Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains à Haïti en 2025.
La vie des habitant·e·s a été marquée par des violences, qui ont limité leur accès à l’alimentation, à la santé et à l’éducation. Les autorités n’ont pas réussi à garantir la sécurité de la population, et l’impunité était généralisée. La sécurité dans le pays était source de préoccupation et de débat au sein de la communauté internationale. Des enfants ont été victimes de violations des droits humains, notamment de violences sexuelles et de viols. La capacité des autorités à assurer des services de protection de l’enfance et de réinsertion sociale des mineur·e·s a continué d’être gravement entravée.
Contexte
Haïti a souffert d’une augmentation de la violence, d’une instabilité politique et de crises multiples, notamment en matière de droits humains.
En août, Laurent Saint-Cyr a pris ses fonctions en tant que quatrième président, en 15 mois, du Conseil présidentiel de transition, organe chargé de gouverner le pays et d’organiser des élections.
Des centaines de milliers d’Haïtiens et Haïtiennes ont quitté le pays en quête de sécurité, mais ont subi des traitements racistes dans différents États, qui leur ont refusé la protection à laquelle ils pouvaient prétendre au titre du droit international.
Droits économiques, sociaux et culturels
La violence a entravé l’exercice et la garantie des droits à la vie, à l’intégrité physique, à l’alimentation, aux soins de santé, à une eau potable, au logement et à l’éducation.
En avril, à l’occasion du bicentenaire de la « dette de l’indépendance », plusieurs militant·e·s et organisations ont exhorté la France à s’attaquer à son passé colonial.
La soudaine suspension, en début d’année, de l’aide étrangère accordée par les États-Unis, principal donateur du pays, a mis un terme à de nombreux services médicaux essentiels, y compris de soins aux victimes de violences sexuelles.
En septembre, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU s’est inquiété du caractère alarmant de la crise humanitaire, du besoin urgent de protection face à une épidémie de choléra, et de la hausse du taux de malnutrition. La moitié de la population haïtienne souffrait d’insécurité alimentaire, et le pays a atteint un taux de déplacements forcés sans précédent.
En décembre, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires [ONU], près de 1,4 million de personnes (dont plus de 741 000 mineur·e·s) avaient été déplacées à l’intérieur du pays, à deux ou trois reprises pour beaucoup d’entre elles.
D’après les données fournies par l’ONU, le Plan de réponse humanitaire pour Haïti n’a reçu que 24,2 % des fonds dont il avait besoin en 2025, ce qui était bien en deçà des financements reçus par les autres plans de réponse à l’échelle mondiale.
Homicides illégaux
Les gangs ont étendu leur influence et des groupes d’autodéfense se sont formés. En novembre, le Bureau intégré des Nations unies en Haïti avait recensé plus de 8 100 homicides.
En septembre, un massacre commis dans le village de Labodri, à 40 kilomètres au nord de Port-au-Prince, a mis en lumière l’incapacité des autorités à protéger la population.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
Le fonctionnement du système judiciaire s’est sérieusement dégradé, et l’impunité prévalait pour les atteintes aux droits humains. Bon nombre de victimes ne signalaient pas ces infractions par peur de subir des représailles ou en raison de l’absence de policiers dans les zones contrôlées par les gangs, qui agissaient comme des autorités de facto.
En février, le secrétaire général des Nations unies a présenté une proposition visant notamment à renforcer la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMAS), dont le déploiement a été entravé par de graves carences en termes de ressources humaines et économiques. L’ONU devait y assumer une plus grande responsabilité logistique et financière. En août, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) a également présenté une feuille de route proposant un mécanisme dirigé par l’OEA visant à coordonner les initiatives lancées par les Nations unies, le secteur de l’aide humanitaire, les pays donateurs et d’autres acteurs concernés, dans le but d’apporter la paix et la sécurité à Haïti.
En septembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution prévoyant la transition de la MMAS à la Force de répression des gangs. Ce texte, qui intégrait des propositions des Nations unies et de l’OEA, a suscité des inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains en raison de son manque de clarté quant aux opérations prévues, à la pérennité financière du programme et au respect des garanties relatives aux droits humains.
Droits des enfants
De nombreux enfants ont été victimes d’atteintes aux droits humains (recrutement par des gangs armés, viols et autres formes de violences sexuelles, enlèvements, homicides et blessures). Les enfants en situation de handicap étaient touchés de façon disproportionnée.
De sérieuses défaillances ont été constatées dans le système de justice pour mineur·e·s, de même qu’une surpopulation dans certains établissements, tels que le Centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi, où des adultes étaient également incarcérés.
La capacité de l’État à offrir des services de santé, une aide à la réinsertion pour les enfants recrutés par les gangs, ainsi qu’une protection adéquate et une réelle justice, est restée extrêmement faible, exposant la population à des atteintes continues aux droits humains.
Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.
Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.
Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.
Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.
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