Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Ghana en 2025.
Les attaques visant des journalistes se sont poursuivies. Cette année encore, des mutilations génitales féminines ont été pratiquées, et les accusations de sorcellerie ont menacé les droits des femmes à la vie et à la santé. Une proposition de loi visant à promouvoir les « valeurs familiales » risquait de sanctionner encore plus sévèrement les personnes LGBTI. Le statut de réfugié·e a été accordé d’emblée aux personnes demandeuses d’asile venant du Burkina Faso qui avaient été déplacées de force. Le secteur de la santé a été frappé de plein fouet par les réductions budgétaires de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), alors que le pays était confronté à des épidémies. Des mesures ont été prises pour lutter contre l’exploitation minière illégale, encourager le reboisement et combattre la pêche illicite.
Contexte
En janvier, à l’issue des élections parlementaires et présidentielle de décembre 2024, le Congrès national démocratique est revenu au pouvoir et John Dramani Mahama est redevenu président de la République.
Il a gracié près d’un millier de prisonniers et prisonnières pour tenter de réduire la surpopulation carcérale.
La Commission de révision de la Constitution a poursuivi son travail visant à déceler les lacunes des réformes constitutionnelles précédentes et à recommander des modifications destinées à améliorer le cadre constitutionnel du Ghana.
Liberté d’expression et de réunion
En janvier, le procureur général a abandonné les charges qui avaient été retenues contre des membres du groupe de la société civile Democracy hub parce qu’ils avaient participé à une manifestation contre l’exploitation minière illégale en septembre 2024. En février, des associations de journalistes ont appelé la police à enquêter sur l’agression, commise par des individus non identifiés, d’un journaliste qui effectuait un reportage sur des activités minières illégales. Le même mois, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une ONG internationale, a réclamé une enquête sur les agressions, commises cette fois encore par des individus non identifiés, ayant visé cinq journalistes qui couvraient les élections dans la région Ashanti.
En avril, le CPJ a appelé le chef de l’État à veiller à ce que justice soit rendue pour l’homicide du journaliste Ahmed Hussein-Suale Divela, commis en 2019, et à réformer les lois réprimant pénalement la diffusion de « fausses informations ». Trois journalistes ont été agressés lors d’élections locales en juillet. Des fonctionnaires de police étaient impliqués dans deux de ces agressions ; un policier a été suspendu et inculpé en lien avec l’un de ces faits.
Droits des femmes et des filles
Des mutilations génitales féminines (MGF) ont continué d’être pratiquées, en particulier dans les régions du Haut Ghana oriental, du Haut Ghana occidental et de Bono. Le Service de statistique du Ghana a annoncé qu’il envisageait d’utiliser des données émanant de la population, parallèlement aux enquêtes statistiques traditionnelles, pour obtenir des informations plus précises et en temps voulu sur les MGF, en particulier dans les régions isolées.
Une proposition de loi érigeant en infractions les accusations de sorcellerie et des actes connexes a de nouveau été soumise au Parlement en mars, mais elle n’avait toujours pas été adoptée à la fin de l’année. Cette année encore, des femmes accusées de sorcellerie ont subi des menaces, ont été attaquées physiquement, voire ont été tuées. Beaucoup ne pouvaient trouver la sécurité nulle part ailleurs que dans des camps situés dans les régions du Nord et du Nord-Est du Ghana. Ces camps offraient un refuge aux femmes qui en avaient besoin, mais les pouvoirs publics ne faisaient toujours pas le nécessaire pour garantir que l’accès à une nourriture suffisante, à un logement sûr, à l’eau potable et à des services de santé y soit assuré.
Droits des personnes LGBTI
En mars, des membres du corps législatif ont réintroduit devant le Parlement la proposition de loi relative aux droits humains en matière de sexualité et aux valeurs familiales. Prévoyant des peines d’emprisonnement pour les personnes s’identifiant comme LGBTI, celle-ci entendait sanctionner plus sévèrement les relations entre personnes de même sexe et visait les individus dont l’identité de genre différait des normes sociales traditionnelles. Ce texte, déjà adopté par le Parlement en 2024, était devenu caduc car le président de l’époque, Nana Akufo-Addo, avait refusé de le promulguer avant de quitter ses fonctions. Le Parlement ne l’avait toujours pas voté à la fin de l’année.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Le HCR s’est félicité de la décision du Ghana d’accorder d’emblée le statut de réfugié·e aux personnes demandeuses d’asile fuyant le conflit armé au Burkina Faso.
Le Ghana a accepté d’accueillir des ressortissant·e·s de pays d’Afrique de l’Ouest expulsés par les États-Unis. Cependant, au moins huit de ces personnes auraient été transférées en secret du Ghana vers le Togo et laissées sans papiers ni assistance.
Droit à la santé
Le Ghana a continué de renforcer son niveau de préparation aux situations d’urgence sanitaire, conjointement avec l’OMS. À la demande des pouvoirs publics, l’OMS a prêté un appui technique pour une évaluation externe de la sécurité sanitaire du pays, qu’elle a qualifiée d’« étape importante dans la démarche suivie par le pays pour améliorer la sécurité sanitaire ».
En janvier, une équipe conjointe multisectorielle d’intervention rapide en cas d’urgence dans le domaine de la santé publique, créée pour contenir les épidémies à leurs prémices, a été activée dès l’apparition d’un foyer de choléra qui prenait rapidement de l’ampleur : 948 nouveaux cas ont été signalés au cours des trois premières semaines de l’année et, en février, 50 décès avaient été enregistrés. Les mesures d’intervention ont été appuyées par une amélioration de l’assainissement et de la prévention et par une campagne de vaccination commencée fin 2024. En octobre, l’OMS a annoncé que les pouvoirs publics avaient endigué l’épidémie.
En février, à la suite des réductions de l’aide fournie à l’international par les États-Unis, le Ghana a accusé un déficit de financement de 156 millions de dollars des États-Unis, les recettes du secteur de la santé enregistrant une baisse de 78,2 millions de dollars. L’USAID fournissait des ressources essentielles en matière de santé maternelle et infantile, de prévention des maladies et d’accès aux soins médicaux en milieu rural. En mars, les pouvoirs publics ont pris des mesures pour combler le déficit de financement en déplafonnant la proportion des recettes publiques affectées au programme national d’assurance maladie.
En décembre, les services de santé du Ghana ont confirmé 947 cas de variole simienne (mpox) et six décès liés à cette maladie.
Droit à un environnement sain
La déforestation à grande échelle et les autres formes de dégradation des sols causées par l’extraction minière et l’exploitation forestière illégales menaçaient toujours l’environnement, de même que les activités des secteurs du cacao et du karité. En mars, les autorités ont lancé une initiative devant contribuer à restaurer des paysages dégradés et à améliorer la gestion des forêts. En juillet, elles ont confirmé leur volonté de combattre les activités minières illégales, qui continuaient de contaminer et de dégrader les sols et les ressources en eau. Les pouvoirs publics ont annoncé qu’au moins 1 486 mineurs illégaux avaient été arrêtés depuis janvier, et que des machines servant à l’extraction minière illégale avaient été saisies.
En avril, le Ghana a lancé le plus grand projet de panneaux solaires flottants en Afrique de l’Ouest, dans l’objectif de porter à 10 % la part des énergies renouvelables dans le pays à l’horizon 2030.
Droits économiques et sociaux
Les autorités ont adopté en avril la Charte mondiale pour la transparence des pêches dans l’optique de combattre la pêche illicite et la surpêche. En août, le président a promulgué la Loi relative à la pêche et à l’aquaculture. Ce nouveau texte visait à renforcer la pêche artisanale et à lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, notamment en élargissant la zone d’exclusion côtière.
Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.
Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.
Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.
Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.
Un rapport qui dérange celles et ceux qui agissent dans l’ombre.
Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.
Un rapport qui incarne la force de notre travail, qui permet d’établir des faits, de lutter contre les violations des droits humains partout dans le monde. Et qui donne des clés pour résister.
Nous sommes le plus grand mouvement mondial pour les droits humains.
Notre seul camp, les droits humains.
