Pakistan

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Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Pakistan en 2025.

Malgré un ralentissement important de l’inflation, la pauvreté demeurait omniprésente. Des coupes budgétaires et des inondations ont provoqué des pertes de vies humaines et ont dégradé encore davantage le bien-être économique de la population. Des modifications des lois relatives à l’expression en ligne et à la lutte contre le terrorisme ont eu des répercussions importantes sur les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Des journalistes, des militant·e·s et des membres de partis d’opposition ont notamment été placés en détention. Les disparitions forcées restaient une source de préoccupation majeure. Des violations de la liberté de religion ou de conviction ont cette année encore été commises, en particulier à l’encontre de la communauté ahmadiyya, qui était toujours la cible de persécutions. Les violences contre les femmes et contre les personnes transgenres ont augmenté. Des réfugié·e·s afghans ont été expulsés après l’expiration de leurs cartes d’enregistrement, dans le cadre du Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière. Le dispositif d’intervention face aux graves inondations qui ont frappé le pays n’a pas été satisfaisant.

Contexte

Les attaques terroristes se sont poursuivies sans relâche et les tensions avec l’Inde se sont accrues, ce qui a entraîné une multiplication des opérations militaires dans certaines parties des provinces de Khyber Pakhtunkhwa et du Baloutchistan. Des frappes de drones et des attaques menées par des activistes ou par les forces armées dans la province de Khyber Pakhtunkhwa ont fait des dizaines de morts parmi la population civile. En mai, les tensions avec l’Inde ont dégénéré en attaques armées, qui ont aussi causé la mort de civil·e·s. La 27e modification de la Constitution, adoptée en novembre, a considérablement sapé l’indépendance des hautes autorités judiciaires et a accordé une large immunité de poursuites aux responsables des forces armées et au président. En moyenne, l’inflation est restée inférieure à celle de 2024 ; elle a atteint un niveau historiquement bas en avril (0,3 %), mais a augmenté régulièrement depuis. Le taux d’inflation a atteint plus de 5 % à la suite des inondations de l’été. Le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé deux versements durant l’année : l’un, définitif, d’un milliard de dollars des États-Unis en mai et, l’autre, en attente de confirmation, de 1,2 milliard en octobre.

Droits économiques, sociaux et culturels

Malgré la forte baisse de l’inflation, 44,7 % des Pakistanais·e·s vivaient en dessous du seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. En raison de contraintes imposées par le FMI, le budget annuel alloué au développement a été sensiblement réduit, notamment les financements pour la nourriture, l’eau, l’énergie et les secteurs sociaux comme la santé, l’éducation et la protection sociale. Le budget rendu public en juin prévoyait une hausse de 20,2 % des dépenses dans le domaine de la défense, tandis que les dépenses de santé et d’éducation étaient en baisse en proportion du PIB.

La situation économique était particulièrement préjudiciable aux groupes marginalisés. Selon l’OIT, la différence de salaire entre les hommes et les femmes au Pakistan était de 25 % pour le salaire horaire et de 30 % pour le salaire mensuel. Les employé·e·s du secteur de l’assainissement, en particulier les personnes non musulmanes appartenant aux castes dites « inférieures », étaient en butte à une discrimination systémique et manquaient de protections en termes d’équité des salaires, de sécurité au travail et d’accès à la sécurité sociale. Des pratiques s’apparentant à de l’exploitation existaient aussi dans d’autres secteurs, notamment celui des fours à briques, où les travailleuses et travailleurs étaient maintenus dans des conditions de servitude pour dette.

Liberté d’expression

Quelques progrès ont été constatés : des tribunaux ont pris des décisions en faveur de journalistes dans certaines affaires, et l’interdiction du réseau social X en vigueur depuis 15 mois a été levée en mai. Globalement, cependant, les autorités ont continué d’utiliser la détention et les lois de lutte contre la cybercriminalité et le terrorisme pour réprimer la liberté d’expression. Des modifications de la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité (PECA), adoptées en janvier, ont élargi le pouvoir de censure des autorités et érigé en infraction la diffusion d’« informations fausses et mensongères ».

Des contenus en ligne ont cette année encore été censurés et l’Autorité pakistanaise des télécommunications (PTA) a imposé des coupures d’Internet arbitraires, en particulier au Baloutchistan. Le Pakistan a mis à jour son système de surveillance d’Internet pour pouvoir bloquer des contenus en ligne, principalement au moyen de technologies importées de Chine. Les autorités ont aussi retiré leurs publicités de certains journaux pour les punir d’avoir publié des articles critiques à leur égard en les privant de cette source de revenus importante.

En mai, la PTA a bloqué 16 chaînes YouTube et 32 sites internet indiens qu’elle accusait de diffuser de la « propagande ». En juin, les discours de membres d’un parti d’opposition ont été censurés à la télévision d’État pendant la séance parlementaire sur le budget. En juillet, un tribunal a rendu une ordonnance interdisant 27 chaînes YouTube appartenant à des journalistes et à des partis d’opposition pour contenus « hostiles à l’État ». Cette décision a été annulée en septembre par la haute cour d’Islamabad.

Arrestations et détentions arbitraires

Le Parlement a adopté en août la Loi portant modification de la Loi antiterroriste, qui autorisait jusqu’à trois mois de détention sans inculpation. Des journalistes ont été à maintes reprises pris pour cible au titre de la PECA pour des articles jugés trop critiques par les autorités. En mars, les journalistes Farhan Mallick et Waheed Murad ont été arrêtés, dans deux affaires distinctes, pour avoir partagé en ligne des contenus considérés comme « hostiles à l’État ». Ils ont ensuite été libérés sous caution. Un autre journaliste, Khalid Jamil, a été arrêté en août par l’Agence nationale d’enquête sur la cybercriminalité, qui l’accusait d’avoir partagé des « contenus mensongers » sur les réseaux sociaux. Il a été remis en liberté le lendemain. Les avocat·e·s et défenseur·e·s des droits humains Imaan Mazari et Hadi Ali Chatta ont fait l’objet de poursuites pour des tweets présumés « hostiles à l’État ». Hadi Ali Chatta a été brièvement détenu et le procès a soulevé de vives préoccupations quant à la régularité de la procédure.

Après le conflit avec l’Inde en mai, les contenus jugés « hostiles à l’État » ont été la cible d’une vague de répression, qui s’est traduite par l’arrestation et le placement en détention d’une dizaine de personnes. Des militant·e·s baloutches ont par ailleurs été pris pour cible et placés en détention au titre des lois antiterroristes et de l’Ordonnance sur le maintien de l’ordre public, notamment Mahrang Baloch, Bebarg Zehri, Beebow Baloch, Shah Jee Sibghat Ullah, Ghaffar Qambarani et Gulzadi Baloch. En août, une plainte pénale a été enregistrée contre un mineur de la ville de Gwadar accusé d’avoir partagé la vidéo d’un discours du militant des droits humains Gulzar Dost. Le militant Ali Wazir et plusieurs membres du Mouvement de protection pachtoune (PTM) demeuraient en détention illégale. Le 5 août a marqué le deuxième anniversaire de l’incarcération d’Imran Khan, dirigeant du parti politique Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI). Détenu sur la base d’accusations motivées par des considérations politiques, il se trouvait toujours derrière les barreaux à la fin de l’année. Selon certaines informations, il a été placé à l’isolement pendant des semaines et privé arbitrairement du droit de consulter un·e avocat·e et de voir sa famille.

Le droit de circuler librement a aussi été sévèrement restreint. Le président du Parti national baloutche, Sardar Akhtar Mengal, n’a pas été autorisé à quitter le pays en juillet au motif qu’il avait été placé sur la Liste nationale provisoire d’identification, sur laquelle figuraient des personnes visées par des restrictions de déplacements. Les journalistes Asad Toor et Sohrab Barkat se sont vu interdire, chacun de leur côté, de sortir du pays. Sohrab Barkat a par la suite été inculpé au titre de la PECA, après avoir été empêché de sortir du pays pour se rendre à une conférence de l’ONU. En octobre, 32 personnes, dont plusieurs militant·e·s baloutches, ont été qualifiées de « personnes indésirables » en vertu de la Loi antiterroriste, ce qui a eu pour conséquence de restreindre leur liberté de mouvement et d’action.

Disparitions forcées

Les disparitions forcées restaient une source de préoccupation majeure. La Commission d’enquête sur les disparitions forcées, organe gouvernemental, a enregistré 125 nouveaux cas au cours du premier semestre 2025. De nombreux autres n’ont pas été signalés ou enregistrés par cette commission. L’organisation de la société civile Défense des droits humains (DHR) a de son côté recensé 60 nouveaux cas pendant l’année, tandis que des organisations régionales ont fait état de chiffres beaucoup plus élevés. La commission gouvernementale a affirmé en septembre avoir « réglé » 83 % des dossiers qu’elle avait reçus depuis sa création ; la société civile et les familles de victimes demeuraient cependant préoccupées par les procédures en place pour le travail de cette commission.

En mars, les forces de sécurité ont effectué une descente au domicile du journaliste Ahmad Noorani, en exil à l’étranger, et ses deux frères ont été soumis à une disparition forcée pendant plus d’un mois.

Liberté de réunion pacifique

En mars, des manifestations et des rassemblements de militant·e·s baloutches ont été réprimés par les autorités dans les provinces du Baloutchistan et du Sind. Trois manifestants ont été tués par les forces de sécurité, qui, selon des militant·e·s locaux, ont recouru à une force illégale pendant une manifestation organisée le 21 mars par le Comité de solidarité baloutche (BYC) pour réclamer la libération de militant·e·s baloutches victimes de disparition forcée. En septembre, les autorités ont réprimé des manifestations dans le territoire de Jammu-et-Cachemire administré par le Pakistan. Elles ont imposé une coupure des réseaux et d’Internet pendant près d’une semaine et ont utilisé la force contre des manifestant·e·s, faisant neuf morts, dont au moins six manifestants.

Durant l’année, plus de 100 dirigeant·e·s et militant·e·s du PTI ont été condamnés par des tribunaux antiterroristes dans des affaires liées aux manifestations du 9 mai 2023 ; parmi ces personnes figuraient les chefs de l’opposition à l’Assemblée nationale et au Sénat, Omer Ayub et Shibli Faraz, la députée Zartaj Gul, et la militante Khadija Shah. La Cour suprême a confirmé en mai les condamnations des manifestants jugés par des tribunaux militaires à la suite de ces manifestations.

Liberté de religion et de conviction

Les violences contre la communauté ahmadiyya se sont intensifiées, prenant la forme d’arrestations, d’attaques de lieux de culte, de graves profanations et d’homicides ciblés. Au moins trois ahmadis ont été tués durant l’année, dont un homme qui a été lynché après la prière du vendredi. Les ahmadis se sont aussi vu imposer de fortes restrictions lors de la célébration de fêtes religieuses, telles que le ramadan, l’Aïd et l’Achoura. En décembre, des hommes armés ont tiré sur un ahmadi qui rentrait du travail à Khushab (province du Pendjab). Un homme ahmadi a été arrêté à Gujranwala et accusé de blasphème pour avoir distribué de la nourriture gratuitement à l’occasion de l’Achoura en juillet. En septembre, un autre ahmadi a échappé de justesse à une attaque à l’arme à feu dans la ville de Sahiwal. Des ahmadis ont été attaqués le 28 septembre à Sialkot (province du Pendjab) ; au moins cinq personnes ont été blessées et de nombreux biens appartenant à des ahmadis ont été incendiés. Le 10 octobre, un lieu de culte ahmadi a été attaqué par un homme armé pendant la prière du vendredi. Nombre de ces actes de violence ont été organisés par des groupes religieux d’extrême droite, comme Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP). La société civile a déploré que TLP et d’autres groupes ne soient pas suffisamment amenés à rendre des comptes pour ces exactions. Néanmoins, en octobre, à la suite de violentes manifestations, le gouvernement fédéral a approuvé l’interdiction du mouvement TLP au titre de la Loi antiterroriste.

La Loi relative au blasphème a cette année encore été appliquée de façon abusive. En juillet, la haute cour d’Islamabad a ordonné la formation d’une commission chargée d’enquêter sur les cas de centaines de personnes qui semblaient avoir été piégées par des accusations de blasphème en ligne apparemment forgées de toutes pièces. Cette décision a été suspendue une semaine plus tard à la suite d’un recours interne. En décembre, Mubarak Saani, un ahmadi, a été condamné à la réclusion à perpétuité pour blasphème.

L’attaque menée en 2023 contre la communauté chrétienne de Jaranwala demeurait impunie, les 10 accusés ayant été acquittés par un tribunal local en juin faute de preuves. Des organisations chrétiennes ont dénoncé le manque de transparence de l’enquête, accusant la police d’avoir ignoré des preuves cruciales.

Droits des femmes et des filles

Les violences faites aux femmes n’ont pas diminué. Sahil, une organisation recensant les violences fondées sur le genre à partir d’articles parus dans les journaux, a enregistré une hausse de 25 % du nombre de cas signalés dans les 11 premiers mois de 2025. L’Organisation pour un développement social durable (SSDO), une ONG, a enregistré plus de 20 000 cas durant le premier semestre de l’année.

Un cas de « crime d’honneur » survenu au Baloutchistan a été fortement médiatisé en juillet ; dans une vidéo devenue virale, on pouvait voir un conseil tribal tuer une femme et un homme parce qu’ils entretenaient une relation contre la volonté de leurs familles. Seize personnes ont été arrêtées juste après ces homicides. Des violences ont aussi été signalées contre des femmes actives sur les réseaux sociaux. Sana Yousaf, 17 ans, a ainsi été assassinée après avoir rejeté la demande en mariage d’un homme qui la suivait sur les réseaux sociaux.

Malgré l’opposition de partis religieux, le Parlement a adopté en mai la loi du territoire de la capitale, Islamabad, restreignant le mariage des enfants, qui fixait à 18 ans l’âge minimum du mariage et prévoyait des sanctions pénales pour les contrevenant·e·s. De même, la province du Baloutchistan a adopté en novembre une loi portant l’âge minimum du mariage à 18 ans. Les deux chambres du Parlement ont par ailleurs adopté la Loi sur la prévention et la protection contre la violence domestique d’Islamabad ; les partis religieux ont exprimé leur désaccord.

Droits des personnes LGBTI

De nombreuses personnes transgenres ont cette année encore été victimes d’homicide. Au moins 10 meurtres de femmes transgenres ont été signalés dans la seule province de Khyber Pakhtunkhwa. En septembre, trois femmes transgenres ont été abattues à Karachi (province du Sind). Par ailleurs, au moins quatre viols en réunion de femmes transgenres ont été signalés, à Islamabad, Sahiwal, Kasur et Bahawalnagar. Selon une organisation locale œuvrant en faveur des droits des personnes transgenres, 56 hommes et femmes transgenres ont été tués en deux ans dans la province du Sind.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Le Pakistan a lancé les phases deux et trois de son Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière, annoncé en octobre 2023. L’État a expulsé des personnes disposant d’une preuve d’enregistrement ou d’une carte de citoyenneté afghane, en violation du principe de « non-refoulement ». En mars, le Pakistan a également annoncé que tous les ressortissant·e·s afghans, y compris les personnes réfugiées ou demandeuses d’asile, devaient quitter les villes d’Islamabad et de Rawalpindi. Les cartes de preuve d’enregistrement remises par le HCR ont expiré à la fin du mois de juin et les autorités ne les ont pas renouvelées. En conséquence, plus de 999 000 ressortissant·e·s afghans sont retournés en Afghanistan entre janvier et décembre, dont 153 670 à la suite d’une expulsion, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Entre septembre 2023 et décembre 2025, 1 930 937 personnes de nationalité afghane ont regagné l’Afghanistan ; la plupart ont été renvoyées de force ou poussées au retour par les conditions de vie au Pakistan.

Droit à un environnement sain

Les inondations qui ont commencé fin juin ont touché 6,9 millions de personnes ; elles ont fait plus de 1 000 morts et ont entraîné le déplacement de plus de 3,5 millions d’habitant·e·s. La réaction à cette catastrophe, en particulier aux crues soudaines survenues dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, a été jugée insuffisante, notamment en termes d’alertes précoces et de secours.

Plusieurs régions du Pakistan ont subi des vagues de chaleur en avril et en juin, avec des températures atteignant 49 °C, ce qui a exposé les habitant·e·s à des niveaux de stress thermique potentiellement mortels. Le changement climatique rendait plus probable la survenue de températures extrêmes et d’inondations.

Le Pakistan a annoncé sa troisième contribution déterminée au niveau national, dans laquelle il s’engageait volontairement à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % à l’horizon 2035, dont 17 % sans condition, par ses propres moyens et mesures, et 33 % à condition de recevoir un financement climatique international suffisant sous forme de subventions ou de prêts à des conditions préférentielles.

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