Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Oman en 2025.
Les restrictions de la liberté d’expression se sont accrues. Une nouvelle loi relative à la citoyenneté a donné aux autorités le pouvoir de déchoir de leur nationalité les détracteurs et détractrices du Sultan ou de l’État. Des militant·e·s et des manifestant·e·s ont été arrêtés et emprisonnés pour s’être exprimés pacifiquement. Les restrictions déjà imposées à la liberté de la presse ont été durcies par de nouvelles réglementations relatives aux médias, qui accordaient aux autorités de larges pouvoirs de censure et de surveillance. Des normes minimales ont été introduites pour l’emploi de travailleuses et travailleurs domestiques, mais les personnes migrantes, en particulier les employé·e·s de maison, restaient piégées par le système abusif de parrainage (kafala) et exploitées, ne bénéficiant que d’une protection juridique limitée. Les femmes et les filles étaient en butte à la discrimination liée au genre, notamment au titre de la nouvelle Loi relative à la citoyenneté, et elles n’étaient pas protégées contre les violences familiales.
Liberté d’expression et d’association
Le 11 février, le sultan d’Oman a ratifié une nouvelle loi relative à la citoyenneté, qui permettait aux autorités de déchoir de sa nationalité omanaise toute personne ayant « offensé » l’État ou son sultan, ou appartenant à un groupe, un parti ou une organisation embrassant des principes ou des croyances « portant atteinte aux intérêts du pays ». Ces termes vagues pouvaient être utilisés pour réduire l’opposition au silence et restreindre la liberté d’expression.
Les autorités ont cette année encore convoqué, arrêté et poursuivi en justice des militant·e·s, des personnes critiques à l’égard du gouvernement et des manifestant·e·s pacifiques.
Le militant Talal al Salmani a été arrêté le 8 avril après avoir participé à un rassemblement pacifique au cours duquel il avait critiqué le gouvernement. Deux jours plus tard, il a été condamné à une amende pour « participation à un rassemblement illégal » et à un an d’emprisonnement pour « diffusion d’informations susceptibles de porter atteinte au prestige de l’État ». En mai, la cour d’appel de Mascate a confirmé cette condamnation mais a réduit sa peine à trois mois de prison pour chaque chef d’accusation, à purger simultanément. Il a été remis en liberté le 6 août.
Salem bin Salam al Salti a été convoqué pour un interrogatoire le 8 août. Il a été soumis à une disparition forcée, dont on ignorait la durée à la fin de l’année. Selon plusieurs médias et une ONG omanaise, sa convocation était liée à des commentaires sur les réseaux sociaux dans lesquels il critiquait la politique gouvernementale sur le chômage.
L’écrivain Mohammed Ali al Barami a été arrêté par les autorités le 18 juin, deux jours après avoir qualifié le système étatique de « corrompu » sur la plateforme X. Le 28 juillet, le tribunal de première instance de la ville de Salalah lui a ordonné de fermer tous ses comptes de réseaux sociaux et l’a condamné à quatre ans de prison assortis d’une amende de 5 000 rials omanais (environ 13 000 dollars des États-Unis), pour « utilisation de réseaux et de technologies de l’information en vue de publier des informations susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ».
Liberté de la presse
Le ministère de l’Information a publié en septembre le décret d’application de la Loi relative aux médias, adoptée en décembre 2024. Cette loi permettait à l’État de restreindre encore davantage la liberté de la presse, en accordant aux autorités de vastes pouvoirs de contrôle du contenu et des accréditations des journaux, des chaînes de télévision, des agences de presse, des professionnel·le·s des médias et des maisons d’édition. Elle donnait aussi aux autorités des pouvoirs très étendus leur permettant de suspendre les activités des organes de presse sans contrôle judiciaire, de surveiller les médias et les journalistes, et de limiter aux professionnel·le·s des médias détenteurs de la nationalité omanaise la possibilité d’obtenir une accréditation pour utiliser les réseaux sociaux dans le cadre de leur profession.
Droits des personnes migrantes
Bien que les autorités se soient engagées à abolir la kafala, celle-ci restait en vigueur, exposant à des atteintes aux droits humains des centaines de milliers de travailleuses et travailleurs migrants, en particulier les employé·e·s domestiques. Les employeurs et employeuses gardaient le contrôle sur leurs employé·e·s en confisquant leurs papiers et en restreignant leur liberté de mouvement et leur possibilité de changer d’emploi. Par ailleurs, les autorités ne protégeaient pas suffisamment les personnes qui fuyaient l’exploitation.
En septembre, au moins 11 travailleurs migrants indiens se sont retrouvés pris au piège de ce système : l’entreprise qui les employait a retenu quatre mois de leur salaire, refusé de payer leurs heures supplémentaires et confisqué leur passeport lorsqu’ils se sont plaints.
Le 13 octobre, le ministère du Travail a pris la décision ministérielle no 574/2025, qui établissait des règles visant à fixer des normes minimales pour les travailleuses et travailleurs domestiques : congés hebdomadaires et annuels, arrêts maladie, réglementation des heures de travail et des temps de pause, interdiction du travail forcé et de la confiscation des passeports, etc.
Bien qu’attendus de longue date, ces changements ne suffisaient pas à corriger le déséquilibre de pouvoir entre les employeurs·euses et leurs employé·e·s. La façon dont ces mesures étaient mises en œuvre restait floue, et beaucoup de travailleuses et travailleurs domestiques continuaient de subir des atteintes aux droits humains, des conditions de vie et de travail déplorables, des retenues de salaires, de longues journées de travail, des restrictions de déplacement et des confiscations illégales de leur passeport.
Droits des femmes et des filles
Oman ne disposait toujours pas de protections juridiques exhaustives contre les violences domestiques. Aucune loi spécifique n’érigeait explicitement ces violences en infraction. La législation existante relative au divorce, au mariage et à la succession participait au maintien des préjugés sexistes en favorisant systématiquement les hommes.
La nouvelle Loi relative à la citoyenneté, adoptée en février, était discriminatoire à l’égard des femmes, car elle restreignait leur capacité à transmettre leur nationalité à leurs enfants et à un conjoint étranger de la même manière que les hommes, et imposait des conditions plus strictes aux enfants de femmes omanaises mariées à des hommes étrangers. Cela perpétuait les inégalités de genre et exposait les enfants au risque d’apatridie.
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