Eswatini

/© Gianluigi Guercia/AFP/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Eswatini en 2025.

L’espace civique était fortement restreint. Les autorités ont utilisé la détention prolongée et des dispositions vagues relevant de la législation antiterroriste et pour punir leurs détracteurs. Un accord bilatéral avec les États-Unis a entraîné la détention arbitraire de ressortissant·e·s de pays tiers, qui étaient exposés au risque de « refoulement ». La police a interrompu une réunion d’un parti d’opposition. Personne n’a été amené à rendre de comptes pour l’exécution extrajudiciaire de l’avocat spécialiste des droits humains Thulani Maseko ni pour les atteintes aux droits humains commises par le passé en lien avec des manifestations. Les violences fondées sur le genre constituaient une préoccupation majeure pour de nombreuses personnes, mais la protection et le soutien accordés aux victimes restaient limités.

Contexte

L’Eswatini demeurait une monarchie absolue dirigée par le roi Mswati III ; les partis politiques, y compris le principal parti d’opposition, le Mouvement démocratique populaire uni (PUDEMO), y étaient interdits. Les tribunaux ont continué de juger des affaires liées au terrorisme découlant des manifestations en faveur de la démocratie de 2021-2022.

L’Eswatini est devenu l’un des pays africains ayant conclu un accord bilatéral prévoyant l’accueil de non-ressortissant·e·s expulsés des États-Unis (voir Personnes réfugiées ou migrantes).

Arrestations et détentions arbitraires

Mthandeni Dube a été libéré de prison le 5 novembre à la faveur d’une grâce royale. Les conditions de sa libération lui interdisaient d’échanger avec la presse, d’utiliser les réseaux sociaux et de participer à des rassemblements sociaux, entre autres, jusqu’à la fin de sa peine. Mthandeni Dube et Mduduzi Bacede Mabuza avaient été condamnés en juillet 2024 respectivement à 18 ans et 25 ans de réclusion, au titre de la Loi de 2008 relative à la répression du terrorisme (STA). Ces anciens députés étaient des prisonniers d’opinion, détenus pour avoir participé pacifiquement à des manifestations en 2021 afin de réclamer des réformes. Mduduzi Bacede Mabuza était toujours incarcéré à la fin de l’année.

Le 5 mai, la Cour suprême a débouté Menzi Bongeka Bhembe et Bonginkosi Bongo Nkambule de l’appel qu’ils avaient interjeté à la suite d’une décision de la Haute Cour rejetant leur demande de libération sous caution. Ces deux hommes avaient été arrêtés en janvier 2024 et inculpés en vertu de la STA en lien avec les manifestations prodémocratie de septembre 2022. Les autorités ont affirmé qu’ils avaient brûlé le drapeau du pays à l’université d’Eswatini et endommagé un véhicule de police à proximité de la capitale administrative, Mbabane. Tous deux se trouvaient toujours en détention provisoire à la fin de l’année.

Personnes réfugiées ou migrantes

Les États-Unis et l’Eswatini ont conclu un accord en vertu duquel 15 ressortissants de pays tiers résidant aux États-Unis ont été expulsés vers l’Eswatini, ce qui les exposait à un risque de détention arbitraire, de mauvais traitements et de « refoulement ». Tous ces hommes ont été placés en détention sans inculpation et privés de la possibilité de s’entretenir de façon confidentielle avec un·e avocat·e.

Le 16 juillet, à leur arrivée des États-Unis, Roberto Mosquera Del Peral, Kassim Saleh Wasil, Dung Tien Nguyen, Phone Chomsavanh et Orville Etoria ont été incarcérés au complexe correctionnel de Matsapha. Le 25 septembre, Orville Etoria a été rapatrié en Jamaïque, son pays de naissance, tandis que les autres sont restés en détention. Le 6 octobre, un deuxième vol transportant 10 hommes expulsés est arrivé en Eswatini. L’incarcération des personnes expulsées a suscité des critiques au sein de la communauté internationale, ainsi qu’au niveau régional de la part de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Celle-ci s’est dite préoccupée par le manque de transparence entourant l’accord et par l’absence de protections adéquates pour les personnes expulsées dans les pays d’accueil africains ayant conclu de tels accords.

Liberté de réunion pacifique

Le 29 mars, la police a interrompu et interdit une réunion du PUDEMO dans la ville de Manzini. Des membres de ce parti s’étaient réunis pour discuter de l’absence de réformes, de la répression persistante visant les personnes critiquant le régime, et de la stratégie du parti pour sa campagne à venir.

Droit à la vérité, à la justice et à des réparations

Aucune avancée crédible n’a été réalisée dans l’enquête sur l’exécution extrajudiciaire de l’avocat spécialiste des droits humains Thulani Maseko, perpétrée en janvier 2023. Les autorités n’ont pas publié de conclusions ni amené un quelconque auteur présumé à rendre des comptes. Par ailleurs, des manœuvres d’intimidation orchestrées par les autorités à l’encontre d’avocat·e·s indépendants et de juges ont continué d’être signalées.

L’impunité était toujours de mise pour les violations commises par les forces de sécurité lors des manifestations de juin 2021, et des groupes de défense des droits humains ont renouvelé leurs appels en faveur d’enquêtes indépendantes et de réparations pour les victimes et leurs familles.

Violences fondées sur le genre

Selon le réseau Afrobarometer, 41 % de la population de l’Eswatini estimait que les violences fondées sur le genre étaient le problème le plus important en matière de droits des femmes dans le pays. Afrobarometer a également souligné le risque persistant de violences sexuelles auquel étaient exposées les filles et les femmes. De leur côté, les autorités ne protégeaient pas suffisamment les femmes et les filles contre les violences et n’apportaient pas un soutien adéquat aux victimes.

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