Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Japon en 2025.
Le Japon a procédé à sa première exécution en près de trois ans. Les élections ont été marquées par des discours xénophobes et discriminatoires. Une loi prévoyait désormais une indemnisation pour les victimes de stérilisation forcée. Une accélération des procédures d’expulsion a été proposée dans le cadre d’un nouveau plan en matière d’immigration. Le fait que le Japon ait continué d’investir dans des projets liés au gaz fossile à l’étranger menaçait les droits de peuples autochtones et sapait les efforts visant à éliminer progressivement les combustibles fossiles. Plusieurs décisions de justice ont eu des conséquences, pour la plupart positives, sur les droits des personnes transgenres et l’égalité dans l’accès au mariage pour les couples de même sexe.
Contexte
Connue pour défendre des valeurs conservatrices, Sanae Takaichi a été nommée Première ministre en octobre ; il s’agissait de la première femme à occuper ce poste au Japon.
Peine de mort
Un homme de 29 ans condamné à mort pour neuf meurtres a été exécuté par pendaison le 27 juin. Il s’agissait de la première exécution au Japon depuis près de trois ans. De nombreuses organisations de défense des droits humains ont dénoncé cette exécution.
Discrimination
Des élections à la chambre haute du Parlement ont eu lieu en juillet. Les discours utilisant la rhétorique de l’exclusion ont été particulièrement nombreux pendant la campagne électorale, et accompagnés dans la rue et en ligne par des commentaires xénophobes et discriminatoires à l’égard des femmes, des personnes transgenres et des personnes d’origine étrangère. Plusieurs ONG de défense des droits humains, dont Amnesty International Japon, ont dénoncé les campagnes incitant à la xénophobie, les discours de haine et la désinformation sur les personnes étrangères et les minorités au Japon.
Droits des personnes en situation de handicap
Le 17 janvier, le Japon a promulgué une loi prévoyant l’indemnisation des victimes de stérilisation forcée. Au titre de la Loi de protection eugénique de 1948, des stérilisations et des avortements avaient été pratiqués sans leur consentement sur 84 000 personnes, notamment des personnes en situation de handicap, considérées comme susceptibles de donner naissance à une « progéniture déficiente ». La nouvelle loi d’indemnisation, qui incluait dans son exposé des motifs des excuses de la part du gouvernement, a été adoptée à la suite d’une décision par laquelle la Cour suprême avait, en juillet 2024, conclu à l’inconstitutionnalité de la Loi de protection eugénique. De nombreuses victimes rencontraient des difficultés pour rassembler les éléments requis pour appuyer leur demande, tels que d’anciens dossiers médicaux. À la fin du mois de novembre, seules 1 560 demandes avaient été approuvées. Des groupes de victimes ont souligné que certaines personnes ne savaient même pas qu’une opération avait été pratiquée sur elles.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Le « Plan Zéro résident étranger en situation irrégulière », publié en mai, indiquait notamment que les procédures d’expulsion seraient accélérées, entre autres mesures d’application de la loi sur l’immigration. Le plan visait à réduire de moitié, à l’horizon 2030, le nombre de personnes étrangères séjournant au Japon au-delà de la durée autorisée. Des défenseur·e·s des droits humains ont dénoncé l’importance donnée au nombre d’expulsions et souligné que cette politique mettait potentiellement en danger les demandeurs et demandeuses d’asile. La législation autorisait toujours le placement arbitraire et pour une durée illimitée dans les centres de détention des services de l’immigration, en violation du droit international.
En décembre, les autorités ont renvoyé de force dans son pays d’origine Mustafa Khalil, un ressortissant pakistanais originaire du Cachemire qui avait passé au total 12 ans et demi en prison et dont l’état de santé s’était gravement détérioré.
Le Japon a continué de nier toute responsabilité dans la mort de Wishma Sandamali, une demandeuse d’asile sri-lankaise décédée en 2021 dans un centre de rétention à Nagoya. En février, la famille de cette femme a intenté une deuxième action en justice contre le gouvernement pour exiger que ce dernier livre la totalité des enregistrements vidéo entourant sa mort. Entre autres raisons avancées pour continuer à refuser de divulguer ces images, les autorités ont invoqué le droit à la vie privée de la personne décédée et le fait qu’elles ne disposaient pas des ressources nécessaires pour traiter les séquences vidéo.
Droit à un environnement sain
Le Japon a continué de mener des projets d’extraction de gaz fossile (connu sous le nom de gaz naturel liquéfié, GNL) à l’étranger, sapant les efforts mondiaux visant à réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles et mettant en danger les droits des populations attenantes.
En juillet, des chefs héréditaires de la Première Nation Wet’suwet’en, au Canada, ont déposé une plainte officielle auprès de la Japan Bank of International Cooperation et de la Mitsubishi Corporation pour demander à ces deux entités de cesser de financer le projet LNG Canada, qui nuisait au climat et aux droits des peuples autochtones.
Le sommet du 7 février entre le Japon et les États-Unis a notamment donné lieu à un accord en faveur du développement des exportations américaines de GNL vers le Japon. Des plans ont également été élaborés pour faire progresser un nouveau projet d’extraction de GNL en Alaska (États-Unis). Cette initiative a suscité des critiques de la part de groupes de défense du climat et des droits humains en raison de ses répercussions potentielles sur le climat et sur les droits du peuple autochtone gwich’in.
Des projets liés aux « énergies vertes » menés à l’étranger et soutenus par le gouvernement ont été critiqués, leurs opposant·e·s estimant qu’ils entravaient une transition juste vers les énergies renouvelables. Six groupes indonésiens de la société civile luttant pour le climat ont écrit à l’Agence japonaise de coopération internationale pour lui demander de mettre un terme à ses projets liés au GNL, au captage du carbone et à la combustion du charbon à l’aide d’hydrogène et d’ammoniac. Ils faisaient valoir que de tels projets imposaient à l’Indonésie de fausses solutions pour le climat, ce qui prolongeait la dépendance aux combustibles fossiles et nuisait aux communautés locales.
Droits des peuples autochtones
Le 12 mai, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale [ONU] a adressé au Japon une lettre d’alerte rapide concernant la construction d’une nouvelle base militaire des États-Unis dans la préfecture d’Okinawa, soulignant l’impact sur les droits des peuples autochtones de Ryukyu/Okinawa à la santé et à un environnement propre, sain et durable.
Droits des personnes LGBTI
En mars, les hautes cours des villes de Nagoya et d’Osaka ont jugé inconstitutionnel le fait que le mariage entre personnes de même sexe ne soit pas autorisé, portant à cinq le nombre de juridictions supérieures ayant rendu une telle décision au Japon. Pour sa part, cependant, la haute cour de Tokyo a conclu en novembre que le refus d’un tel mariage n’était pas contraire à la Constitution. Cette décision marquait un recul après une série d’arrêts rendus par des hautes cours qui avaient fait naître l’espoir d’une légalisation du mariage entre personnes de même sexe.
En septembre, le tribunal aux affaires familiales de la ville de Sapporo a estimé que la disposition légale obligeant les personnes transgenres à modifier l’apparence de leurs organes génitaux pour pouvoir changer de genre auprès de l’état civil était inconstitutionnelle. Il s’agissait de la première décision rendue en ce sens.
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