques avancées ont été réalisées au niveau législatif. En vertu de la loi « Roumanie sans violence » adoptée en juin, les peines encourues en cas d’agression ont été doublées et les mesures d’éloignement renforcées. Au Parlement et au ministère de la Justice, les travaux entrepris en vue d’adopter des réformes de plus grande ampleur visant à protéger les femmes contre la violence ont progressé et une consultation a été lancée sur des propositions de durcissement des peines encourues en cas de féminicide aggravé. Ces avancées ont été obtenues à la suite de manifestations exigeant des mesures plus fermes contre la violence à l’égard des femmes.

Droits sexuels et reproductifs

Des ONG ont dénoncé des restrictions de plus en plus importantes des droits en matière de sexualité et de procréation, notamment en ce qui concerne l’avortement et la contraception. Plusieurs obstacles venaient entraver ces droits, comme le refus de soins pour raisons de conscience opposé par des médecins et des hôpitaux, ainsi que le militantisme contre l’avortement et la diffusion de mésinformation. Les femmes marginalisées et vivant en milieu rural étaient touchées de façon disproportionnée.

Une proposition de loi présentée en septembre par deux parlementaires visait à restreindre davantage encore la pratique de l’avortement en Roumanie, voire à la rendre passible de poursuites. Cette proposition a été largement condamnée par la société civile et des ONG, qui ont fait valoir qu’un tel texte entraînerait une augmentation de la demande d’avortement non sécurisé et serait contraire aux normes internationales.

Droit à un environnement sain

La Roumanie a renforcé sa stratégie d’élimination des combustibles fossiles à l’horizon 2030 en augmentant ses capacités de production d’énergie solaire et de stockage par batterie. Des difficultés subsistaient cependant. Ainsi, la fermeture de centrales à charbon a été reportée, car les projets de remplacement n’avaient pas suffisamment progressé.

Si les actions de défense de l’environnement n’ont pas faibli, les militant·e·s ont cette année encore subi des pressions et été menacés de procédures-bâillons. Des groupes de la société civile ont plaidé en faveur d’une meilleure protection juridique et institutionnelle pour les défenseur·e·s des droits environnementaux.

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