Italie

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Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Italie en 2025.

Les conditions de vie des personnes détenues et le traitement qui leur était réservé aussi bien en prison qu’en centre de rétention soulevaient des préoccupations en matière de torture et d’autres mauvais traitements. Les violences contre les femmes et les filles restaient très répandues. Une loi draconienne restreignant illégitimement la liberté de réunion pacifique a été adoptée. Des journalistes ont été menacés, agressés et surveillés. Des obstacles à l’accès à l’avortement persistaient. Les tribunaux ont bloqué les tentatives du gouvernement de délocaliser le traitement des demandes d’asile en Albanie. La coopération en matière migratoire avec la Libye et la Tunisie s’est poursuivie, alors que de graves violations des droits humains étaient manifestement commises dans ces pays. L’Italie n’a pas remis à la CPI un ressortissant libyen arrêté en exécution d’un mandat de la CPI. Près de six millions de personnes vivaient dans la pauvreté. Le changement climatique causé par les activités humaines a fait des milliers de morts.

Torture et autres mauvais traitements

Des personnes étaient détenues dans des établissements pénitentiaires surpeuplés où régnaient des conditions déplorables. Le nombre de morts en détention est resté élevé.

Les personnes détenues dans les centres de rapatriement pour migrant·e·s étaient toujours placées dans des cellules dépourvues de tout et ne pouvaient pas accéder à des activités intéressantes. Dans une décision rendue en juillet, la Cour constitutionnelle a considéré que la détention des personnes migrantes était contraire aux principes constitutionnels et a déploré que le Parlement n’ait toujours pas adopté de cadre réglementaire dans ce domaine.

Une enquête ouverte sur les actes de torture et les autres formes de mauvais traitements subis par 33 garçons dans une prison pour mineurs de Milan entre 2021 et 2024 s’est poursuivie. On a appris en août que 42 personnes, dont des membres de la direction et du personnel médical, faisaient l’objet d’investigations.

Appelée à se prononcer sur une affaire de 2001 concernant des mauvais traitements en garde à vue, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé en juin que l’Italie avait violé l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants et que l’enquête menée laissait à désirer. Malgré l’inculpation de 31 responsables, de nombreuses procédures ont été classées sans suite en raison du délai de prescription.

Violences faites aux femmes et aux filles

Les violences contre les femmes demeuraient à un niveau élevé. À la fin de l’année, 85 femmes avaient été tuées dans des affaires de violence domestique, dont 62 par leur partenaire ou leur ex-partenaire. En novembre, le Parlement a rejeté l’adoption d’un texte de loi qui proposait d’instaurer une définition du viol fondée sur le consentement.

Liberté de réunion pacifique

Des dispositions législatives adoptées en juin instauraient de nouvelles infractions et des peines plus lourdes visant à réprimer – de manière disproportionnée – la désobéissance civile et la contestation, y compris la « résistance passive » dans les prisons et les centres de détention pour migrant·e·s. Des expert·e·s des Nations unies ont reproché au gouvernement d’avoir contourné les procédures parlementaires pour éviter que les dispositions non conformes au droit international soient examinées.

Des préoccupations persistaient concernant le recours à une force inutile et excessive par la police contre des personnes qui manifestaient·pacifiquement. Pour les punir, les autorités ont continué de soumettre abusivement des manifestant·e·s pacifiques à des restrictions administratives du droit de circuler librement. En octobre, plusieurs personnes qui avaient protesté sans violence contre le génocide à Gaza se sont vu interdire l’entrée de la ville d’Udine pendant de longues périodes.

Liberté d’expression

Cette année encore, des journalistes ont fait l’objet de manœuvres d’intimidation, de menaces et d’agressions. En octobre, une bombe a explosé sous la voiture d’un journaliste, qui s’en est sorti indemne. Une enquête était en cours à la fin de l’année.

Les procédures judiciaires malveillantes engagées contre des journalistes par des responsables publics et des personnalités politiques, notamment pour diffamation présumée, restaient un motif de préoccupation. La diffamation était toujours réprimée pénalement dans le pays.

Le logiciel espion Graphite de l’entreprise Paragon a été utilisé illégalement contre des défenseur·e·s des droits humains et au moins deux journalistes. Une commission parlementaire a confirmé en juin que les services italiens du renseignement y avaient eu recours pour espionner des militant·e·s, en faisant valoir des motifs de sécurité nationale. Le gouvernement n’a toutefois pas répondu aux allégations crédibles selon lesquelles des journalistes avaient également été espionnés illégalement.

Droits sexuels et reproductifs

Cette année encore, les autorités ont failli à leur devoir de garantir l’accès à des services d’avortement légaux, alors que de nombreux professionnel·le·s de santé refusaient de pratiquer ces actes.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Au moins 1 195 personnes sont mortes en mer alors qu’elles essayaient de rejoindre l’Italie en traversant la Méditerranée centrale. Plusieurs naufrages sont survenus à proximité immédiate des eaux territoriales italiennes. Des ONG menant des opérations de sauvetage ont reproché aux autorités italiennes d’avoir tardé à répondre à leurs alertes concernant des navires en détresse et d’avoir ainsi mis des vies en danger.

Six agent·e·s des douanes et gardes-côtes ont été mis en accusation en juillet pour n’avoir rien fait pour empêcher un naufrage près de Steccato di Cutro (Calabre) en février 2023. Au moins 94 personnes, venant pour la plupart d’Afghanistan, s’étaient alors noyées dans les eaux territoriales italiennes.

Dans une décision rendue en mars, la Cour de cassation a ordonné au gouvernement d’indemniser des personnes secourues en mer qui avaient été détenues illégalement à bord du navire garde-côte italien Diciotti pendant 10 jours en 2018, après que le ministre de l’Intérieur eut empêché leur débarquement en Sicile.

Le gouvernement continuait de faire obstacle aux tentatives de sauvetage maritime menées par des militant·e·s des droits humains. Il a imposé à des navires d’ONG de débarquer dans des ports éloignés et a saisi des navires et aéronefs appartenant à des ONG, augmentant le risque de noyade pour les personnes qui tentaient de rejoindre l’Italie.

Six membres de l’ONG Mediterranea Saving Humans ont été jugés à Raguse (Sicile) en octobre. Ils étaient inculpés de complicité aggravée d’immigration illégale pour avoir recueilli à bord de leur bateau 27 rescapé·e·s d’un naufrage, qu’ils avaient ensuite débarqués en Sicile en 2020. Les rescapé·e·s, dont un enfant et une femme enceinte, avaient été secourus par un pétrolier danois sur ordre des autorités maltaises, qui avaient ensuite refusé pendant près de six semaines d’autoriser leur débarquement.

Coopération avec l’Albanie

L’Italie a adopté en mars une disposition prévoyant la possibilité d’utiliser ses centres de détention pour migrant·e·s situés en Albanie pour la détention de personnes sous le coup d’une mesure d’éloignement déjà placées en centre de rétention en Italie. L’objectif initial de ces centres en Albanie (maintenir en détention des personnes demandeuses d’asile interceptées dans les eaux internationales et qui viendraient de pays considérés comme « sûrs » par l’Italie) faisait toujours l’objet de recours en justice. Dans un arrêt rendu en août, la Cour de justice de l’UE a estimé que des tribunaux compétents devaient être en mesure d’exercer un contrôle juridictionnel sur l’application du concept de « pays d’origine sûr », une position qui remettait en cause les dispositions juridiques encadrant le traitement de telles demandes en Italie.

Toujours en août, un tribunal de Rome a ordonné la libération en urgence d’un homme détenu en Albanie au motif que ses conditions de détention ne permettaient pas de garantir son droit à la santé.

Plusieurs Égyptien·ne·s ont été renvoyés de force dans leur pays d’origine par des agent·e·s italiens depuis l’Albanie, alors qu’une telle procédure n’était prévue ni dans l’accord signé entre l’Italie et l’Albanie ni dans aucun autre texte.

Après avoir effectué des visites d’inspection dans des centres en Albanie, des juristes, des parlementaires et des médiateurs ou médiatrices de la région du Latium et de Rome ont critiqué l’accès insuffisant des personnes qui y étaient retenues à des soins de santé, à une assistance juridique et à d’autres droits. Invoquant des « raisons d’ordre public et de sécurité », le ministère de l’Intérieur a refusé à Amnesty International l’autorisation d’accéder à ces centres.

Coopération avec la Libye

Cette année encore, l’Italie a aidé les autorités libyennes à empêcher les traversées vers l’Europe, notamment en renouvelant en novembre le protocole d’accord signé entre les deux pays. Des informations faisaient pourtant état d’atteintes graves et généralisées aux droits humains des réfugié·e·s et migrant·e·s en Libye et de l’incapacité persistante des autorités libyennes à garantir des opérations de recherche et de sauvetage conformes au droit international.

À deux reprises, en août et septembre, les gardes-côtes libyens ont ouvert le feu sur des navires de sauvetage d’ONG dans les eaux internationales, mettant en péril la vie des membres de l’équipage et des personnes secourues en mer. Ces attaques étaient lancées depuis des navires fournis par l’Italie à la Libye dans le cadre de programmes financés par l’UE.

Coopération avec la Tunisie

L’Italie a également poursuivi sa coopération avec la Tunisie en vue de mener des opérations d’interception et de débarquement dans ce pays de personnes réfugiées ou migrantes, qui risquaient pourtant manifestement d’y subir des violations des droits humains.

Droit à la vérité, à la justice et à des réparations

L’Italie n’a pas remis à la CPI Osama Elmasry Njeem, un responsable libyen accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Arrêté en janvier par la police italienne en application d’un mandat d’arrêt de la CPI, cet homme a été libéré dans un second temps, puis renvoyé en Libye. La CPI a jugé en octobre que l’Italie n’avait pas respecté ses obligations au regard du Statut de Rome, mais a ajourné sa décision concernant les mesures à prendre.

Le Conseil des droits de l’homme [ONU] a reproché à l’Italie de ne pas avoir créé d’institution nationale des droits humains, alors qu’elle s’était plusieurs fois engagée à le faire.

Droits économiques, sociaux et culturels

L’Institut national de la statistique a indiqué en octobre que 5,7 millions de personnes vivaient dans une pauvreté absolue en 2024. Plus de 30 % des familles dont au moins l’un des membres n’était pas de nationalité italienne entraient dans cette catégorie.

Droit à un environnement sain

Des scientifiques travaillant au Royaume-Uni ont annoncé en septembre que le changement climatique était à l’origine de 4 597 décès liés à la chaleur survenus en Italie entre juin et août.

Le pays a perdu trois places dans le classement mondial de l’Indice de performance climatique (il se situait au 46e rang) car son Plan national en matière d’énergie et de climat manquait d’ambition et était « incompatible avec les engagements de l’Italie auprès de l’UE et au regard de l’Accord de Paris ».

Transferts d’armes irresponsables

L’Italie a continué de transférer des armes à Israël en vertu de licences délivrées avant le 7 octobre 2023. Elle n’a pas non plus empêché le transit par son territoire de transferts provenant d’autres pays – dont la destination finale était, selon les informations disponibles, Israël –, notamment d’une cargaison d’explosifs qui a quitté le port de Ravenne en juin.

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