Liban

/© Joseph Eid/AFP/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Liban en 2025.

L’armée israélienne a poursuivi ses frappes aériennes au Liban en dépit d’un accord de cessez-le-feu, et le gouvernement libanais n’a pas fait preuve de suffisamment de fermeté pour demander des comptes aux responsables de violations du droit international humanitaire. Israël a massivement détruit et endommagé des structures civiles et des terres agricoles dans le sud du Liban, au mépris du droit international humanitaire. Cette année encore, les autorités libanaises ont convoqué des militant·e·s et des journalistes en invoquant la diffamation ou d’autres accusations imprécises. Parallèlement, l’examen d’une proposition de loi sur les médias, susceptible de mieux protéger la liberté d’expression, a progressé au Parlement. Le gouvernement a extradé le poète égypto-turc Abdul Rahman Al Qaradawi vers les Émirats arabes unis, où il a été soumis à une disparition forcée. Au point mort depuis des années, l’enquête sur l’explosion survenue en 2020 dans le port de Beyrouth a commencé à progresser. Malgré quelques améliorations dans ce domaine, le Liban n’était toujours pas doté d’un système universel de protection sociale. Un texte proposant une modification de la loi sur la nationalité visant à octroyer la nationalité aux enfants des femmes libanaises a été déposé au Parlement. Le Liban a connu sa plus grave sécheresse de ces dernières années.

Contexte

L’élection à la présidence, le 9 janvier, du commandant en chef des forces armées libanaises, Joseph Aoun, puis la formation d’un gouvernement, ont mis fin à deux années d’impasse politique. Le 13 janvier, le Parlement a nommé Nawaf Salam au poste de Premier ministre.

Malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024, l’armée israélienne a continué de mener des attaques aériennes quasi quotidiennes dans le sud du Liban et la région de la Békaa – et occasionnellement dans d’autres zones du pays, dont la capitale, Beyrouth – ciblant, selon ses dires, du personnel et des sites militaires du Hezbollah.

Le 18 février, Israël a annoncé son intention de conserver une présence militaire dans cinq positions « stratégiques » du sud du Liban et d’y exercer temporairement son contrôle. Le 27 février, le ministre israélien de la Défense a dit que les forces israéliennes allaient « rester pour une durée indéterminée » dans une zone tampon à la frontière entre Israël et le Liban. En août, le Premier ministre israélien a conditionné la « réduction progressive » du nombre de soldats israéliens dans les territoires libanais au désarmement du Hezbollah.

D’après le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au 1er octobre, les opérations militaires israéliennes avaient fait 103 morts parmi la population civile depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu ; par ailleurs 80 000 personnes étaient toujours déplacées.

Violations du droit international humanitaire

Les frappes aériennes de l’armée israélienne ont massivement détruit et endommagé des structures civiles et des terres agricoles dans le sud du Liban, en violation du droit international humanitaire.

Entre le 1er octobre 2024 et le 26 janvier 2025, plus de 10 000 structures – maisons, mosquées, cimetières, routes, parcs et terrains de football, notamment – ont été fortement endommagées ou complètement détruites. Dans trois municipalités, plus de 70 % de l’ensemble des structures ont été détruites. La plupart des destructions se situaient en dehors des zones de combat actif et avaient été commises en l’absence apparente de nécessité militaire impérative, un critère pourtant exigé par le droit international humanitaire. Des cibles ont continué d’être détruites alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur.

À l’issue d’une visite au Liban, le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires a déclaré, en octobre, que les attaques israéliennes contre les personnes portant les premiers secours, le personnel hospitalier et les journalistes étaient très préoccupantes au regard du droit international humanitaire. Devant la presse, il a affirmé que l’attaque du 13 octobre 2023, dans laquelle le photographe de presse de Reuters Issam Abdallah avait été tué et six autres journalistes blessés, était apparemment un crime de guerre. Il a engagé le Liban à reconnaître la compétence de la CPI et à ouvrir des enquêtes pénales nationales sur les homicides potentiellement illégaux.

Liberté d’expression

Une proposition de loi sur les médias soumise en mai à la Commission parlementaire de l’administration et de la justice contenait des avancées en faveur de la liberté d’expression, notamment la suppression de la détention provisoire et des peines d’emprisonnement pour les infractions liées à l’expression, ainsi que l’abrogation des dispositions du Code pénal et des lois sur la justice militaire qui réprimaient la diffamation et l’insulte. Un certain nombre de propositions d’amendements en cours d’examen risquaient cependant de porter atteinte au droit à la liberté d’expression, notamment celles visant à rétablir la détention provisoire en cas d’« atteinte à la dignité ou à la vie privée des personnes » et celles prévoyant une mesure d’interdiction pure et simple contre les médias qui publieraient des informations sur les plaignant·e·s pendant les procédures judiciaires en cours.

Au mépris du droit à la liberté d’expression, les autorités libanaises ont cette année encore convoqué des militant·e·s et des journalistes en invoquant la diffamation ou d’autres accusations imprécises. Plus de 15 personnes ont reçu des convocations, le plus souvent à la suite de plaintes déposées par des personnalités influentes et de premier plan des milieux de la politique et de la finance.

Le 15 février, les autorités judiciaires ont assigné des membres du personnel de Daraj Media et Megaphone News, des organes de presse indépendants qui avaient publié des informations critiques à l’égard de candidats à la direction de la Banque centrale et des décisions financières prises par le gouvernement. Dans la plainte, déposée par trois avocats agissant à titre privé, les médias étaient accusés de « porter atteinte à la santé financière de l’État » et d’« affaiblir le sentiment national ». En novembre, le parquet de la Cour de cassation a convoqué le rédacteur en chef et le directeur de Megaphone News à la suite d’une plainte déposée au nom de l’ancien chef du Bureau de lutte contre la cybercriminalité.

En exécution d’un mandat délivré par le Conseil des ministres de l’Intérieur des pays arabes, le gouvernement libanais a extradé le poète égypto-turc Abdul Rahman Al Qaradawi vers les Émirats arabes unis en janvier, alors que des organisations de défense des droits humains craignaient que cette remise aux autorités émiriennes l’expose à de graves violations des droits humains. Lors d’une visite en Syrie en décembre 2024, Abdul Rahman Al Qaradawi s’était filmé à l’intérieur de la mosquée des Omeyyades en train de critiquer les autorités émiriennes, saoudiennes et égyptiennes. Le 28 décembre 2024, il avait été arrêté par la Direction générale de la sûreté générale libanaise. À son arrivée aux Émirats arabes unis, il a été soumis à une disparition forcée. On ignorait toujours où il se trouvait à la fin de l’année (voir Émirats arabes unis).

Torture et autres mauvais traitements

Depuis l’adoption en 2017 de la Loi n65/2017 contre la torture, Amnesty International a recensé des dizaines de plaintes déposées au titre de cette loi qui n’ont pas fait l’objet d’une véritable enquête ni abouti à un procès.

Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative du pays, a ordonné au gouvernement de verser à l’acteur Ziad Itani la somme de 480 millions de livres libanaises (environ 5 360 dollars des États-Unis) à titre de réparation pour les préjudices que lui ont causés les autorités libanaises, qui n’ont pas interdit ni empêché qu’il soit soumis à la torture et à d’autres mauvais traitements, ni dûment enquêté sur ses allégations à ce sujet. Dans sa décision du 5 décembre 2024, rendue publique le 10 mars 2025, le Conseil a reconnu que l’État avait manqué à son obligation d’interdire les actes de torture, de protéger la présomption d’innocence, de mener les enquêtes requises et d’engager des poursuites pour faire en sorte que les auteurs d’actes de torture et de mauvais traitements soient amenés à rendre des comptes. À la fin de l’année, Ziad Itani n’avait pas reçu les réparations ordonnées par la justice.

Droit à la vérité, à la justice et à des réparations

Cinq ans après l’explosion survenue dans le port de Beyrouth, qui a fait au moins 236 morts et plus de 7 000 blessés, les autorités libanaises n’avaient toujours pas fait émerger la vérité ni rendu justice aux victimes et à leurs familles.

Après une interruption de deux ans, le juge Tarek Bitar a repris l’enquête en février et convoqué d’autres employé·e·s et responsables impliqués dans l’explosion. En mars, le procureur Jamal Hajjar a annulé les mesures imposées par son prédécesseur, qui avaient de fait paralysé l’enquête. Parmi les personnes convoquées, certaines, comme l’ancien Premier ministre Hassan Diab, le général Abbas Ibrahim et le général Tony Saliba, ont obtempéré et se sont présentées pour être interrogées. D’autres hauts responsables en revanche, dont deux députés, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, ainsi que l’ancien procureur général, ont continué de faire obstruction à l’enquête et refusé de se soumettre à un interrogatoire.

Le gouvernement n’a pas fait le nécessaire pour que les responsables de violations du droit international humanitaire commises pendant le conflit avec Israël rendent des comptes. En effet, il n’a pas permis à la CPI d’exercer sa compétence pour enquêter sur les crimes couverts par le Statut de Rome commis sur le territoire libanais, pour poursuivre leurs auteurs présumés et pour garantir le droit des victimes à des voies de recours.

Amnesty International a recensé de nombreuses violations du droit international humanitaire commises par l’armée israélienne au Liban entre 2023 et 2025, notamment des frappes contre des établissements de santé et des véhicules à Beyrouth et dans le sud du pays. L’organisation a également rassemblé des éléments sur de multiples frappes aériennes qui ont fait des morts parmi la population civile, notamment des enfants, et détruit des biens civils.

Droit à la sécurité sociale

De modestes réformes ont été adoptées, mais le Liban était encore loin d’être doté d’un système de protection sociale universelle. Après la crise économique de 2019, nombreuses étaient les familles avec enfants, les personnes âgées et les personnes dans l’incapacité de travailler qui ne pouvaient toujours pas accéder à une assurance maladie abordable et à une sécurité élémentaire des revenus.

La Caisse nationale de sécurité sociale a annoncé en juin une série de réformes portant sur les indemnités de fin de contrat et les allocations familiales, notamment l’augmentation des contributions versées par l’employeur et des avantages dont bénéficiaient les salarié·e·s (en particulier la hausse des allocations familiales). Ces changements ont pris effet le 1er juillet.

La Stratégie nationale de protection sociale, dont l’adoption, en 2024, avait représenté une grande avancée, restait sous-financée et mal mise en œuvre ; de surcroit, elle ne s’appliquait toujours pas aux personnes étrangères, notamment aux migrant·e·s et aux réfugié·e·s.

Droits des femmes et des filles

Les organisations de défense des droits des femmes ont continué de se mobiliser en faveur de l’adoption d’une loi unique sur le statut personnel et de revendiquer certains droits tels que l’égalité en matière de garde des enfants, la pleine protection contre la violence domestique et la possibilité pour les femmes de transmettre leur nationalité à leurs enfants et à leur mari. Conformément à la loi libanaise sur la nationalité, la citoyenneté continuait d’être transmise principalement par le père.

La députée Cynthia Zarazir a déposé au Parlement, le 2 septembre, une proposition de loi visant à modifier l’article premier de la loi sur la nationalité pour permettre que les enfants de mère libanaise reçoivent cette nationalité. Elle a annoncé cette initiative le 16 octobre, dans le cadre de la campagne « Ma nationalité, un droit pour moi et ma famille », lancée en 1999 par un groupe de personnes concernées.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Le Liban continuait d’accueillir un grand nombre de réfugié·e·s, notamment des Syrien·ne·s et des Palestinien·ne·s. D’après le HCR, bien que des milliers de Syrien·ne·s soient rentrés dans leur pays après que l’ancien président Bachar el Assad a été chassé du pouvoir en décembre 2024, 636 051 réfugié·e·s syrien·ne·s étaient toujours enregistrés auprès du HCR au Liban en date du 30 septembre. Le gouvernement estimait qu’un million de réfugié·e·s syrien·ne·s se trouvaient toujours au Liban, et que 120 000 personnes supplémentaires étaient arrivées après décembre 2024, pour fuir les tensions et violences meurtrières qui déchiraient les régions côtières et du sud de la Syrie (voir Syrie).

Le HCR a déclaré que les réductions budgétaires l’avaient contraint à fermer ses centres d’accueil dans les villes de Tripoli, Akkar et Tyr, ainsi que dans la Békaa. À la fin septembre, 25 % seulement des financements nécessaires pour les programmes du HCR au Liban avaient été reçus. Le HCR avait progressivement mis fin à son aide en matière d’éducation et de soins de santé primaires, jusqu’à l’arrêt total en juillet. Le 1er décembre, il a cessé sa prise en charge pour les soins de santé secondaires, y compris l’hospitalisation, les soins de maternité et les admissions aux urgences, laissant ainsi 85 000 personnes réfugiées (40 000 bénéficiant auparavant de soins primaires et 45 000 de soins secondaires) sans accès à ces services.

Droit à un environnement sain

Le programme WASH (eau, assainissement et hygiène) de l’UNICEF au Liban a indiqué en juillet que le pays connaissait la plus grave sécheresse de ces dernières années. L’hiver 2024-2025 a été marqué par des précipitations inférieures de plus de 50 % aux moyennes saisonnières et par un faible enneigement. La disponibilité des eaux de surface et souterraines s’en est trouvée fortement réduite, ce qui s’est répercuté sur les cours d’eau, les réservoirs, les sources et les puits. Une étude de l’Autorité nationale chargée du fleuve Litani, qui gère le plus grand réservoir du Liban, a montré que le changement climatique contribuait à la sécheresse.

Le ministère de l’Environnement a soumis le 30 septembre sa troisième CDN, dans laquelle le Liban s’engageait à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 22 % sans condition et de 33 % sous réserve de l’obtention d’une aide internationale par rapport au scénario de référence à l’horizon 2035. Il s’engageait également à augmenter sa production d’énergie renouvelable afin de répondre à 25 % de sa demande en électricité sans condition, et à 30 % sous réserve, toujours d’ici 2035. Cela correspondait à une légère augmentation des cibles d’atténuation par rapport à la première CDN du Liban, en 2020.

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