Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Lesotho en 2025.
La réduction des financements accordés par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) à des programmes de lutte contre le VIH et la tuberculose a provoqué une crise sanitaire. Les populations concernées par le projet de barrage de Polihali ont déposé une plainte pour que leurs sources d’eau, leurs terres et leurs logements soient protégés, qu’une indemnisation suffisante leur soit octroyée et qu’une véritable consultation soit organisée. Tšolo Thakeli a été inculpé pour avoir émis des critiques en ligne au sujet de la politique économique. Les manifestations pacifiques ont été restreintes. Une commission a établi que des agents des services pénitentiaires avaient agressé physiquement des centaines de prisonniers, faisant un mort.
Contexte
Les statistiques issues de l’enquête sur la population active de 2024 ont révélé qu’environ 30 % de la population était au chômage, la proportion atteignant presque 50 % chez les personnes âgées de 15 à 24 ans.
En septembre, lors de son quatrième EPU, le Lesotho a accepté la plupart des recommandations, mais a seulement pris note de celles visant l’abolition de la peine de mort et la dépénalisation des relations consenties entre personnes de même sexe.
Droits économiques et sociaux
En janvier, la diminution des financements accordés par l’USAID à des programmes sanitaires en rapport avec le VIH et la tuberculose a mis à rude épreuve un système de santé déjà fragile. Environ 1 500 professionnel·le·s de la santé employés dans le cadre de programmes soutenus par des donateurs ont perdu leur emploi ; plusieurs établissements gérés par des ONG ou des églises ont réduit ou suspendu le dépistage du VIH, ainsi que l’accompagnement et le travail de proximité. Il était de plus en plus difficile pour les personnes vivant avec le VIH ou la tuberculose, en particulier dans les zones rurales, d’accéder à certains services, notamment à des traitements antirétroviraux essentiels et à des programmes de prévention de la transmission mère-enfant. Les autorités et leurs partenaires ont annoncé des stratégies d’atténuation, notamment des projets visant à obtenir d’autres financements pour réengager des professionnel·le·s de la santé.
En septembre, 18 collectivités (comprenant environ 1 600 personnes) concernées par la phase II du projet d’approvisionnement en eau des hauts plateaux du Lesotho ont déposé une plainte auprès du Mécanisme indépendant de recours de la Banque africaine de développement, le bailleur de fonds du projet. Cette plainte mentionnait des dommages occasionnés aux habitations, le blocage de l’accès à certains champs, la pollution de l’eau, le manque d’indemnisation et l’absence de consultation digne de ce nom. Les populations touchées ont demandé que le projet soit suspendu en attendant la résolution de leurs problèmes. Le projet prévoyait de dévier l’eau du barrage de Polihali, dans le district de Mokhotlong, vers la province du Gauteng, en Afrique du Sud, moyennant un coût estimé à 3 milliards de dollars des États-Unis. Il devait être achevé d’ici à 2029, soit 10 ans plus tard que prévu.
Liberté d’expression
En juin, Tšolo Thakeli, militant sur les réseaux sociaux, a été arrêté arbitrairement après avoir publié une vidéo critiquant le bilan économique du gouvernement. Il a été libéré le lendemain et presque immédiatement arrêté de nouveau et inculpé de sédition, en vertu d’une loi datant de l’époque coloniale qui érigeait en infraction la liberté d’expression. Le recours à des accusations de sédition pour punir des critiques en ligne visant la politique socioéconomique du gouvernement a eu un effet dissuasif sur les militant·e·s, les journalistes et d’autres utilisateurs·trices des réseaux sociaux.
Liberté de réunion pacifique
À partir de juin, la police a rejeté les demandes d’autorisation d’une série de manifestations qui devaient se tenir dans la capitale, Maseru, pour dénoncer les pertes d’emplois dans le secteur du textile. Selon les organisateurs·trices, la police a imposé des exigences contraignantes comme conditions préalables aux manifestations et menacé de prendre des mesures contre les manifestations qui se dérouleraient en dehors des itinéraires et des périodes convenus.
Des syndicats et des acteurs·trices locaux ont déploré que la police ait restreint l’autorisation des manifestations et des réunions publiques liées au mouvement de grève engagé en septembre par les ouvriers et ouvrières du barrage de Polihali pour réclamer des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
La commission d’enquête sur les circonstances d’une évasion survenue à la prison centrale de Maseru en décembre 2023 a remis son rapport au Premier ministre, Ntsokoane Matekane, le 16 juin. Elle a conclu que les agents des Services correctionnels du Lesotho (LCS) avaient soumis des centaines de détenus à des agressions physiques et à d’autres mauvais traitements, faisant un mort en engendrant un handicap permanent chez un autre homme. L’enquête a également décelé de graves défaillances en matière d’encadrement et de gestion au sein des LCS et recommandé des mesures disciplinaires et des actions pénales contre les responsables présumés.
Ce rapport a été présenté au Parlement en août, mais certaines parties avaient été censurées, suscitant des critiques de la part d’avocat·e·s, de membres de la société civile et de familles de personnes détenues quant au manque de volonté des autorités d’apporter justice et vérité aux victimes de torture et d’autres formes de mauvais traitements et de faire en sorte que les responsables présumés de ces actes soient amenés à rendre des comptes.
Peine de mort
Bien que la peine de mort n’ait pas été abolie, la dernière exécution recensée remontait à 1995 et, à la connaissance d’Amnesty International, aucune condamnation à mort n’a été prononcée au cours de l’année.
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