Iran

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Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Iran en 2025.

Des civil·e·s ont perdu la vie et des violations du droit international humanitaire ont été commises dans le cadre du conflit armé de 12 jours entre l’Iran et Israël. Les autorités ont profité du conflit pour intensifier la répression interne. Des milliers de personnes ont été détenues arbitrairement, interrogées, harcelées et/ou injustement poursuivies en justice pour avoir exercé leurs droits humains. Les autorités ont utilisé une force illégale et des armes à feu pour disperser les manifestations, faisant des morts. Les femmes et les filles, les personnes LGBTI et les membres de minorités ethniques ou religieuses étaient victimes de discrimination et de violences systémiques. Les autorités ont mis en œuvre des mesures pour faire appliquer l’obligation de porter le voile. Plus de 1,8 million d’Afghan·e·s ont été illégalement expulsés ou renvoyés de force en Afghanistan. Les disparitions forcées, la torture et les autres formes de mauvais traitements étaient généralisées et systématiques. Des châtiments corporels assimilables à des actes de torture, notamment des flagellations et des amputations, ont été infligés. Les procès demeuraient invariablement inéquitables. La peine de mort était appliquée arbitrairement et utilisée de manière disproportionnée contre les minorités. Le nombre d’exécutions recensées n’avait jamais été aussi élevé depuis 1989. L’impunité était la règle pour les crimes de droit international passés et présents, en particulier pour les crimes contre l’humanité. Les autorités n’ont pas fait le nécessaire pour remédier à la dégradation de l’environnement, qui a contribué à des milliers de décès.

Contexte

En avril, le Conseil des droits de l’homme [ONU] a renouvelé le mandat de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran, ainsi que celui de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République islamique d’Iran, qui a en outre été élargi. Ces instances et d’autres expert·e·s indépendants des Nations unies, tout comme les observateurs et observatrices internationaux spécialistes des droits humains, se sont vu interdire l’entrée sur le territoire iranien.

En septembre, l’ONU a réimposé à l’Iran des sanctions liées au nucléaire.

Les autorités ont continué d’apporter un soutien politique, idéologique, financier, logistique et militaire à des groupes armés dans tout le Moyen-Orient.

L’Iran procuré à la Russie des drones et des missiles balistiques, qui ont été utilisés contre des infrastructures civiles en Ukraine.

Violations du droit international humanitaire

Le 13 juin, Israël a mené des frappes aériennes sur le territoire iranien ; celles-ci ont endommagé des infrastructures civiles et tué plus de 1 100 personnes, dont 45 enfants1.

Les forces israéliennes ont lancé des attaques délibérées sur la prison d’Evin, causant dommages et destructions dans ce complexe pénitentiaire de la capitale, Téhéran. Les frappes ont tué au moins 80 civil·e·s, dont des personnes détenues et des membres de leur famille, ainsi que du personnel pénitentiaire, notamment des travailleuses et travailleurs sociaux. Cette attaque constituait une violation grave du droit international humanitaire et devait donner lieu à une enquête pénale pour crime de guerre.

En représailles, les forces iraniennes ont tiré des missiles et lancé des attaques de drones contre Israël, faisant illégalement usage d’armes à sous-munitions dans des zones résidentielles et tuant au moins 29 personnes, dont des enfants.

Liberté d’expression, d’association et de réunion

Les autorités ont réprimé pénalement la tenue de propos critiques à l’égard du système politique de la République islamique.

Les services de sécurité et de renseignement et les autorités judiciaires s’en sont pris de manière généralisée et systématique aux personnes qui exerçaient leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique.

Parmi les personnes visées figuraient des manifestant·e·s, des dissident·e·s, des femmes et des filles qui bravaient les règles relatives au port du voile obligatoire, des journalistes, des avocat·e·s, des défenseur·e·s des droits humains, des droits du travail et des droits environnementaux, des usagères et usagers des réseaux sociaux, des artistes, des musicien·ne·s, des écrivain·e·s, des universitaires, des étudiant·e·s, des personnes LGBTI, des membres des minorités ethniques et religieuses opprimées, des proches de personnes tuées lors de manifestations, ainsi que des travailleuses et travailleurs, notamment du personnel infirmier et enseignant et des chauffeurs routiers. Les violations commises à leur encontre étaient diverses : détention arbitraire, disparition forcée, torture et autres formes de mauvais traitements, menaces de mort, procès inéquitables donnant lieu à des condamnations à des amendes, à la flagellation, à la prison et/ou à la peine capitale, surveillance, harcèlement, interrogatoires, interdiction de quitter le pays, gel d’avoirs, confiscation de biens, renvoi temporaire ou définitif du système éducatif, mise à pied ou licenciement.

Les autorités ont pris des mesures punitives contre les familles de journalistes, de dissident·e·s, de manifestant·e·s et de défenseur·e·s des droits humains résidant à l’étranger, soumettant leurs proches en Iran à des interrogatoires, à des interdictions de voyager, à des détentions arbitraires et à des actes de torture et autres mauvais traitements.

Certaines plateformes, comme Clubhouse, Facebook, Snapchat, Signal, Telegram, TikTok, X et YouTube, étaient toujours bloquées.

Tous les partis politiques, organisations de la société civile, syndicats et journaux indépendants restaient interdits.

Entre mars et août, dans plusieurs villes, dont Ispahan, Meched et Sabzevar, les forces de sécurité ont illégalement employé la force pour réprimer des manifestations pacifiques contre les coupures d’eau et d’électricité et l’inflation ; elles ont fait usage de gaz lacrymogène et de gaz poivre, frappé des manifestant·e·s et procédé à des arrestations arbitraires.

La répression s’est intensifiée pendant et après le conflit avec Israël. Les autorités ont délibérément perturbé les réseaux internet et mobile pendant le conflit, entravant l’accès à des informations vitales. Les forces de sécurité ont mis en place des postes de contrôle, où elles ont procédé à des fouilles invasives des téléphones portables et arrêté des personnes pour « collaboration » présumée avec Israël sur la base de leurs publications sur les réseaux sociaux ou de leurs contacts avec des journalistes à l’étranger.

Une nouvelle Loi visant à alourdir les peines pour les activités d’espionnage et de collaboration avec le régime sioniste et les États hostiles au détriment de la sécurité et des intérêts nationaux (loi sur l’espionnage) est entrée en vigueur en octobre. Elle rendait certaines activités pacifiques, telles que la transmission d’informations à des journalistes à l’étranger, passibles de la peine capitale sous le chef d’accusation de « corruption sur terre » (ifsad fil arz). Elle érigeait également en infraction l’utilisation ou la gestion d’outils pour une connexion internet par satellite sans licence, comme Starlink, et autorisait l’imposition de la peine de mort pour de tels faits lorsque les autorités considéraient que la personne mise en cause était un « agent ennemi » agissant dans l’intention de « s’opposer à l’État » ou « à des fins d’espionnage ».

Pendant les manifestations qui ont commencé le 28 décembre à Téhéran et se sont rapidement étendues à tout le pays, les forces de sécurité ont eu recours à une force illégale (armes à feu, fusils à plomb, gaz lacrymogène et coups) pour disperser des manifestant·e·s majoritairement pacifiques qui réclamaient la chute du système de la République islamique. Des morts et des blessés ont été à déplorer.

Disparitions forcées et torture et autres mauvais traitements

La torture et les autres formes de mauvais traitements, les disparitions forcées et la détention au secret étaient généralisées et systématiques.

Après les frappes aériennes israéliennes sur la prison d’Evin, des dizaines de personnes détenues pour des raisons politiques ont été soumises à une disparition forcée pendant des semaines, voire des mois. Des centaines d’autres détenu·e·s ont été transférés dans des prisons où régnaient des conditions de détention cruelles et inhumaines : surpopulation, insalubrité, mauvaise ventilation, infestation de souris ou d’insectes, et accès insuffisant à l’eau potable, à une nourriture comestible, à de la literie, à des toilettes ou à des installations pour se laver. Cette année encore, des détenu·e·s ont été privés de soins médicaux adéquats. Plusieurs personnes sont mortes en détention dans des conditions suspectes, sur fond d’allégations crédibles de torture et d’autres formes de mauvais traitements, y compris de privation de soins médicaux.

Des châtiments s’apparentant à des actes de torture (flagellation, aveuglement, amputation, crucifiement, lapidation) étaient toujours prévus par la loi. Des peines de flagellation et d’amputation ont été appliquées.

Détentions arbitraires et procès inéquitables

Les procès étaient systématiquement inéquitables, ce qui conférait un caractère arbitraire aux détentions et aux exécutions. Les autorités privaient régulièrement les personnes détenues de la possibilité de rencontrer un·e avocat·e pendant l’enquête et les déclaraient coupables sur la base d’« aveux » obtenus sous la torture, souvent diffusés à la télévision publique.

Le pouvoir judiciaire n’était pas indépendant et se rendait complice d’actes de torture et d’autres crimes de droit international.

En août, les autorités ont annoncé l’arrestation de 21 000 personnes en lien avec le conflit avec Israël.

La loi sur l’espionnage a fragilisé encore davantage les droits à un procès équitable en créant des tribunaux révolutionnaires spéciaux, en accélérant les procédures pénales, en limitant à 10 jours le délai d’appel et en autorisant les tribunaux à mener des enquêtes, ce qui mettait à mal le principe de séparation des fonctions de poursuite et de jugement.

Les autorités ont continué d’utiliser la détention arbitraire comme moyen de pression contre des personnes étrangères ou binationales et ont procédé à des prises d’otage en toute impunité.

L’assignation à résidence arbitraire du dissident Mehdi Karroubi, en place depuis 14 ans, a pris fin en avril, tandis que Mir Hossein Mousavi et Zahra Rahnavard restaient soumis à cette mesure pour la 15e année consécutive.

Droits des femmes et des filles

La discrimination à l’égard des femmes et des filles persistait. Celles-ci étaient privées de l’égalité des droits en matière de mariage, de divorce, de transmission de nationalité et de garde des enfants, d’emploi, de succession et d’accès aux fonctions politiques.

L’âge minimum légal du mariage était toujours fixé à 13 ans pour les filles, mais un père pouvait obtenir du pouvoir judiciaire l’autorisation de marier de force sa fille encore plus jeune.

L’âge de la responsabilité pénale des filles demeurait fixé à neuf années lunaires (environ huit ans et neuf mois) et à 15 années lunaires pour les garçons (environ 14 ans et sept mois).

Les autorités ont soumis des défenseur·e·s des droits des femmes, des journalistes, des chanteurs et chanteuses et d’autres personnes qui exigeaient l’égalité entre hommes et femmes et bravaient l’obligation de porter le voile à des détentions arbitraires, des procès inéquitables, des peines de flagellation et des interdictions d’utiliser les réseaux sociaux.

En mai, le gouvernement a retiré un projet de loi qui avait été présenté plus de 10 ans plus tôt pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, avant d’être vidé d’une partie de sa substance et rebaptisé à plusieurs reprises.

Le manque de protections juridiques, de foyers d’hébergement ou d’obligation de rendre des comptes créait des conditions propices aux féminicides. Ainsi, plus de 100 femmes et filles ont été tuées durant l’année par des membres masculins de leur famille, selon les chiffres issus de la presse iranienne et d’organisations de défense des droits humains en dehors d’Iran. Toutefois, il n’existait pas de statistiques officielles sur les féminicides et leur nombre réel était probablement bien plus élevé.

Face au vaste mouvement de résistance des femmes et des filles contre le port obligatoire du voile et à l’indignation suscitée dans le pays et dans le monde par la violence dont elles étaient victimes, les autorités ont été contraintes de renoncer aux vagues massives d’arrestations violentes et d’agressions qu’elles avaient menées les années précédentes et de maintenir la suspension de l’application de la Loi sur la protection de la famille par la promotion de la culture de la chasteté et du hidjab. Elles ont cependant continué d’utiliser les lois et réglementations existantes pour faire appliquer le port obligatoire du voile sur les lieux de travail, dans les universités et dans d’autres institutions du secteur public. Les femmes et les filles qui ne s’y conformaient pas risquaient d’être harcelées, agressées, arrêtées arbitrairement, soumises à des amendes, licenciées ou exclues du système éducatif. Ces pratiques étaient perpétrées par des agent·e·s de l’État et des milices agissant avec l’aval de l’État.

La surveillance électronique, notamment la reconnaissance faciale, jouait un rôle central dans l’application de l’obligation de porter le voile. Cette année encore, des femmes ont reçu des SMS menaçants s’appuyant sur des données issues d’intercepteurs d’IMSI (captant les identités internationales des abonnements de téléphonie mobile), de lecteurs de carte sans contact, de caméras de surveillance et d’informations communiquées par des agent·e·s de l’État et des membres de milices au moyen d’applications conçues à cet effet.

La pratique consistant à confisquer arbitrairement les voitures des femmes à titre de punition pour avoir enfreint la législation relative au voile s’est poursuivie.

En octobre, le chef du Bureau de la promotion de la vertu et de la prévention du vice à Téhéran a annoncé la création d’une « Cellule de veille sur le hidjab et la chasteté » et le déploiement de 80 000 agent·e·s formés en vue d’améliorer les infrastructures de surveillance et d’application de la loi.

En novembre et en décembre, le Guide suprême, le responsable du pouvoir judiciaire et d’autres hauts représentants de l’État ont qualifié la défiance généralisée des femmes et des filles à l’égard du port obligatoire du voile de « déviance sociale » liée à des ennemis étrangers. Le responsable du pouvoir judiciaire a ordonné aux organes chargés des poursuites judiciaires, de la sécurité et du renseignement de considérer le non-port du voile comme un « crime flagrant ».

De nombreux commerces, dont des restaurants, ont été contraints de fermer parce qu’ils avaient servi des femmes non voilées. Leurs propriétaires s’exposaient à des arrestations et à des poursuites.

Discrimination

Minorités ethniques

Victimes de violations généralisées de leurs droits humains, les minorités ethniques – arabe ahwazie, azérie, baloutche, kurde et turkmène, notamment – étaient en butte à une discrimination en matière d’accès à l’éducation, à l’emploi, à un logement décent et aux fonctions politiques. Le sous-investissement dans les régions où vivaient ces minorités, qui souffraient notamment d’un manque d’infrastructures d’approvisionnement en eau potable, perpétuait leur pauvreté et leur marginalisation.

Les enfants issus de minorités ethniques étaient privés de leur droit à une éducation dans leur langue maternelle, car l’enseignement continuait d’être assuré uniquement en persan. Cette situation contribuait à des taux d’abandon scolaire élevés et, selon certaines informations, les élèves qui ne parlaient pas persan étaient victimes d’humiliations et de harcèlement et évoluaient dans un environnement scolaire peu sûr. En février, le Parlement a rejeté une proposition de loi visant à introduire l’enseignement de la littérature dans les langues des minorités ethniques.

Les autorités jetaient le discrédit sur les défenseur·e·s des droits des minorités, dépeignant la défense pacifique des droits des minorités comme une menace pour l’intégrité du territoire.

Celles et ceux qui s’élevaient contre les violations commises ou qui réclamaient une décentralisation ou une autonomie régionale s’exposaient à la détention arbitraire, la disparition forcée, la torture ou d’autres formes de mauvais traitements et des peines de prison injustes, voire la peine de mort.

Les autorités ont continué de refuser de délivrer des actes de naissance et d’autres documents d’identité à des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants baloutches. Ces personnes étaient donc de fait apatrides et ne pouvaient pas accéder aux services publics tels que l’éducation, les soins de santé, les services bancaires et le système d’enregistrement des mariages. N’ayant pas la nationalité iranienne, elles risquaient d’être expulsées de force vers des pays voisins.

Les minorités ethniques subissaient de manière disproportionnée des violations du droit à la vie, notamment des tirs illégaux et la peine de mort.

Minorités religieuses

Les minorités religieuses, parmi lesquelles les baha’i·e·s, les chrétien·ne·s, les derviches gonabadis, les personnes de confession juive, les musulman·e·s sunnites et les yarsans, étaient victimes d’atteintes généralisées et systémiques à leurs droits humains, notamment de discrimination en matière d’éducation, d’emploi, d’adoption et d’accès aux fonctions politiques et aux lieux de culte.

Des membres de minorités religieuses qui professaient ou pratiquaient leur foi ont été visés par des détentions arbitraires, des poursuites judiciaires injustes, ainsi que des actes de torture et d’autres mauvais traitements.

Les personnes dont les parents étaient enregistrés comme musulmans risquaient, quant à elles, d’être détenues arbitrairement, soumises à des actes de torture et d’autres mauvais traitements ou condamnées à mort pour « apostasie » si elles choisissaient une autre religion ou l’athéisme.

Les autorités ont profité du climat sécuritaire après le conflit avec Israël pour intensifier la répression contre les minorités baha’ie, chrétienne et juive.

Les membres de la minorité baha’ie étaient confrontés à une persécution systémique sur fond d’intensification de la propagande d’État, qui les accusait à tort d’être des espions israéliens. Cette communauté était victime de multiples violations : détentions arbitraires, perquisitions de domiciles, licenciements, interdictions de suivre des études supérieures, fermetures forcées d’entreprises, confiscations ou destructions de biens, interdictions de quitter le pays, menaces de mort, procès inéquitables, emprisonnements, exils, profanations de cimetières baha’is et privations du droit à un enterrement.

Les autorités ont soumis des dizaines de personnes juives à des convocations arbitraires, des interrogatoires et des accusations d’espionnage infondées.

Elles ont calomnié les personnes de religion chrétienne en les qualifiant de « mercenaires du Mossad », ont diffusé les « aveux » forcés de celles qui avaient été arrêtées, ont effectué des incursions dans des églises et ont détenu arbitrairement des personnes converties au christianisme.

Personnes LGBTI

La loi sanctionnait toujours pénalement les relations consenties entre personnes de même sexe. La flagellation et la peine de mort figuraient parmi les peines prévues. Plusieurs hommes ont été flagellés après avoir été déclarés coupables de relations sexuelles consenties avec d’autres hommes.

Cette répression pénale alimentait la violence et la discrimination à l’égard des personnes LGBTI, entravant leur accès à l’éducation, à l’emploi, au logement et aux soins de santé, et empêchant les victimes d’agressions homophobes et transphobes de bénéficier de voies de recours ou de services de protection.

Les expressions de genre qui ne se conformaient pas à la représentation du masculin et du féminin imposée par l’État, en particulier certains choix en matière d’habillement et d’apparence, étaient passibles de peines de prison, d’amendes et de flagellation.

Les « thérapies de conversion » approuvées par l’État, qui s’apparentaient à de la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements, demeuraient courantes ; elles étaient même appliquées à des enfants. Une thérapie hormonale et des opérations chirurgicales, dont la stérilisation, étaient obligatoires pour les personnes souhaitant faire modifier officiellement le sexe qui leur avait été assigné à la naissance.

Des enseignant·e·s, du personnel de direction et des membres des services de sécurité d’établissements scolaires ont soumis des élèves LGBTI à du harcèlement, des exclusions et des changements d’établissement forcés, et les ont aiguillés vers des interventions psychiatriques et médicales non consenties.

Les autorités et les médias d’État ont continué de proférer des discours de haine contre les personnes LGBTI.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Les ressortissant·e·s afghans étaient victimes de violences et de discriminations généralisées, notamment dans les domaines de l’éducation, du logement, de l’emploi, des soins de santé, des services bancaires et du droit de circuler librement.

Plus de 1,8 million d’Afghan·e·s, dont des enfants non accompagnés et séparés de leur famille, des femmes et des filles, ainsi que des personnes réfugiées et demandeuses d’asile, ont été expulsés illégalement ou renvoyés de force en Afghanistan. Ces expulsions massives se sont accompagnées de violentes interventions des forces de sécurité, d’opérations d’interpellation et de fouilles et d’arrestations arbitraires.

Les Afghan·e·s ont été la cible de discours de plus en plus racistes et déshumanisants de la part des autorités, qui les ont désignés comme responsables de tous les maux socioéconomiques, les ont accusés d’être des espions d’Israël et ont alimenté les crimes de haine à leur encontre.

Homicides illégaux

La Loi sur le recours aux armes à feu par les forces armées en cas de force majeure garantissait toujours l’impunité pour les homicides illégaux en autorisant le recours généralisé aux armes à feu, y compris pour disperser des manifestations et intercepter des personnes tentant d’échapper à une arrestation ou de passer illégalement la frontière. Un projet de loi visant à modifier ce texte était toujours en attente d’examen par le Parlement. S’il était approuvé, le port d’armes à feu serait autorisé à d’autres forces que la police, le Corps des gardiens de la révolution islamique et l’armée, et ces armes pourraient être utilisées dans un plus grand nombre de circonstances.

Cette année encore, les forces de sécurité ont tiré sur des voitures en toute impunité, notamment aux nouveaux postes de contrôle mis en place en juin. Des adultes et des enfants ont trouvé la mort dans ces fusillades.

Comme les années précédentes, des gardes-frontières ont tué de nombreux transporteurs et transporteuses de carburant baloutches (soukhtbars) dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, ainsi que des porteurs et porteuses de marchandises kurdes (kulbars) qui se déplaçaient entre le Kurdistan iranien et le Kurdistan irakien. Ces personnes n’étaient pas armées.

En juillet, des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique ont eu recours à la force létale, en particulier à des kalachnikovs et des fusils à plombs, contre un groupe de femmes baloutches pendant une opération dans le village de Gounich (province du Sistan-et-Baloutchistan) ; deux femmes ont été tuées illégalement et 10 autres blessées.

Peine de mort

Les autorités ont procédé au plus grand nombre d’exécutions jamais enregistré depuis 1989. Des personnes ont été exécutées en public.

Cette augmentation était due au recours accru à la peine de mort comme instrument de répression politique et aux politiques meurtrières de lutte contre la drogue. Une proposition de modification de la Loi de lutte contre la drogue, qui maintiendrait la peine capitale pour certaines infractions liées au trafic et à la distribution de stupéfiants, était toujours en cours d’examen au Parlement.

Les exécutions de masse ont déclenché un nombre sans précédent de sit-ins et de grèves de la faim dans les prisons. Les forces de sécurité ont menacé les détenu·e·s de représailles.

La peine de mort était toujours en vigueur pour des actes protégés par le droit au respect de la vie privée et les droits à la liberté d’expression, de religion ou de conviction, notamment la consommation d’alcool et les relations librement consenties entre personnes de même sexe. L’« adultère » (relation sexuelle hors mariage) restait passible de la lapidation à mort.

Au moins une personne âgée de moins de 18 ans lors de l’infraction pour laquelle elle avait été condamnée a été exécutée ; des dizaines d’autres personnes mineures au moment des faits qui leur étaient reprochés se trouvaient toujours sous le coup d’une condamnation à mort.

Droit à la vérité, à la justice et à des réparations

L’impunité restait la règle pour les homicides illégaux, les actes de torture, les disparitions forcées et les autres crimes de droit international commis en 2025 et au cours des décennies précédentes.

Le parquet classait régulièrement sans suite les plaintes des victimes et clôturait les enquêtes correspondantes. Dans les rares affaires qui ont abouti à un procès, les tribunaux militaires, compétents pour connaître des violations commises par les forces de sécurité, ont innocenté les responsables présumés, n’ont octroyé à titre de réparation que la diya (prix du sang) versée par l’État et ont exonéré les commandants et les supérieurs de toute responsabilité.

En juin, les autorités ont couvert les auteurs de l’homicide illégal d’un enfant de neuf ans, Kian Pirfalak, tué pendant les manifestations du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022, en exécutant arbitrairement un manifestant, Mojahed (Abbas) Kourkouri, déclaré coupable de la mort de l’enfant à l’issue d’un procès manifestement inique.

Le procès dans l’affaire du vol 752 d’Ukraine International Airlines, abattu en 2020, était au point mort après le report de la procédure sur décision d’un tribunal militaire iranien. Les familles et les avocat·e·s des victimes ne pouvaient pas accéder au dossier. Les 10 accusés étaient toujours en liberté sous caution.

Les autorités ont empêché des familles de se rendre sur le site des fosses communes de Kharavan, qui contenait les dépouilles d’une partie des victimes des massacres commis en 1988 dans les prisons. Elles ont également détruit la parcelle 41 du cimetière de Behesht Zahra, à Téhéran, où se trouvaient les tombes individuelles des personnes exécutées dans les années 1980, afin d’y construire un parking.

Droit à un environnement sain

La production de combustibles fossiles et les subventions dans ce domaine demeuraient élevées.

Faute d’action suffisante des autorités pour lutter contre la dégradation de l’environnement dans le pays, les inégalités existantes ont été exacerbées, avec un effet disproportionné sur les populations marginalisées. La crise se manifestait par l’assèchement de lacs, de cours d’eau et de zones humides, l’épuisement de nappes phréatiques, la contamination de sources d’eau urbaines par le déversement d’eaux usées, la déforestation, des affaissements de terrain, la baisse des réserves en eau, le déclin de la santé des sols et la pollution de l’air. Cette situation, en partie imputable à l’utilisation de combustibles de mauvaise qualité dans l’industrie, a contribué à des milliers de décès.

La population a subi de graves et longues coupures d’eau et d’électricité, qui ont entraîné des fermetures d’écoles et d’entreprises. Les autorités ont fermé les yeux sur les défaillances systémiques, accusant la sécheresse et la surconsommation.

Des défenseur·e·s des droits environnementaux ont été la cible d’arrestations arbitraires.

En juillet, trois militants de l’environnement sont morts dans la province du Kurdistan alors qu’ils luttaient contre un incendie. Ce drame a suscité des réactions critiques à l’égard des autorités, qui laissaient des bénévoles se charger d’une grande partie de ce travail, sans fournir d’équipement de protection ni de mesures de sécurité.

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