Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Corée du Sud en 2025.
Des manifestations pacifiques en faveur des droits des personnes handicapées ont été considérées comme des infractions et des participant·e·s ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Un tribunal a jugé que les déclarations préalables exigées avant les rassemblements étaient excessives. L’imposition de la loi martiale à la fin de l’année 2024 a été déclarée inconstitutionnelle. Les objectifs de réduction des gaz à effet de serre fixés par le gouvernement étaient toujours inadaptés, mais un nouveau ministère disposant d’un mandat plus large pour lutter contre la crise climatique dans le pays a été créé. Une modification de la législation a été adoptée en vue de réduire les violences liées au genre facilitées par la technologie, mais des lacunes persistaient s’agissant de son application et de l’obligation de rendre des comptes. Une proposition de loi visant à dépénaliser l’avortement a été présentée. Les objecteurs de conscience étaient toujours obligés d’effectuer des services de remplacement d’une durée disproportionnée. Les personnes LGBTI se heurtaient à des obstacles pour obtenir la reconnaissance de leur identité de genre à l’état civil. Les personnes migrantes et certains groupes ethniques, en particulier originaires de Chine, subissaient des discriminations.
Contexte
En avril, la Cour constitutionnelle s’est prononcée à l’unanimité en faveur de la destitution du président, Yoon Suk-yeol, qui avait proclamé la loi martiale en décembre 2024. Des élections anticipées ont été organisées en juin. Elles ont été remportées par le candidat du Parti démocrate, Lee Jae-myung. Un procureur spécial a été désigné pour enquêter sur les membres du gouvernement précédent et les responsables militaires, afin de déterminer leur rôle dans l’imposition de la loi martiale.
La Corée du Sud a été frappée en mars par les pires feux de végétation de son histoire, qui ont tué 30 personnes et détruit par les flammes plus de 48 000 hectares de terrain. De juillet à septembre, des précipitations extrêmes ont occasionné d’importants dégâts dans l’ensemble du pays, tandis que l’été le plus chaud jamais enregistré a causé la mort de 16 personnes.
Liberté d’expression, d’association et de réunion
Dans une décision rendue le 7 mars, le tribunal administratif de Séoul a considéré que l’obligation de déclarer à l’avance et en personne dans un poste de police tout rassemblement en extérieur constituait une restriction excessive de la liberté de réunion. Le poste de police concerné par la plainte a fait appel auprès d’une juridiction supérieure, mais le jugement de première instance a été confirmé, autorisant les organisateurs et organisatrices à déclarer leurs rassemblements par d’autres moyens.
Le 18 mars, la Cour suprême a condamné Park Kyung-seok, coreprésentant de l’ONG Solidarité contre la discrimination liée au handicap, à quatre mois de prison et deux ans de mise à l’épreuve pour avoir organisé une manifestation pacifique en 2021. En septembre, un autre militant des droits des personnes handicapées a été condamné à un an d’emprisonnement et deux ans de mise à l’épreuve pour avoir percuté un membre des forces de l’ordre avec son fauteuil roulant lors d’une action de protestation menée en 2023 dans une station de métro de Séoul, la capitale. En novembre, une autre personne engagée dans la défense des droits des personnes handicapées a été arrêtée et accusée d’avoir agressé un fonctionnaire de police.
Dans un arrêt rendu en avril, la Cour constitutionnelle a jugé que la proclamation de la loi martiale en décembre 2024 était inconstitutionnelle et constituait une violation des libertés de conscience, de réunion et d’expression.
Droit à un environnement sain
Le Comité national de planification des politiques a proposé en août que la transition vers les énergies renouvelables fasse partie des priorités stratégiques quinquennales du gouvernement. Cependant, il n’a pas précisé les méthodes à mettre en œuvre pour mener à bien une transition équitable. Le gouvernement a maintenu à 40 % son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport au niveau de 2018, une cible moins ambitieuse que la baisse de 43 % préconisée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. En novembre, la Commission présidentielle sur la neutralité carbone et la croissance verte a fixé comme objectif à l’horizon 2035 une réduction des émissions comprise entre 53 et 61 % par rapport au niveau de 2018.
Le nouveau gouvernement a mis en place en octobre un ministère du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement qu’il a doté de compétences plus étendues que le précédent ministère de l’Environnement, afin de lui permettre d’agir face aux risques majeurs liés au climat auxquels était confronté le pays.
Violences fondées sur le genre
Les violences liées au genre facilitées par la technologie demeuraient un problème grave. Des réformes législatives ont été adoptées pour lutter contre les contenus hypertruqués (deepfakes) générés par l’intelligence artificielle. La Loi sur la prévention des violences sexuelles et la protection des victimes a notamment été modifiée en ce sens. Les nouvelles dispositions donnaient aux autorités nationales des moyens supplémentaires pour procéder au retrait de contenus perpétuant la violence liée au genre facilitée par la technologie, notamment les enregistrements illégaux et les données personnelles des victimes. L’application du texte restait toutefois limitée et les plateformes étaient rarement amenées à rendre des comptes, ce qui laissait les victimes sans recours véritablement adapté.
Droits des femmes et des filles
Le nouveau gouvernement a nommé en septembre une ministre de l’Égalité des genres et de la Famille, poste qui était vacant depuis février 2024. Il a également annoncé une restructuration administrative du ministère, dont les compétences ont été élargies pour lui permettre de fournir aux enfants et aux jeunes une plus grande aide en faveur de l’épanouissement personnel, et aux femmes de meilleurs mécanismes de protection contre les menaces physiques et en ligne, notamment les violences liées au genre facilitées par la technologie et les violences entre partenaires intimes.
Droits sexuels et reproductifs
Une proposition de loi visant à complètement dépénaliser l’avortement, à garantir une couverture de l’acte par l’assurance maladie nationale et à rendre les pilules abortives disponibles au public a été déposée en juillet à l’Assemblée nationale. En août, le Comité national de planification des politiques a classé l’accès à ces médicaments parmi les priorités stratégiques quinquennales du gouvernement, mais n’a établi aucune feuille de route concrète pour atteindre cet objectif.
Droits des personnes LGBTI
En août, le tribunal de district de Séoul a statué que la reconnaissance juridique du genre pouvait être fondée sur l’autodétermination, sans intervention médicale d’affirmation de genre. Cependant, les personnes engagées dans cette procédure faisaient face à des obstacles financiers, physiques et psychosociaux causés par l’absence de véritable loi nationale sur la reconnaissance de l’identité de genre à l’état civil.
Liberté de religion et de conviction
Les objecteurs de conscience étaient toujours obligés d’effectuer un service de remplacement punitif de 36 mois (soit deux fois la durée du service militaire) dans des établissements pénitentiaires placés sous contrôle militaire. La durée excessive de ce service, ses conditions s’apparentant à une détention et son manque d’indépendance envers l’armée constituaient des atteintes aux libertés de pensée, de conscience, de religion et de conviction, ainsi qu’aux droits au travail, à la vie de famille et à la vie culturelle.
Discrimination
Les discriminations et violences subies par les travailleuses et travailleurs migrants demeuraient un motif de préoccupation, notamment les restrictions au changement d’emploi, les vols de salaire, les accidents industriels mortels et la violence verbale et physique. Selon des informations parues dans la presse, un travailleur migrant sri-lankais a été soumis à des violences physiques sur son lieu de travail par son responsable en février, dans une usine de briques de la ville de Naju (province de Jeolla du Sud). Le président, Lee Jae-myung, a condamné la discrimination et la violence à l’égard des travailleuses et des travailleurs migrants et a ordonné la mise en place de mesures fermes pour éviter que de tels faits se reproduisent. L’agresseur a été poursuivi en justice et sanctionné pour violences au travail.
Des rassemblements xénophobes hostiles aux Chinoises et aux Chinois se sont tenus tout au long de l’année dans des zones abritant une proportion importante de personnes de cette nationalité. Cela a par exemple été le cas dans les quartiers séouliens de Daerim-dong et Myeong-dong, où des discours de haine ont à de nombreuses reprises visé des ressortissant·e·s chinois, y compris d’origine coréenne.
En mai, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale [ONU] a exprimé ses préoccupations quant à la hausse, en ligne et hors ligne, des discours de haine et de l’incitation à la discrimination en Corée du Sud. Il a recommandé un certain nombre d’actions pour interdire les discours de haine raciste, notamment par la mise en place de campagnes d’éducation publique afin de lutter contre les préjugés et l’hostilité à l’égard des personnes migrantes, demandeuses d’asile ou réfugiées.
Le gouvernement a annoncé en juillet une politique de « tolérance zéro » envers les violences, les discriminations et les atteintes aux droits humains contre les groupes marginalisés, notamment les travailleuses et travailleurs étrangers. Il a officiellement reconnu la nécessité d’améliorer les systèmes et pratiques en la matière.
Responsabilité des entreprises
En mai, le fabricant sud-coréen d’équipements lourds HD Hyundai a affirmé n’être « impliqué dans aucune activité » dans le Territoire palestinien occupé, malgré les recherches d’Amnesty International ayant révélé des envois, entre 2021 et 2023, de pelleteuses qui, sur la base d’éléments fiables, ont été associées à des démolitions illégales. En juin, une proposition de loi modifiée sur la protection des droits humains et de l’environnement pour une gestion d’entreprise durable a été déposée à l’Assemblée nationale. Elle visait à obliger les entreprises à répondre des violations des droits humains et des atteintes à l’environnement commises dans leurs chaînes d’approvisionnement grâce à l’application de mesures de diligence raisonnable en matière de droits humains. En juillet, après des critiques émises au sujet des pratiques d’approvisionnement des batteries de ses véhicules électriques, Hyundai Motors a publié un rapport sur la durabilité décrivant sa stratégie pour élargir la portée des évaluations en la matière et y intégrer les fournisseurs de catégorie 2, et étendre sa politique relative aux minerais responsables.
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