Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Malaisie en 2025.
Des lois rédigées en termes vagues qui restreignaient la liberté d’expression ont continué d’être utilisées contre des détracteurs et détractrices du gouvernement. Les autorités ont restreint les manifestations pacifiques et harcelé, soumis à des enquêtes et arrêté des militant·e·s et des étudiant·e·s. Le nombre de personnes sous le coup d’une sentence capitale a considérablement diminué. Des personnes réfugiées et des migrant·e·s en situation irrégulière ont cette année encore été victimes de détention illimitée, d’arrestation arbitraire et de mauvais traitements. Les droits des personnes LGBTI ont été attaqués et des militant·e·s ont réclamé une meilleure reconnaissance des droits des peuples autochtones.
Liberté d’expression
Les autorités ont continué d’utiliser des lois rédigées en termes vagues pour restreindre la liberté d’expression.
En mars, la haute cour de la capitale, Kuala Lumpur, a rejeté le recours en inconstitutionnalité formé par le réalisateur et le producteur du film interdit Mentega Terbang, qui avaient été inculpés d’« atteinte aux sentiments religieux » au titre du Code pénal. Les poursuites engagées contre ces deux hommes étaient toujours en cours à la fin de l’année.
En août, la Cour d’appel a fait droit à la demande de la militante Heidy Quah en jugeant que les termes « offensant » et « importuner » devaient être supprimés de l’article 233(1)(a) de la Loi sur les communications et le multimédia. Cette militante estimait que la répression pénale de propos publiés en ligne sur la base de tels termes constituait une violation du droit à la liberté d’expression. Le gouvernement a fait appel de cette décision.
En octobre, la police a arrêté sept personnes accusées d’avoir publié sur les réseaux sociaux des propos séditieux et menaçants visant des personnalités politiques. Une enquête a été ouverte contre elles au titre de dispositions de la Loi relative à la sédition, de la Loi sur les communications et le multimédia et du Code pénal. Toujours en octobre, une haute cour a jugé que l’universitaire et blogueur australien Murray Hunter s’était rendu coupable de diffamation à l’égard de l’autorité de régulation d’Internet dans des articles critiquant cet organe. Quelques semaines auparavant, les autorités malaisiennes et thaïlandaises l’avaient arrêté en Thaïlande, où il résidait et où il devait être jugé dans le cadre d’un procès pénal prévu en 2026.
Le militant Fahmi Reza a été arrêté en décembre. Il était sous le coup d’une enquête au titre de la Loi relative à la sédition et de la Loi sur les communications et le multimédia pour avoir critiqué le sultan de Johor dans une publication sur les réseaux sociaux. Il a été libéré sous caution. Plus tôt dans l’année, il avait été empêché à tort de quitter le pays et avait été arrêté et interdit de séjour dans l’État du Sabah pour avoir publié des caricatures du gouverneur de cet État.
Droits des personnes LGBTI
Le gouvernement a censuré des publications en rapport avec les personnes LGBTI, ainsi que d’autres formes d’expression utilisées par ces personnes. En novembre, des opérations de police ont eu lieu à Kuala Lumpur et dans l’État du Penang. Les autorités ont arrêté plus de 200 personnes perçues comme LGBTI et ont ouvert des enquêtes à leur sujet au titre de différentes lois, notamment celles érigeant en infraction les relations sexuelles entre personnes de même sexe.
Liberté de réunion pacifique
Le gouvernement a annoncé en février avoir accepté de modifier la Loi relative aux rassemblements pacifiques, et a suspendu l’obligation faite aux organisateurs·trices d’obtenir l’autorisation des propriétaires des lieux. En juillet, la Cour fédérale a jugé inconstitutionnel l’article 9(5) de cette loi à la suite du recours formé par le militant Amir Hadi, qui contestait les charges retenues contre lui au motif qu’il n’avait pas prévenu la police de la tenue d’une manifestation en 2022.
Les autorités ont cependant continué de soumettre les manifestations pacifiques à des restrictions en invoquant des dispositions de la Loi relative aux rassemblements pacifiques, du Code pénal et de la Loi sur les infractions mineures. Des manifestant·e·s ont subi des actes de harcèlement, des stratégies d’intimidation, des arrestations et enquêtes arbitraires et un recours excessif à la force.
En juillet, la police a arrêté le militant Badrul Hisham Shaharin, alias Chegubard, en vertu de nombreuses lois, notamment la Loi relative à la sédition, après qu’il eut participé à un rassemblement appelant à la démission du Premier ministre. Le mois suivant, le militant Arutchelvan Subramaniam a été arrêté au titre de dispositions du Code pénal, après avoir participé à une marche pacifique organisée par des militant·e·s et des employé·e·s de plantations en vue de remettre une note au Parlement. Il a été libéré le jour même.
Dans l’État du Sabah, au moins sept militant·e·s étudiants ont fait l’objet d’une enquête et ont été inculpés aux termes du Code pénal, de la Loi relative aux rassemblements pacifiques et de la Loi sur les communications et le multimédia pour avoir participé à des manifestations contre la corruption. En juillet, des militant·e·s étudiants et des organisations de la société civile venus remettre au Parlement une note portant sur des propositions de modification de la Loi relative aux rassemblements pacifiques ont été accueillis par un important dispositif policier devant le siège du Parlement.
En octobre, la police a arrêté deux hommes devant l’ambassade des États-Unis, alors qu’ils participaient à une manifestation pacifique contre l’interception par Israël de la flottille mondiale Sumud. Elle a utilisé la force pour les maîtriser ; en décembre, l’un des deux hommes faisait l’objet d’une inculpation au titre du Code pénal pour de prétendus coups et blessures volontaires.
Peine de mort
Le nombre confirmé de condamnés à mort demeurait historiquement bas depuis l’abolition de l’application obligatoire de la peine capitale en 2023. Des exécutions de Malaisiens condamnés pour des infractions liées aux stupéfiants dans le pays voisin, Singapour, ont encore suscité le débat sur ce châtiment en Malaisie. Le gouvernement a annoncé en juillet la création d’un groupe de travail chargé de réfléchir à l’abolition totale de la peine de mort.
Disparitions forcées
Une haute cour a jugé en novembre que le gouvernement et la police étaient impliqués dans la disparition forcée du pasteur Raymond Koh et du militant Amri Che Mat. Elle a accordé plus de 40 millions de ringgits malaisiens (neuf millions de dollars des États-Unis) de dommages et intérêts à leurs familles. Le gouvernement a annoncé son intention de faire appel et a rouvert une enquête sur ces disparitions.
Homicides illégaux
En juin, des groupes de la société civile ont demandé une nouvelle fois que justice soit rendue pour Teoh Beng Hock, retrouvé mort en 2009 après avoir été interrogé par des agents de la Commission malaisienne de lutte contre la corruption. Le parquet avait clos cette affaire en mai en expliquant qu’il n’existait pas suffisamment de preuves pour engager des poursuites.
En novembre, trois hommes âgés de 24 à 29 ans ont été abattus par la police dans une plantation de palmiers à huile à Durian Tunggal, dans l’État du Malacca. Une enquête pour meurtre a été ouverte, sur fond d’indignation de la population et de récits contradictoires sur les faits.
Un gardien de prison a été inculpé en décembre ; il lui était reproché d’avoir causé la mort d’un détenu, Gan Chin Eng, pendant une émeute survenue au centre de détention de Kamunting en janvier.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
En janvier, les autorités ont arrêté 196 réfugié·e·s rohingyas qui avaient débarqué à Langkawi, une île proche de la frontière thaïlandaise. Elles ont par la suite repoussé deux bateaux transportant 300 personnes (des réfugié·e·s rohingyas, semble-t-il).
Les opérations menées par les services de l’immigration se sont intensifiées. Des organisations de défense des droits humains ont dénoncé des arrestations arbitraires et appelé à la fin de la torture en détention. Des réfugié·e·s et des migrant·e·s en situation irrégulière, parmi lesquels des enfants, étaient toujours maintenus en détention pour une durée indéterminée. Au 31 août, 20 143 personnes étaient incarcérées dans 20 centres de détention, dont 2 196 enfants. Des organisations de défense des droits humains ont exhorté les autorités à mettre fin à la détention des mineur·e·s et à adopter des solutions de prise en charge à l’échelle locale autres que la détention.
Les autorités du Myanmar ont annoncé en octobre l’arrestation de la militante Thuzar Maung et de sa famille, qui avaient, semble-t-il, été enlevées en Malaisie et ramenées au Myanmar en 2023. Après leur arrestation, des organisations de défense des droits humains ont exhorté le gouvernement malaisien à demander leur libération immédiate aux autorités du Myanmar.
Droits des peuples autochtones
En novembre, le gouvernement a présenté un rapport sur ses propositions de modification de la Loi de 1954 sur les peuples aborigènes. Ces modifications visaient à élargir la protection des peuples autochtones à la suite des appels de la Commission malaisienne des droits humains (Suhakam) réclamant un plan d’action national. Des militant·e·s ont demandé que les Orangs Aslis soient officiellement reconnus comme faisant partie des peuples premiers de la Malaisie, et que leur droit à l’autodétermination soit protégé.
Droit à un environnement sain
En octobre, le gouvernement a reporté la présentation du projet de loi sur le changement climatique afin de permettre la poursuite des consultations avec les acteurs industriels et les associations professionnelles.
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