Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Ouganda en 2025.
Les autorités ont eu recours à la torture et à d’autres mauvais traitements, à la disparition forcée et à des arrestations et détentions arbitraires contre des opposant·e·s au gouvernement avérés ou présumés. La Commission des droits humains de l’Ouganda a tenu des audiences sur des cas de torture et de détention illégale à l’issue desquelles des indemnisations ont été accordées à des victimes de violations des droits humains. Les autorités ont persisté à juger des civil·e·s devant des tribunaux militaires, en violation d’un arrêt de la Cour suprême jugeant cette pratique inconstitutionnelle. Les forces de sécurité ont agressé des journalistes, réprimé des manifestations pacifiques et effectué des perquisitions dans les bureaux d’un parti d’opposition. Les personnes LGBTI étaient confrontées à de nombreuses violations des droits humains et restaient en butte à la discrimination en vertu de la Loi contre l’homosexualité. L’Ouganda manquait cruellement de fonds pour aider les près de deux millions de personnes réfugiées ou demandeuses d’asile présentes dans le pays. La construction de l’oléoduc d’Afrique de l’Est continuait de susciter des inquiétudes en matière d’environnement et de droits humains, notamment en raison des menaces qu’il faisait peser sur les habitats humains et fauniques.
Contexte
En juin, le Mouvement national de résistance (le parti au pouvoir) a annoncé que Yoweri Museveni, président de la République depuis 1986, se représenterait en 2026. La Commission électorale a validé sa candidature en septembre. Dans le même temps, Muhoozi Kainerugaba, fils du président et chef des forces armées, a utilisé son compte X pour lancer des menaces de mort et inciter à la violence contre des dirigeant·e·s, des membres et des sympathisant·e·s de l’opposition, ainsi que contre d’autres personnes critiques à l’égard du gouvernement. Parmi les personnes menacées figuraient les dirigeants de deux partis : Robert Kyagulanyi (alias Bobi Wine), chef de la Plateforme de l’unité nationale (NUP) et candidat à l’élection présidentielle, et Kizza Besigye, chef du Front populaire pour la liberté. Les publications sur X ont par la suite été supprimées.
Torture et autres mauvais traitements
Le 11 février, la Commission des droits humains de l’Ouganda (UHRC), organisme officiel créé pour surveiller la situation en matière de droits fondamentaux et enquêter sur les violations de ces droits, a entamé une série d’audiences à travers le pays. Ces audiences visaient à examiner des violations qui auraient été commises par les services de sécurité, dont des cas de torture et de détention illégale. Cinq jugements ont été rendus, accordant plus de 300 millions de shillings ougandais d’indemnisation (environ 87 000 dollars des États-Unis) à des victimes de violations des droits humains commises dans différents districts. L’UHRC a mis en garde les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF) et la police, les appelant à ne pas commettre d’actes de torture ni d’exécutions extrajudiciaires. Elle a insisté sur le fait que ces agissements étaient explicitement interdits au titre de l’article 221 de la Constitution du pays.
Le 27 avril, Eddie Mutwe, garde du corps de Robert Kyagulanyi, a été soumis à une disparition forcée à la suite de son enlèvement par des hommes armés non identifiés près de la capitale, Kampala. Le 1er mai, dans une publication sur X qui a ensuite été supprimée, Muhoozi Kainerugaba a dit être responsable de la disparition d’Eddie Mutwe et l’avoir torturé en détention. Il a dit l’avoir frappé et lui avoir rasé la tête, et a menacé de continuer à le torturer. Eddie Mutwe est resté détenu au secret jusqu’au 5 mai, date à laquelle des membres des UPDF l’ont conduit devant le tribunal de Masaka, où il est apparu « visiblement affaibli » et portant « des traces de torture », selon le ministre de la Justice. L’avocat d’Eddie Mutwe a déclaré dans les médias que son client avait été soumis à des décharges électriques pendant sa détention. Le garde du corps a été inculpé de vol aggravé et de coups et blessures en lien avec des faits présumés datant de 2024. Il était toujours en détention à la fin de l’année.
Procès inéquitables
La Cour suprême ougandaise a jugé en janvier que les procès de civil·e·s devant des tribunaux militaires étaient inconstitutionnels et a ordonné que ces affaires soient transférées à des tribunaux civils. Cette décision faisait suite aux poursuites engagées par la justice militaire contre Kizza Besigye (voir Contexte) et Obeid Lutale, deux ressortissants ougandais enlevés à Nairobi, au Kenya, en novembre 2024 et transférés illégalement en Ouganda pour y répondre d’accusations liées à la sécurité et à la détention d’armes à feu. Cette affaire a par la suite été transférée à un tribunal civil, mais les deux hommes ont été maintenus en détention à la prison de Luzira.
En juin, le président, Yoweri Museveni, a promulgué la Loi de 2025 portant modification de la Loi relative aux Forces de défense populaires de l’Ouganda, qui permettait que des personnes civiles soient jugées devant des tribunaux militaires. Cette loi contenait des dispositions formulées en termes vagues visant les civil·e·s accusés d’infractions en lien avec l’armée, telles que l’acquisition d’armes ou d’équipements en vue de commettre des actes violents, le fait de se faire passer pour un militaire, ou encore la collaboration avec des militaires pour commettre des infractions.
Arrestations et détentions arbitraires
Le 7 janvier, un tribunal militaire de Kampala a condamné l’avocat spécialisé dans les droits humains Eron Kiiza à neuf mois d’emprisonnement pour « entrave au bon fonctionnement de la justice ». Il avait été arrêté pour avoir protesté quand des militaires lui avaient barré l’accès à la zone d’une salle d’audience réservée aux avocat·e·s de la défense, alors qu’il était là pour l’audience de mise en accusation de ses clients Kizza Besigye et Obeid Lutale. Il a reçu des coups lors de son arrestation et a déclaré avoir été torturé par des militaires pendant sa détention. La Haute Cour lui a accordé une remise en liberté sous caution le 4 avril.
Le 17 juillet, des membres des forces de sécurité ont arrêté arbitrairement Robert Lugya Kayingo, avocat détenteur de la double nationalité ougandaise et sud-africaine et président de l’Alliance fédérale ougandaise (un parti politique d’opposition), à l’aéroport international d’Entebbe, alors qu’il arrivait d’Afrique du Sud. Il a été détenu au secret malgré une décision judiciaire exigeant qu’il soit présenté la justice, puis il a été renvoyé de force en Afrique du Sud le 13 août. Robert Lugya Kayingo a déclaré avoir été détenu à l’isolement et soumis à des menaces et à d’autres manœuvres d’intimidation psychologique pendant sa détention.
En novembre et en décembre, au moins 400 membres de la NUP ont été arrêtés arbitrairement pendant différents meetings de la campagne présidentielle de Robert Kyagulanyi et placés en détention arbitraire. Certaines de ces personnes ont été libérées sous caution, mais la plupart se trouvaient toujours derrière les barreaux à la fin de l’année.
Disparitions forcées
Le 26 août, à Mbarara, des agents des UPDF ont enlevé Sam Mugumya, secrétaire général de la Ligue des jeunes du Forum pour un changement démocratique et ancien assistant de Kizza Besigye. Malgré un arrêt du 5 septembre de la Haute Cour ordonnant au gouvernement et aux UPDF de le présenter à la justice, on ignorait toujours à la fin de l’année ce qu’il était advenu de lui. Les UPDF ont nié publiquement le détenir.
Le 1er octobre, des hommes armés en uniforme militaire et au visage masqué ont enlevé les défenseurs des droits humains kenyans Bob Njagi et Nicholas Oyoo à Kampala, où ils avaient assisté à un meeting de campagne de Robert Kyagulanyi. Aucune information sur le sort qui leur avait été réservé n’a été communiquée jusqu’au 8 novembre, date à laquelle le président a confirmé qu’ils avaient été arrêtés par les services de sécurité au motif qu’ils étaient des « spécialistes des émeutes ». Les deux hommes ont été libérés ce même jour et remis aux autorités kenyanes. Ils ont déclaré avoir été torturés pendant leur détention.
Liberté d’expression
Le 13 mars, les forces de sécurité ont attaqué des dizaines de journalistes qui couvraient des élections législatives partielles dans des bureaux de vote du quartier de Kawempe, à Kampala. Les agent·e·s ont aussi endommagé et confisqué leur matériel. Ces journalistes étaient en train de recueillir des informations sur des arrestations de personnes accusées d’avoir perturbé le scrutin. Les autorités policières ont déclaré qu’elles allaient enquêter sur les plaintes déposées par les victimes au poste de police de Kawempe.
En mars, les journalistes de NTV Ouganda et du Daily Monitor se sont vu interdire de diffuser des sujets relatifs à la présidence. À partir d’octobre, ils n’ont plus eu le droit non plus de couvrir les débats parlementaires.
Liberté de réunion pacifique
Le 17 février, Doreen Nyanjura, adjointe au maire de Kampala, et les militantes Ingrid Turinawe, Faridah Nangonzi, Shadiya Namubiru et Phionah Kabayinza ont été arrêtées par la police près d’Arua Park, à Kampala, alors qu’elles manifestaient contre le maintien en détention de Kizza Besigye et d’Obeid Lutale en violation d’un arrêt de la Cour suprême (voir Procès inéquitables). Le tribunal de grande instance de Buganda Road les a inculpées le lendemain de troubles à l’ordre public et a ordonné leur placement en détention provisoire à la prison de Luzira. Les cinq femmes ont été remises en liberté sous caution trois semaines plus tard.
Liberté d’association
Entre février et juin, des agent·e·s de police et des membres des UPDF ont à quatre reprises procédé au bouclage et à la perquisition de locaux de la NUP, notamment de son siège, à Kampala. Pendant ces opérations, les forces de sécurité ont tiré en l’air à balles réelles et sont parfois entrées de force pour fouiller les lieux. Le porte-parole de la police a déclaré que ces perquisitions s’inscrivaient dans le cadre d’une enquête sur « des formations militaires illégales dans les locaux du parti ». En février, Muhoozi Kainerugaba a déclaré sur X avoir ordonné ces opérations.
Droits des personnes LGBTI
La Cour suprême ne s’était toujours pas prononcée sur le recours déposé contre la décision de la Cour constitutionnelle, en 2024, de valider des dispositions de la Loi de 2023 contre l’homosexualité qui étaient discriminatoires envers les personnes LGBTI et qui prévoyaient des peines très lourdes, notamment la peine de mort en cas d’« homosexualité avec circonstances aggravantes » et jusqu’à 20 ans d’emprisonnement pour la « promotion de l’homosexualité ».
Une ONG ougandaise, le Forum de sensibilisation et de promotion des droits humains (HRAPF), a recensé 194 cas de violations des droits humains commises contre des personnes LGBTI. Ces personnes ont souvent été prises pour cible en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité ou expression de genre réelle ou présumée. Parmi elles, 71 ont subi des violences ou des menaces, 48 ont été arrêtées pour des infractions liées à la sexualité, 60 ont été expulsées de leur domicile et 15 ont subi une discrimination à l’embauche.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
En juillet, les gouvernements des États-Unis et de l’Ouganda ont conclu un accord bilatéral qui permettait aux États-Unis d’expulser en Ouganda des ressortissant·e·s de pays tiers déboutés de leur demande d’asile aux États-Unis mais ne pouvant pas être renvoyés en toute sécurité dans leur pays d’origine.
Selon le HCR, l’Ouganda accueillait 1 971 983 personnes réfugiées ou demandeuses d’asile, soit 154 000 de plus qu’en 2024. La majorité des personnes récemment arrivées venaient de la République démocratique du Congo, du Soudan et du Soudan du Sud. Au 31 août, le HCR n’avait reçu qu’environ 32 % des 361 millions de dollars des États-Unis de financements dont il avait besoin pour l’Ouganda, contre 42 % l’année précédente à la même période. Il a déclaré que ce déficit de financements avait notamment pour conséquences un taux important de déscolarisation et des pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments aggravant la malnutrition chez les enfants.
Droit à l’alimentation
L’Ouganda occupait la 87e place sur 123 pays dans l’Indice 2025 de la faim dans le monde, ce qui classait le pays au niveau « grave » ; 22 % de la population était malnutrie et 3,9 % des enfants mouraient avant l’âge de cinq ans.
Droit à un environnement sain
La société East African Crude Oil Pipeline Ltd a annoncé la « clôture de sa première tranche de financements extérieurs » pour la construction d’un oléoduc souterrain de 1 443 kilomètres de long, qui devait servir à transporter du pétrole brut depuis Kabale, dans le district d’Hoima (ouest de l’Ouganda), jusqu’au port de Tanga, en Tanzanie (voir Tanzanie). Ce projet suscitait des inquiétudes en matière d’environnement et de droits humains, car il menaçait les efforts mondiaux de réduction des émissions de CO2 et passait par des zones d’habitat humain, des aires de faune sauvage, des terres agricoles et des sources d’eau. Il compromettait également l’engagement de l’Ouganda, au titre de sa CDN, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 22 % à l’horizon 2030.
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