Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Corée du Nord en 2025.
Le gouvernement conservait la mainmise totale sur tous les aspects de la vie et restreignait fortement la liberté d’expression et le droit de circuler librement. La surveillance s’est poursuivie et la diffusion de médias étrangers était sanctionnée. La détention arbitraire, le placement en camp pénitentiaire politique et le recours à la torture étaient des pratiques persistantes, et la peine de mort était appliquée sans transparence. Les personnes qui fuyaient le pays risquaient d’être arrêtées et soumises à des mauvais traitements si elles étaient renvoyées en Corée du Nord. Des informations ont fait état d’une situation d’insécurité alimentaire, d’un manque de soins de santé et d’un accès limité à l’éducation, tandis que les autorités continuaient d’imposer de sévères restrictions à l’aide humanitaire internationale. Les personnes en situation de handicap étaient en butte à une discrimination systémique, à des violences et à des mauvais traitements.
Contexte
Sous le régime en place de Kim Jong-un, les autorités ont cherché à resserrer leurs liens militaires et économiques avec la Russie et la Chine, comme en témoigne le soutien militaire apporté à la Russie dans la guerre en Ukraine. Bien que les responsables nationaux aient accru leur visibilité diplomatique, notamment en participant à des commémorations à l’étranger comme le défilé du Jour de la Victoire en Chine, la population à l’intérieur du pays restait isolée en raison de restrictions persistantes de la liberté de circulation et des contacts indépendants avec les institutions et acteurs internationaux. Les besoins humanitaires étaient toujours considérables, mais les organismes des Nations unies et les organisations humanitaires, en particulier leur personnel étranger, n’avaient que très peu accès au terrain.
Liberté d’expression
La liberté d’expression demeurait soumise à de fortes restrictions. Les autorités utilisaient la législation, la surveillance et des campagnes idéologiques pour empêcher tout contact avec le monde extérieur. La censure était toujours pratiquée, sur la base de la Loi sur le rejet de l’idéologie et de la culture réactionnaires et de la Loi sur la protection de la langue culturelle de Pyongyang.
Il s’avérait pratiquement impossible d’accéder à des informations venant de l’étranger : les programmes des radios étrangères étaient brouillés et les personnes qui vivaient près de la frontière chinoise étaient sous haute surveillance policière. Des opérations de fouille systématique d’habitations, sans notification préalable ni mandat de perquisition, ont été menées cette année encore. Les agent·e·s cherchaient des téléphones portables, périphériques de stockage de données et supports imprimés susceptibles de receler des contenus « antisocialistes ». Les établissements scolaires et les universités étaient toujours étroitement surveillés par les autorités. Des appareils dans lesquels se trouvaient des contenus de médias étrangers – notamment sud-coréens – interdits ont été confisqués à des élèves, lesquels ont été exclus ou placés en centre de détention pour mineurs. Les enseignant·e·s avaient l’ordre de dispenser des cours empreints d’idéologie politique, dans lesquels l’intérêt pour la culture étrangère était assimilé à une trahison. Dans d’autres cadres professionnels, les responsables devaient surveiller leurs subalternes et signaler tout écart. La surveillance numérique était toujours d’actualité et ciblait en particulier les jeunes qui essayaient de contourner les restrictions.
Le HCDH a indiqué que les autorités avaient renforcé la surveillance des communications et des activités culturelles de la population et imposaient des peines sévères pour la diffusion de médias étrangers. Les personnes accusées d’avoir diffusé des films sud-coréens et autres films étrangers risquaient de lourdes sanctions. Le cas d’un homme exécuté pour avoir fait circuler de la musique et des films étrangers a ainsi été signalé. Les militaires sur qui l’on trouvait du matériel étranger étaient eux aussi punis.
Arrestations et détentions arbitraires
La détention arbitraire était toujours l’élément central du système de contrôle mis en œuvre par les autorités. Des personnes qui s’étaient évadées d’un lieu de détention et avaient fui le pays ont fait état de légères améliorations des conditions de détention et des procédures de plainte, mais la crainte de représailles persistait et les conditions d’incarcération restaient dans l’ensemble très dures. Des personnes accusées d’infractions politiques, y compris d’avoir accédé à des médias étrangers ou tenté de quitter le pays, ont été placées en détention en l’absence de garanties juridiques, notamment de procès équitable. Les familles des personnes détenues étaient laissées dans l’ignorance du sort de leurs proches. Ces détentions s’apparentaient donc à des disparitions forcées.
Selon les informations recueillies, les camps pénitentiaires politiques continuaient de fonctionner. Les conditions de détention y étaient constitutives d’un traitement cruel, inhumain ou dégradant. Les personnes détenues étaient soumises au travail forcé, ne recevaient pas de nourriture en quantité suffisante et subissaient de lourdes punitions.
Les Nations unies ont recueilli des informations établissant que la torture et d’autres mauvais traitements (coups et privation de sommeil, notamment) étaient utilisés lors des interrogatoires pour extorquer des « aveux ». Des personnes qui s’étaient évadées ont déclaré avoir fait des « aveux » sous la contrainte et s’être vu infliger des mauvais traitements les laissant avec des séquelles physiques et psychologiques. Il était impossible de vérifier les conditions d’incarcération car les observateurs·trices indépendants n’étaient pas autorisés à se rendre dans les lieux de détention.
Peine de mort
Selon les informations recueillies cette année, la peine de mort continuait d’être imposée pour des infractions n’entrant pas dans la catégorie des « crimes les plus graves » qui seuls, au regard du droit international, pouvaient emporter la peine capitale. Les procédures manquaient toujours de transparence et les droits des prévenu·e·s à un procès équitable étaient bafoués. Les exécutions avaient régulièrement lieu en public. Des personnes, y compris des mineur·e·s, se sont vues contraintes d’y assister ; dans d’autres cas, la population devait en écouter le compte rendu pendant des réunions de quartier obligatoires.
Droit de circuler librement
Les autorités ont maintenu de sévères restrictions de la liberté de se déplacer à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les déplacements entre provinces étaient soumis à une autorisation de circulation et des contrôles stricts étaient effectués aux points de passage. La mobilité était d’autant plus limitée que les contrôles aux frontières ont été renforcés, ce qui entravait également le passage de l’aide humanitaire. Les personnes ayant fui le pays qui étaient renvoyées de force depuis la Chine risquaient d’être arrêtées, torturées ou soumises à d’autres mauvais traitements.
Droits économiques, sociaux et culturels
L’UNICEF a fait état de campagnes de vaccination menées en février et en juin auprès de plus de deux millions d’enfants. Tous les enfants nés avant 2025 étaient désormais complètement vaccinés. L’UNICEF a soutenu des programmes dans le domaine de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène qui devaient toucher 48 000 personnes dans trois provinces au total. Des kits d’hygiène devaient notamment leur être distribués pour les situations d’urgence. Toutefois, le personnel des organisations internationales faisait toujours l’objet d’interdictions d’entrée dans le pays, ce qui limitait les possibilités de superviser les opérations.
Les services de santé ne disposaient toujours pas de ressources suffisantes. De nombreux hôpitaux manquaient d’équipements et de médicaments de base, ce qui contraignait le personnel à travailler avec très peu de moyens. Il n’était pas rare que les familles doivent fournir les médicaments et les draps pour leur proche hospitalisé.
L’insécurité alimentaire chronique demeurait très répandue. Alors qu’en début de saison les conditions météorologiques avaient été favorables aux semis, les pénuries d’engrais, les restrictions en matière de carburant et la vétusté des équipements ont freiné la production agricole ; celle-ci a également souffert de chocs climatiques récurrents. Les populations des zones rurales ont connu de graves difficultés à cause de la défaillance du système public de distribution alimentaire ; aucun contrôle indépendant n’a été autorisé. Selon l’UNICEF, entre janvier et juin, les programmes mis en place au niveau local ont permis de venir en aide à 18 444 enfants souffrant de malnutrition, dont 7 728 étaient dans un état grave, mais les besoins étaient largement supérieurs aux ressources disponibles.
L’accès à l’éducation était entravé, car la pénurie de combustible de chauffage et de manuels scolaires dans les écoles rurales limitait la présence des élèves et leur apprentissage.
Droits des personnes en situation de handicap
Les personnes en situation de handicap continuaient de faire face à des obstacles et à une discrimination structurelle qui les empêchaient d’accéder à l’éducation, aux services de santé et à l’emploi. Elles étaient très souvent traitées comme des parias, et aucune politique n’était en place pour garantir des aménagements satisfaisants.
Dans le cadre de son examen périodique, le Comité des droits des personnes handicapées [ONU] a fait remarquer que les enfants en situation de handicap étaient exclus des écoles ordinaires et placés dans des environnements d’apprentissage séparés qui ne disposaient pas de moyens suffisants. L’accès aux services de santé, notamment aux médicaments et aux appareils fonctionnels, était limité, en particulier en dehors de la capitale, Pyongyang. Les possibilités d’emploi étaient également restreintes, car aucune loi n’imposait de mesures contre la discrimination.
Selon certaines informations, des personnes ayant un handicap intellectuel ou psychosocial étaient placées contre leur gré dans des institutions où les négligences et l’absence de contrôle étaient patentes. Le Comité des droits des personnes handicapées a demandé instamment à la Corée du Nord d’adopter une législation complète, de garantir une éducation et des prestations de soins de santé inclusives et d’interdire le placement forcé en institution.
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