Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Portugal en 2025.
Des enquêtes ont mis au jour de nouveaux éléments attestant de mauvais traitements dans les prisons. Le parquet a engagé des poursuites dans des affaires d’homicides illégaux présumés de personnes racisées par la police. Les autorités ont continué de restreindre de manière illégale les réunions pacifiques. Selon les informations disponibles, les crimes de haine étaient en augmentation. Les violences fondées sur le genre demeuraient élevées et les garanties juridiques étaient insuffisantes. L’accès à l’avortement était toujours insatisfaisant.
Contexte
La coalition gouvernementale de centre-droit a été réélue en mai. Le parti Chega, connu pour ses discours et ses positions hostiles aux migrant·e·s et aux Roms, a remporté 60 sièges au Parlement, ce qui faisait de lui le premier parti d’opposition du pays.
Torture et autres mauvais traitements
En juillet, un rapport de la défenseure des droits a fait état de mauvais traitements perpétrés dans trois des 10 prisons visitées en 2024.
Le parquet a enquêté sur des allégations selon lesquelles deux personnes incarcérées aux Açores auraient été victimes de mauvais traitements en mai.
En octobre, le Comité européen pour la prévention de la torture [Conseil de l’Europe] s’est dit préoccupé par les défaillances systémiques persistantes des enquêtes pénales sur les allégations de torture. Il a également noté que les personnes étrangères étaient surreprésentées parmi les victimes de mauvais traitements.
Homicides illégaux
En juillet, deux policiers ont été inculpés d’« enlèvement aggravé » et d’« homicide qualifié » à la suite d’une attaque contre deux migrants marocains à Olhão, en Algarve, en mars 2024. Les deux victimes avaient été menottées lors de l’offensive de la police et l’une d’entre elles était décédée des suites de ses blessures. Les policiers ont été suspendus dans l’attente de leur procès.
En octobre, à Sintra (près de Lisbonne, la capitale), s’est ouvert le procès d’un policier accusé d’avoir tué Odair Moniz, un cuisinier noir, à l’issue d’une course-poursuite en 2024 dans le quartier de Cova da Moura. Une deuxième enquête a été ouverte contre deux autres policiers soupçonnés d’avoir livré de faux témoignages dans cette affaire.
Liberté de réunion pacifique
Des militant·e·s ont indiqué avoir été inculpés pour non-respect de l’obligation de déclaration préalable à l’organisation de manifestations. Le gouvernement n’a pris aucune mesure pour réviser le texte de loi vieux de plusieurs décennies qui régissait la liberté de réunion pacifique, pourtant contraire aux normes internationales.
En juin, à l’issue de plusieurs recours, un tribunal a confirmé la condamnation du militant Francisco Pedro pour « désobéissance aggravée » et lui a infligé une amende de 300 euros pour n’avoir pas informé les autorités d’une manifestation pacifique contre la construction d’un nouvel aéroport à Lisbonne en 2019.
Discrimination
En juin, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance [Conseil de l’Europe] s’est inquiétée des lacunes observées dans le cadre juridique de lutte contre les crimes de haine et du peu de poursuites engagées, écueils qui créaient un climat d’impunité. Les données obtenues en juillet auprès du parquet ont montré que, sur 1 020 enquêtes concernant des crimes de haine présumés engagées entre 2019 et 2024, 19 seulement avaient abouti à une mise en accusation.
En octobre, le Parlement a commencé à examiner une proposition de loi visant à restreindre la possibilité de se couvrir le visage dans les lieux publics. Une telle loi risquerait de porter atteinte aux droits à la liberté d’expression, de religion et de réunion pacifique et au droit au respect de la vie privée.
Violences faites aux femmes et aux filles
En mai, le Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique [Conseil de l’Europe] a recensé plusieurs obstacles à la protection des victimes, notamment la légèreté des peines et l’inefficacité des mesures d’éloignement.
En juillet, le Parlement a de nouveau classé le viol dans la catégorie des infractions donnant automatiquement lieu à des poursuites, ce qui permettait aux autorités d’enquêter sur des affaires même lorsque la victime n’avait pas porté plainte ni signalé l’affaire à la police.
Droits sexuels et reproductifs
L’accès à l’avortement demeurait variable selon les régions. Un grand nombre de professionnel·le·s de la santé refusaient de pratiquer cet acte pour des raisons de conscience, en particulier aux Açores et dans la région de l’Alentejo, les deux parties du pays où les services d’interruption de grossesse étaient les plus restreints. Selon des données publiées en juillet par le ministère espagnol de la Santé, 2 525 personnes vivant au Portugal se sont rendues en Espagne pour avorter entre 2019 et 2023, souvent en raison du plafond de 10 semaines fixé par la loi portugaise.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Le Parlement a adopté en septembre une loi limitant le droit au regroupement familial des personnes migrantes et demandeuses d’asile.
Droit à un environnement sain
En juillet et en août, des incendies de forêt ont dévasté la région du centre-nord, faisant quatre morts. La « surface brûlée » représentait 3,02 % du territoire du Portugal, soit le pourcentage le plus élevé de tous les pays de l’UE en 2025.
En août, le Comité de la Convention d’Aarhus a établi que le Portugal avait bafoué le droit d’accès à l’information de manière « délibérée et sans fondement » dans le cadre de l’évaluation environnementale de la mine de lithium de Barroso, à Boticas, dans le nord-est du pays.
Droits en matière de logement
En juillet, au moins 50 familles ont été expulsées de force à la suite de démolitions dans des quartiers de la périphérie de Lisbonne, et nombre d’entre elles se sont retrouvées sans abri.
En septembre, le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre la pénurie de logements abordables. Cependant, la baisse d’impôts accordée aux propriétaires qui percevaient jusqu’à 2 300 euros de loyers par mois faisait redouter une hausse des loyers jusqu’à ce plafond.
Transferts d’armes irresponsables
Le gouvernement a reconnu qu’au moins trois avions de chasse F-35, vendus à Israël par les États-Unis, avaient été autorisés à faire escale sur la base aérienne de Lajes, aux Açores, en avril. Cette escale a facilité le transfert d’armes vers Israël, en violation des obligations incombant au Portugal au titre du Traité sur le commerce des armes et du droit international humanitaire.
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