Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Égypte en 2025.
Les autorités ont poursuivi des milliers de personnes en justice pour des infractions liées au terrorisme, souvent pour la seule raison qu’elles avaient exercé pacifiquement leurs droits humains. Des restrictions illégitimes étaient imposées aux ONG en matière d’accès aux financements, ce qui portait atteinte à leurs activités. Les forces de sécurité ont placé en détention des dizaines d’influenceurs et influenceuses sur la base d’accusations vagues en rapport avec la morale. Des hommes sont morts en détention à la suite d’actes de torture ou d’une négligence médicale, selon certaines informations. La police a arrêté des personnes qui exigeaient l’application du salaire minimum dans les usines dans lesquelles elles travaillaient. Des condamnations à mort ont été prononcées, y compris pour des infractions autres que des homicides volontaires, à l’issue de procès d’une iniquité flagrante. Des exécutions ont eu lieu. L’impunité demeurait la règle pour les graves atteintes aux droits humains commises en 2025 et au cours des années précédentes. Des femmes et des filles, des membres de minorités religieuses et des personnes LGBTI ont fait l’objet de discriminations et de poursuites judiciaires pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. Alors que le pays était toujours en pleine crise économique, les autorités n’ont pas protégé les droits économiques et sociaux ni apporté les ajustements nécessaires aux dispositifs de sécurité sociale. Le gouvernement a adopté de nouveaux textes de loi qui risquaient de mettre en péril le droit de millions de personnes à un logement convenable. Des réfugié·e·s originaires du Soudan et d’autres pays ont cette année encore été expulsés illégalement.
Contexte
Les taux de participation aux élections au Sénat et à la Chambre des représentant·e·s ont été respectivement de 17 % et 32,4 %. Les partis et candidat·e·s progouvernementaux ont remporté la majorité aux élections législatives, alors que des cas d’achat de votes, de fraude électorale et d’irrégularités de procédure ont été signalés et que de nouvelles opérations de vote ont dû être organisées dans de multiples circonscriptions où les résultats avaient été invalidés par les autorités.
Le bilan de l’Égypte en matière de droits humains a été examiné dans le cadre de l’EPU en janvier. Si le gouvernement a accepté quelques recommandations importantes, il s’est contenté de prendre note de nombreuses autres, qui concernaient notamment le recours excessif à la détention provisoire, les restrictions illégitimes imposées à la société civile et la discrimination à l’égard des minorités religieuses. En septembre, le président, Abdel Fattah al Sissi, a demandé pour la première fois qu’une stratégie nationale en matière de droits humains soit élaborée.
Le Conseil européen et le Parlement européen ont approuvé en juin l’octroi des quatre milliards d’euros restants sur la somme de cinq milliards d’euros que l’UE s’était engagée en 2024 à verser à l’Égypte au titre d’une assistance macrofinancière.
De grandes difficultés subsistaient sur le plan économique. La dette intérieure et extérieure représentait environ deux tiers de l’ensemble des dépenses inscrites au budget de l’État pour 2025-2026. L’inflation annuelle est passée de 23,4 % en décembre 2024 à 10,3 % en décembre 2025 ; plus particulièrement, les prix des denrées alimentaires et des boissons ont augmenté d’environ 0,9 %. Pour la cinquième année consécutive, le gouvernement n’a pas publié les chiffres de la pauvreté.
Le poste-frontière de Rafah, entre la bande de Gaza et l’Égypte, est resté fermé la plupart du temps.
Liberté d’association
Le gouvernement ne respectait pas le droit à la liberté d’association des organisations de la société civile indépendantes. Les autorités ont illégalement soumis leur enregistrement à un système d’autorisation, ont forcé, sans fondement juridique, des associations à se séparer de membres de leur personnel et de leur bureau exécutif et ont imposé des exigences intrusives et excessivement contraignantes en matière de reddition de comptes, plaçant de facto les associations sous surveillance constante. Des membres de l’Agence de sécurité nationale ont intimidé des employé·e·s et des responsables associatifs, alimentant un climat de peur et de répression. Cette année encore, les associations ont été soumises à de sérieuses restrictions concernant l’accès aux financements ou l’utilisation de services financiers.
À l’issue d’une procédure de 11 mois, l’Association pour la liberté de pensée et d’expression (AFTE, une organisation de défense des droits humains) a été autorisée, en mai, à accéder à des services bancaires. En novembre, cependant, deux subventions lui ont été refusées par les autorités, qui n’ont pas donné d’explications.
Le Centre d’assistance juridique pour les femmes égyptiennes (CEWLA), une organisation indépendante de défense des droits des femmes, a déclaré le 30 novembre que les autorités lui avaient refusé sans explication trois subventions pour des projets et n’avaient pas répondu à une quatrième demande de financement.
Liberté d’expression et de réunion
Les autorités ont continué de sanctionner pénalement l’expression de la dissidence et les réunions pacifiques, prenant pour cible des journalistes, des manifestant·e·s, des dissident·e·s et d’autres personnes qui critiquaient le bilan des autorités en matière de droits humains ou plaidaient en faveur d’un changement politique.
Le 2 janvier, l’opposant politique Hisham Kassem a appris via des sites d’information en ligne qu’il devait être entendu le 9 février dans le cadre d’une nouvelle affaire pénale pour répondre de « diffamation » et de « perturbation intentionnelle » à l’égard d’une ancienne ministre. Ces accusations étaient liées à une seule et même publication sur les réseaux sociaux, pour laquelle il avait été injustement condamné et emprisonné en 2024. En mai, un tribunal l’a condamné en son absence à six mois d’emprisonnement et une amende, lui laissant la possibilité de verser une caution pour suspendre l’exécution de la peine dans l’attente de l’appel.
Le 15 janvier, le service du procureur général de la sûreté de l’État a convoqué Hossam Bahgat, directeur général de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), pour un interrogatoire. Une enquête a été ouverte contre cet homme pour terrorisme et diffusion de fausses informations en lien avec une déclaration de l’EIPR au sujet de la dégradation des conditions de détention à la prison de la ville de Dix-de-Ramadan. Hossam Bahgat a été libéré sous caution.
Toujours le 15 janvier, le journaliste Ahmed Serag a été arrêté par les forces de sécurité. Il a été accusé d’infractions liées au terrorisme par le service du procureur général de la sûreté de l’État, qui a ordonné son placement en détention. Il a été remis en liberté le 5 juin dans l’attente des conclusions de l’enquête.
Le 16 janvier, des policiers en civil ont arrêté la journaliste Nada Mogheeth. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a ouvert une enquête contre elle sur la base d’accusations liées au terrorisme faisant suite à un entretien qu’elle avait accordé en décembre 2024 pour parler de son mari, le journaliste Ashraf Omar, qui était placé en détention. Elle a été libérée sous caution par la suite.
Entre le 10 et le 12 juin, les forces de sécurité ont arrêté deux hommes et une femme à leurs domiciles respectifs dans les gouvernorats du Caire et de Sharqiya, au motif qu’ils avaient soutenu la Marche vers Gaza, une initiative pacifique mondiale visant à briser le blocus à Gaza. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a ouvert des enquêtes contre eux pour des infractions liées au terrorisme et a ordonné leur placement en détention provisoire. Ils étaient toujours détenus arbitrairement à la fin de l’année. Les autorités ont aussi arrêté arbitrairement, puis expulsé, de nombreuses personnes étrangères qui étaient venues participer à la marche (voir Disparitions forcées et torture et autres mauvais traitements).
Les autorités ont lancé une campagne de répression contre les créateurs et créatrices de contenu sur les réseaux sociaux. En août et en septembre, les forces de sécurité ont arrêté des dizaines d’influenceurs et influenceuses en lien avec les contenus qu’ils et elles diffusaient sur TikTok, en recourant à des chefs d’accusation tels que l’« indécence » et l’« atteinte aux principes et valeurs de la famille ». Au moins un homme et deux femmes ont été condamnés par la justice à des peines de prison allant d’un à trois ans, ainsi qu’à des amendes.
Le 17 septembre, la police a arrêté le journaliste et chercheur Ismail al Iskandrani à un poste de contrôle du gouvernorat de Marsa-Matruh. Le même jour, le service du procureur général de la sûreté de l’État l’a accusé d’infractions liées au terrorisme pour des publications sur Facebook et a ordonné son placement en détention. Cet homme se trouvait toujours en détention provisoire à la fin de l’année.
Détentions arbitraires et procès inéquitables
Entre septembre 2024 et mai 2025, environ 6 000 personnes – dont des journalistes, des avocat·e·s et des défenseur·e·s des droits humains – ont été renvoyées sous des accusations de terrorisme devant des chambres spéciales chargées de juger les actes de terrorisme au sein des juridictions pénales, souvent au seul motif qu’elles avaient exercé leurs droits humains. En règle générale, ces tribunaux ne respectaient pas les garanties d’équité des procès et n’ordonnaient pas d’enquêtes sur les faits de violence signalés par les personnes détenues.
Le 19 février, un tribunal militaire a condamné cinq pêcheurs à un an de prison assorti d’une amende de 50 000 livres égyptiennes (environ 985 dollars des États-Unis). Ils étaient poursuivis par le parquet militaire pour pêche pendant une « période interdite » et entrée dans une zone militaire sans autorisation, parce qu’ils avaient pêché dans un lac du nord du Sinaï géré par une agence de développement relevant du ministère de la Défense.
Dans le cadre d’une grâce présidentielle, les autorités ont libéré le 22 septembre le militant britannico-égyptien Alaa Abdel Fattah, mettant fin à six ans d’emprisonnement injuste.
Le Parlement a approuvé le 16 octobre une version modifiée du projet de loi relatif au Code de procédure pénale. La version adoptée prévoyait de nouvelles alternatives à la détention provisoire, notamment l’imposition d’une mesure individuelle de couvre-feu, le placement sous bracelet électronique et l’assignation à domicile. En dépit de légères améliorations issues de propositions précédentes, ce texte n’était toujours pas conforme au droit international relatif aux droits humains, en particulier concernant le droit d’être assisté par un·e avocat·e pendant l’interrogatoire. Le président a promulgué cette loi en novembre.
Disparitions forcées et torture et autres mauvais traitements
Les forces de sécurité, dont l’Agence de sécurité nationale, ont continué de soumettre des personnes arrêtées pour des raisons politiques à la disparition forcée ou la détention au secret. La torture et d’autres formes de mauvais traitements étaient toujours couramment pratiquées dans les prisons, les postes de police et les centres gérés par l’Agence de sécurité nationale.
Entre la fin décembre 2024 et février 2025, les forces de sécurité ont arrêté arbitrairement au moins 55 hommes et quatre femmes qui avaient publié sur les réseaux sociaux des contenus critiques à l’égard du gouvernement. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a mis en accusation au moins sept de ces hommes pour des infractions liées au terrorisme et a ordonné leur placement en détention provisoire. Au moins quatre d’entre eux se trouvaient toujours en détention provisoire à la fin de l’année. Cinq hommes ont été détenus au secret par l’Agence de sécurité nationale pendant quatre à six semaines avant d’être déférés au service du procureur général de la sûreté de l’État. Deux autres hommes arrêtés dans le cadre de la même affaire ont été soumis à une disparition forcée, pendant 28 jours et 41 jours respectivement, dans des locaux de l’Agence de sécurité nationale tenus secrets. Quatre des hommes arrêtés ont indiqué aux procureurs que des membres de l’Agence de sécurité nationale les avaient insultés et battus ; deux autres ont affirmé avoir reçu des décharges électriques. Le 9 février, le militant et présentateur de télévision égypto-libyen Nasser al Hawari a été arrêté par des membres des forces de sécurité en civil devant chez lui, à Alexandrie. Soumis à une disparition forcée pendant 16 jours, il a finalement été libéré sans inculpation le 26 février.
Trois soutiens égyptiens de la Marche vers Gaza qui avaient été arrêtés entre le 10 et le 12 juin (voir Liberté d’expression et de réunion) ont été détenus au secret par les forces de sécurité dans des locaux de l’Agence de sécurité nationale dont la localisation n’a pas été révélée. Ils y ont été maintenus au secret pendant neuf à 10 jours, avant d’être déférés devant le service du procureur général de la sûreté de l’État. Au cours de son interrogatoire, l’un des hommes a déclaré que des membres de l’Agence de sécurité nationale l’avaient frappé et lui avaient infligé des décharges électriques sur les mains et d’autres parties du corps. Un autre a affirmé avoir été frappé par ces agents et forcé à se déshabiller complètement.
Entre le 10 et le 12 juin, les forces de sécurité ont détenu au secret pendant plus d’une journée un grand nombre de sympathisant·e·s étrangers de la Marche vers Gaza, puis les ont expulsés. Le traitement subi par Stefanie Crisostomo, une militante à la double nationalité croate et péruvienne qui a été menottée pendant son expulsion, lui a laissé des ecchymoses aux bras. Un homme a été frappé à coups de matraque au niveau du visage et du cou par la police au moment de son arrestation. Il a déclaré que l’un des policiers avait également tenté de lui enfoncer un doigt dans l’anus. Deux Norvégiens ont dit avoir été frappés au visage et à la poitrine par des membres de l’Agence de sécurité nationale.
Peine de mort
Des tribunaux pénaux, y compris ceux chargés des affaires de terrorisme, ont prononcé des condamnations à mort à l’issue de procès inéquitables. Parmi les infractions passibles de la peine capitale, certaines, comme le trafic de drogue et le viol, ne constituaient pas un « homicide volontaire », alors que le droit international et les normes y afférentes prévoyaient que le recours à ce châtiment devait se limiter à ce type de crime. Des exécutions ont eu lieu durant l’année.
Impunité
L’impunité restait la règle pour les homicides illégaux, la torture et les autres formes de mauvais traitements, les disparitions forcées et d’autres atteintes graves aux droits humains commises en 2025 et au cours des années précédentes, notamment les homicides illégaux d’au moins 900 sympathisant·e·s du président déchu Mohamed Morsi le 14 août 2013.
En juin, l’EIPR a déposé plainte auprès du ministère public pour demander qu’une enquête soit menée sur la mort de sept hommes détenus au poste de police d’al Omraniya, dans le gouvernorat de Guizeh, entre mars 2024 et mai 2025. Le parquet a classé la plainte, sans en donner les raisons.
En août, le site d’information indépendant Mada Masr a indiqué que trois hommes étaient morts en garde à vue dans les gouvernorats d’Alexandrie et de Qalyobiya, après que des actes de torture ou un refus de soins eurent été signalés. Toujours au mois d’août, le ministère de l’Intérieur a nié qu’un quatrième homme était mort en détention après avoir subi des tortures dans un poste de police de Guizeh. Aucune information n’a été rendue publique concernant d’éventuelles enquêtes sur ces décès en détention.
Les procureurs, en particulier ceux du service du procureur général de la sûreté de l’État, ont classé ou ignoré la plupart des plaintes pour torture déposées contre des fonctionnaires de police.
Le 11 janvier, les forces de sécurité ont arrêté Mohamed Allam au domicile d’un parent, dans le gouvernorat de Guizeh. Au cours des semaines précédentes, Mohamed Allam avait publié sur TikTok plusieurs vidéos critiquant le président, Abdel Fattah al Sissi. Avant de le déférer au parquet, les membres de l’Agence de sécurité nationale l’ont soumis à une disparition forcée pendant plus d’une semaine dans un centre de Guizeh. Mohamed Allam a déclaré aux procureurs que ces fonctionnaires l’avaient soumis à des chocs électriques et à des coups, et qu’ils lui avaient bandé les yeux pendant toute la durée de sa disparition forcée. En janvier, à la suite d’allégations faisant état de torture, un procureur du service du procureur général de la sûreté de l’État a demandé que Mohamed Allam passe un examen médicolégal, une démarche très rare dans ce type de dossier. À la fin de l’année, l’avocat de Mohamed Allam n’avait pas reçu l’autorisation des procureurs d’examiner ce rapport médicolégal.
Discrimination
Femmes et filles
Les femmes faisaient toujours l’objet de discriminations en droit et dans la pratique, notamment concernant le mariage, le divorce, la garde des enfants et les fonctions politiques. Attendue de longue date, la réforme de la Loi sur le statut personnel était au point mort et l’absence de consultation véritable des groupes indépendants de défense des droits des femmes suscitait des inquiétudes.
Au moins deux femmes et une fille ont été arrêtées arbitrairement et poursuivies en justice pour des accusations vagues en rapport avec la morale faisant suite à des contenus qu’elles avaient publiés sur TikTok.
Personnes LGBTI
Les autorités ont, cette année encore, harcelé et poursuivi en justice des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre réelle ou supposée.
Droits économiques et sociaux
La crise économique continuait d’avoir des conséquences sur les droits économiques et sociaux, notamment sur les droits à un niveau de vie suffisant et à la santé. L’État n’a pas respecté l’obligation lui incombant en vertu de la Constitution d’allouer au moins 3 % du PIB à la santé et 6 % à l’éducation.
Les sommes allouées aux programmes de transfert monétaire pour les personnes vivant dans la pauvreté ont augmenté dans le budget 2025-2026, mais restaient insuffisantes pour permettre une sortie de la pauvreté et pour bénéficier à toutes les personnes qui en avaient besoin, a indiqué l’EIPR. Depuis leur lancement en 2015, les programmes de transfert monétaire Takaful et Karama avaient bénéficié au total à 7,7 millions de personnes, a fait savoir la ministre de la Solidarité sociale en juillet 2025. Selon les chiffres les plus récents (2020), environ 30 millions de personnes étaient en situation de pauvreté.
Droits des travailleuses et travailleurs
Le 25 janvier, les forces de sécurité ont arrêté neuf ouvriers d’une entreprise textile qui avaient participé à une grève pour exiger l’application du salaire minimum, ainsi que d’autres droits. Le parquet les a accusés de perturbation délibérée de la production et d’incitation à la grève et au trouble à l’ordre public ; il a ordonné leur placement en détention provisoire pendant quatre jours. Libérés le 30 janvier sur décision d’un tribunal, ces hommes ont été licenciés par leur employeur.
En septembre, des membres de l’Agence de sécurité nationale ont convoqué cinq personnes qui travaillaient dans une entreprise du gouvernorat de Qena après leur participation à une grève en faveur de l’augmentation des primes annuelles et d’autres avantages. Quand les agents leur ont demandé de mettre fin à la grève, en leur promettant qu’ils transmettraient leurs revendications à la direction de l’usine, les grévistes ont obtempéré. Vingt-quatre heures après la fin du mouvement, l’usine a accepté de donner suite à certaines des revendications.
Droits en matière de logement
Le président Abdel Fattah al Sissi a promulgué en août une loi abrogeant les lois de 1977 et 1981 sur la location ; pour environ 1,6 million de foyers, le nouveau texte se traduisait concrètement par la fin de leur bail – qui datait parfois de plusieurs décennies. Ce texte prévoyait une période fixe de transition de cinq ans pour les locaux commerciaux et de sept ans pour les logements résidentiels, à l’issue de laquelle les anciens baux arriveraient à expiration et les loyers augmenteraient selon un pourcentage donné. Il accordait également aux locataires concernés un accès prioritaire aux logements résidentiels ou locaux commerciaux détenus par l’État qui étaient disponibles. Le décret décrivant le dispositif d’indemnisation n’était pas suffisamment clair sur le prix des loyers, laissant craindre que les locataires à faibles revenus n’aient pas les moyens de vivre dans les logements disponibles et que le programme ne soit pas accessible. Le gouvernement n’a pas mené de réelles consultations sur le dispositif d’indemnisation proposé.
Liberté de religion et de conviction
Les pouvoirs publics ont poursuivi leurs pratiques discriminatoires à l’égard des chrétien·ne·s, qu’ils ont privés de leur droit à des réparations après des cas de violences confessionnelles, en insistant pour que ces affaires soient résolues par l’intermédiaire de mécanismes coutumiers de réconciliation. À l’issue de telles procédures, il était courant que les victimes chrétiennes ne soient pas indemnisées de leurs pertes matérielles. Elles étaient même parfois chassées de l’endroit où elles vivaient.
Entre mars et mai, au moins 15 membres de la religion ahmadie de la paix et de la lumière ont été détenus arbitrairement, pour la seule raison qu’ils avaient exercé leur droit à la liberté de religion. L’Agence de sécurité nationale a soumis au moins trois d’entre eux à une disparition forcée pendant une période allant de 29 à 34 jours, avant de les déférer au parquet. Deux de ces hommes ont été torturés par des fonctionnaires de l’agence ; l’un a été frappé à coups de bâton et l’autre avec un objet métallique, et tous deux se sont vu administrer des décharges électriques sur les parties génitales.
En avril, des procédures spéciales des Nations unies ont envoyé une lettre d’allégation conjointe au gouvernement égyptien dans laquelle elles exprimaient leurs préoccupations concernant les discriminations visant la minorité baha’ie. Ses adeptes étaient notamment privés de l’accès à leurs cimetières, ils se voyaient refuser la délivrance de documents d’identité indiquant qu’ils étaient de confession baha’ie et se heurtaient à des problèmes de reconnaissance de leur mariage – et donc de leur état civil ; en outre, ils étaient la cible de harcèlement et de surveillance.
Le droit de construire ou de réparer des églises coptes continuait de faire l’objet de restrictions en application d’une loi de 2016 instaurant l’obligation d’obtenir une autorisation des services de sécurité et d’autres organes de l’État. Le gouvernement a annoncé en octobre que 3 613 églises avaient été légalisées sur les 5 540 demandes déposées depuis la promulgation de la loi.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Les autorités ont continué d’expulser illégalement des personnes réfugiées originaires du Soudan et d’autres pays, dont certaines étaient enregistrées auprès du HCR, ont indiqué l’EIPR et Refugees Platform in Egypt, des ONG indépendantes.
Le Premier ministre n’a pas pris les décrets d’application relatifs à la loi sur l’asile, qui auraient dû être publiés dans les six mois suivant la promulgation de cette loi, en décembre 2024. Par conséquent, le texte n’était pas appliqué dans la pratique et les droits des personnes réfugiées, en particulier leurs droits économiques et sociaux, n’étaient de ce fait pas protégés légalement.
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