Mozambique

/© Antonio Silva/EPA/Corbis

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Mozambique en 2025.

Le conflit entre les forces gouvernementales et le groupe armé Al Shabaab a entraîné la mort de dizaines de civil·e·s et le déplacement de plus de 330 000 personnes, entre autres violations graves des droits humains et du droit international humanitaire. La sévère répression visant les sympathisant·e·s de l’opposition s’est poursuivie, la police ayant fait un usage excessif de la force et recouru à la détention arbitraire et à la disparition forcée. La police n’a pas fait le nécessaire pour protéger la population contre les enlèvements criminels.

Contexte

À la suite des résultats électoraux contestés d’octobre 2024, Daniel Chapo a été investi président de la République le 15 janvier 2025. Les troubles liés au scrutin ont donné lieu à des manifestations d’ampleur nationale, qui ont été violemment réprimées par la police. Fin janvier 2025, celle-ci avait tué au moins 277 personnes. L’ancien candidat à la présidence Venâncio Mondlane a rejeté les résultats de l’élection.

Violations du droit international humanitaire

Le conflit armé opposant les Forces de défense et de sécurité mozambicaines (FDS) et ses alliés au groupe armé Al Shabaab dans la province de Cabo Delgado s’est étendu à la province de Nampula en novembre. Des dizaines de civil·e·s ont été tués, principalement dans la province de Cabo Delgado. Les deux parties au conflit ont été responsables de la mort de civil·e·s, de la destruction de biens de caractère civil et du déplacement de plus de 330 000 personnes.

Groupes armés

Al Shabaab a mené des dizaines d’attaques contre la population civile. Le groupe armé a tué de nombreuses personnes, pris des dizaines d’otages, détruit un grand nombre de maisons et causé des déplacements de masse.

Entre le 23 janvier et le 4 mars, des personnes ont été prises en otage dans les villages de Mumu et de Chibau (district de Mocímboa da Praia), dont au moins 11 enfants. Quatre des enfants du village de Chibau ont été rapidement libérés. Toujours en mars, dans le même district, une attaque a fait trois morts sur la route reliant les villages de Chinda et de Mbau. Trois autres personnes ont été tuées dans le village de Xitaxi (district de Muidumbe), et 70 maisons ont été incendiées et un homme a été tué dans le district de Meluco.

En avril, un enseignant a été décapité dans le village de Ntotwe (district de Mocímboa da Praia). Des combattants auraient pris plusieurs personnes en otage après avoir incendié des maisons dans le village de Namoro (district de Montepuez). Une attaque contre le village de Muaja (district d’Ancuabe) a entraîné le déplacement massif d’un grand nombre de ses habitant·e·s, des femmes pour la plupart.

Le 11 mai, trois filles ont été tuées et huit autres enfants ont été pris en otage lors d’une attaque contre le village de Magaia (district de Muidumbe). On ignorait toujours où ils se trouvaient à la fin de l’année.

Quatre agriculteurs ont été décapités le 21 juillet dans le district d’Ancuabe. Le lendemain, au moins six civil·e·s ont été tués lors d’une attaque près du village de Nathocua. Entre le 24 juillet et le 3 août, six attaques dans le district de Chiúre ont entraîné la mort d’au moins quatre personnes parmi la population civile et le déplacement de près de 52 000 personnes.

Toujours en août, deux civils ont été tués dans des tirs croisés entre Al Shabaab et les FDS dans le village de Nangumi (district de Macomia). Six autres civils ont été tués par Al Shabaab dans le village d’Uvilili (district de Palma) et dans celui de Mapate (district de Muidumbe).

En septembre, quatre personnes ont été tuées dans le district de Mocímboa da Praia par le groupe armé Al Shabaab, qui est allé les chercher chez elles. Selon certaines informations, deux d’entre elles étaient membres de la police. Cinq civil·e·s ont été tués à Filipe Nyusi, un quartier de Mocímboa da Praia. Un magasin d’alimentation du district de Nangade a été pillé. Trois otages civils ont été forcés à transporter la marchandise volée. Au moins quatre civil·e·s ont été tués et deux adolescent·e·s pris en otage dans le quartier de Nanga, à Macomia. On ignorait toujours où ils se trouvaient à la fin de l’année.

Entre le 10 et le 21 novembre, Al Shabaab a mené au moins 13 attaques dans le district de Memba (province de Nampula). Au moins 21 civil·e·s ont été tués et plus de 66 000 personnes déplacées.

En décembre, 35 personnes, dont des civil·e·s, ont été tuées dans des affrontements entre les Forces de défense rwandaises, alliées des FDS, et Al Shabaab à Simbolongo (district de Macomia).

Forces gouvernementales

Le 22 août, les forces navales gouvernementales auraient tué au moins cinq civils qui se trouvaient à bord d’un voilier au large des districts de Macomia et d’Ibo. Selon des sources dignes de foi, elles auraient fait feu à la suite d’informations non vérifiées concernant le détournement par Al Shabaab d’un bateau transportant des denrées alimentaires. Les corps ont par la suite été retrouvés par des pêcheurs sur le rivage entre les villages de Goludo et Crimize. Aucune enquête n’a été annoncée sur ces faits.

Des civil·e·s ont été tués le 29 décembre dans le district de Mogovola (province de Nampula). Les autorités n’ont compté que sept morts, mais des organisations de la société civile en ont recensé entre 13 et 38, dont un policier. La plupart de ces homicides ont été perpétrés par les FDS dans le cadre d’une opération visant à mettre fin à l’exploitation minière artisanale.

Usage illégal de la force

Le 15 janvier, à Maputo, la capitale du pays, des agents de la Force d’intervention rapide (FIR) ont frappé Vanilda Fernando Mondlane lors d’une manifestation contre l’investiture de Daniel Chapo à la présidence. Selon des sources dignes de foi, 10 personnes ont ce jour-là été tuées par balle par la FIR à Matola et Nampula.

Le 24 février, dans le district de Morrumbene, des agents de la FIR ont tué un passant et blessé un autre homme lorsqu’ils ont tiré des coups de feu en l’air pour faire cesser le pillage et l’incendie du siège du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique.

Le 5 mars, dans le quartier de Hulene à Maputo, des agents de la FIR ont tiré à balles réelles et lancé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule qui suivait le convoi de Venâncio Mondlane, blessant au moins trois personnes, dont deux mineur·e·s. Environ deux semaines plus tard, ils ont utilisé des balles réelles contre une manifestation de sympathisant·e·s de l’opposition à Matola, tuant un homme dans le quartier de Casa Branca.

Disparitions forcées

On ignorait toujours ce qu’il était advenu du journaliste Arlindo Chissale, sympathisant de Venâncio Mondlane. Des individus soupçonnés d’être des militaires l’ont soumis à une disparition forcée le 7 janvier alors qu’il se rendait à son travail. Il avait auparavant reçu des menaces de mort de la part d’hommes non identifiés. Les résultats d’une enquête semble-t-il menée par le Service national des enquêtes criminelles sur sa disparition n’ont pas été rendus publics.

Arrestations et détentions arbitraires

Le 12 mars, Glória Monteiro Nobre Chire, responsable des finances de Venâncio Mondlane, a été arrêtée et emmenée au poste de police no 8 de Maputo. Elle a été accusée d’atteintes à la sécurité de l’État et de complot, et s’est vu refuser la possibilité de communiquer avec son avocat et sa famille. Elle a été libérée le 4 septembre, faute de preuves suffisantes.

Liberté d’expression

En février, l’Institut national des communications du Mozambique a suspendu pendant 48 heures les stations de radio Vida et Encontro à Nampula. L’organisme a affirmé que leurs émissions perturbaient les communications entre la tour de contrôle de l’aéroport local et les avions. L’une des stations au moins, Radio Encontro, était connue pour ses propos critiques à l’égard du gouvernement et des élections de 2024.

En juin, dans le district de Muidumbe (Cabo Delgado), les FDS ont arrêté environ 16 journalistes et confisqué leur matériel. Les journalistes ont été intimidés et interrogés pendant deux heures dans le district voisin de Macomia au sujet de leur récente tentative de photographier la destruction d’infrastructures publiques à Macomia pendant le conflit armé. L’administrateur du district les avait pourtant autorisés à prendre des photos.

Droit à la vie et à la sécurité de la personne

Les autorités n’ont pas pris les mesures nécessaires pour obtenir la libération et le retour sains et saufs de huit hommes enlevés entre janvier et octobre par des criminels armés non identifiés dans le but d’obtenir une rançon. Cinq de ces hommes ont été enlevés à Maputo, dont trois en l’espace d’un peu plus de cinq semaines seulement, en janvier et février.

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