Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Érythrée en 2025.
Le service militaire obligatoire à durée indéterminée, qui s’apparentait parfois à de l’esclavage, était toujours en vigueur. Des centaines d’Érythréen·ne·s qui avaient été renvoyés de force après avoir tenté de se réfugier dans d’autres pays ont fait l’objet d’une détention arbitraire à leur retour. Le droit à la liberté d’expression a été réprimé et on ignorait toujours ce qu’il était advenu de 27 personnes soumises à une disparition forcée en 2001. Cette année encore, les autorités n’ont pas enquêté sur des crimes de droit international commis dans le pays. Le mandat du rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Érythrée [ONU] a été renouvelé.
Travail forcé
Le pays a continué d’avoir recours au service militaire obligatoire à durée indéterminée, qui s’apparentait parfois à de l’esclavage. Celui-ci s’appliquait à toute personne âgée de 18 à 40 ans et était associé à de multiples violations des droits humains. Dans son rapport de mai adressé au Conseil des droits de l’homme [ONU], le rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Érythrée a indiqué que les autorités n’avaient pris aucune mesure pour en réformer le programme. Elles n’avaient notamment rien fait pour remédier aux conditions de service inhumaines ou dégradantes, lutter contre les viols et les autres violences sexuelles ou fondées sur le genre, et faire cesser la torture. Le rapporteur a signalé que les filles envoyées au tristement célèbre camp d’entraînement militaire de Sawa risquaient de subir des violences et du harcèlement sexuels de la part de responsables du camp. Il a en outre expliqué que la politique en vigueur exigeait que tous les élèves, y compris mineurs, terminent leur dernière année d’études secondaires au camp de Sawa, ce qui limitait leur accès à l’éducation.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Cette année encore, des centaines d’Érythréen·ne·s ont fui le pays, souvent en raison de la politique de conscription militaire, entre autres violations des droits humains. Selon des informations fiables provenant d’Éthiopie, plus de 600 Érythréen·ne·s qui avaient tenté de se réfugier dans ce pays ont, entre décembre 2024 et le 27 février 2025, été renvoyés de force en Érythrée, dont les autorités considéraient leur demande d’asile comme une preuve de trahison. Le rapporteur spécial a indiqué dans son rapport de mai (voir Travail forcé) qu’il avait reçu des informations crédibles selon lesquelles des personnes réfugiées ou demandeuses d’asile de retour en Érythrée après leur expulsion avaient été soumises à des interrogatoires, à des détentions arbitraires ou à une disparition forcée ou avaient été enrôlées pour une durée indéterminée.
Liberté d’expression et disparitions forcées
L’Érythrée a continué de restreindre sévèrement la liberté de la presse. L’interdiction frappant depuis 2001 tous les médias indépendants a été maintenue, de même que la pratique consistant à soumettre des journalistes, des personnalités politiques, des dignitaires religieux et d’autres dissident·e·s réels ou supposés à des disparitions forcées et à des arrestations et détentions arbitraires, entre autres violations. Cependant, le nombre exact de personnes soumises à ces mesures restait incertain.
On ignorait toujours ce qu’il était advenu de 11 membres du « Groupe des 15 », ou G-15, qui avaient été victimes de disparition forcée en 2001. Ce groupe de 15 personnalités politiques avait réclamé que le président Issayas Afeworki mette en œuvre le projet de Constitution et organise des élections libres. Seize journalistes accusés d’entretenir des liens avec le G-15 avaient également été arrêtés cette année-là et on était sans nouvelles d’eux depuis lors.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
En juillet, le Conseil des droits de l’homme [ONU] a voté à l’immense majorité contre la résolution portée par l’Érythrée qui visait à mettre fin au mandat du rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Érythrée. Le mandat du rapporteur a été renouvelé pour une année.
Les autorités n’ont pas pris de mesures pour donner suite aux recommandations de la Commission d’enquête sur les droits de l’homme en Érythrée [ONU], 10 ans après que son dernier rapport a révélé que des crimes de droit international avaient probablement été commis en Érythrée depuis 1991. Il s’agissait notamment de crimes contre l’humanité tels que l’esclavage, l’emprisonnement, les disparitions forcées, la torture, la persécution, le viol, le meurtre et d’autres actes inhumains. La Commission d’enquête avait également conclu que si l’Érythrée ne procédait pas à des réformes juridiques et institutionnelles appropriées, susceptibles de garantir l’administration de la justice et le respect de l’obligation de rendre des comptes pour ces crimes, des mesures devraient être prises au niveau international. Elle recommandait en particulier au Conseil de sécurité de saisir le Procureur de la CPI et aux États membres des Nations unies d’exercer leur compétence universelle pour enquêter sur les faits et, s’il existait des preuves suffisantes, poursuivre les personnes soupçonnées d’être responsables de crimes de droit international. Malgré ces conclusions et les constatations du rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Érythrée, justice n’avait pas encore été rendue et des crimes de droit international et d’autres violations graves étaient encore commis.
Plusieurs ONG internationales ont cette année encore demandé un renforcement du mandat du Conseil des droits de l’homme pour permettre la poursuite des enquêtes et le recueil d’informations supplémentaires sur les violations perpétrées.
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