Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Congo en 2025.
Les droits humains ont été restreints à l’approche de l’élection présidentielle de 2026. Des manifestations publiques ont notamment été interdites. Des responsables de l’opposition ont été maintenus en détention arbitraire. Des organisations de la société civile ont dénoncé des conditions de détention inhumaines. Cette année encore, des femmes et des filles ont été victimes de violences fondées sur le genre, dont les auteurs ont bénéficié de l’impunité. Le droit à un environnement sain a été mis en danger par les activités de certaines entreprises. L’insécurité alimentaire demeurait une question pressante.
Contexte
Les tensions politiques se sont intensifiées à l’approche de l’élection présidentielle, prévue en mars 2026. L’inflation s’est aggravée en raison de la hausse des prix due aux importations. En juin, des pluies anormalement fortes ont causé au moins sept décès à Brazzaville, ce qui a mis en lumière la vulnérabilité de la capitale face à de tels événements. Selon des travaux de recherche scientifique, il existait une probabilité accrue que des pluies plus fortes que la moyenne et des épisodes de précipitations quotidiennes extrêmes se produisent à cause du changement climatique.
Liberté d’expression, d’association et de réunion
Le 11 mai, Lassy Mbouity, dirigeant du parti politique d’opposition Les Socialistes congolais et candidat à l’élection présidentielle de 2026, a été enlevé à Brazzaville par des hommes armés et encagoulés. Il a été retrouvé le 20 mai, dans un état critique. En juin, la Fédération internationale pour les droits humains et l’Observatoire congolais des droits de l’homme ont condamné les interdictions répétées de manifestations publiques prévues par des organisations de la société civile et des partis d’opposition, et dénoncé le manque de représentation de ces entités dans les médias publics. À la fin de l’année, les autorités n’avaient toujours pas donné suite aux demandes de la société civile en faveur d’une loi pour la protection des défenseur·e·s des droits humains.
Détention arbitraire
Le problème de la détention arbitraire restait d’actualité, et les anciens candidats à l’élection présidentielle Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa en faisaient toujours les frais. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire [ONU] avait conclu en 2018 que leur détention était arbitraire et demandé aux autorités de procéder à leur remise en liberté immédiate et de leur accorder des réparations, mais, à la fin de l’année, ces recommandations n’avaient toujours pas été appliquées.
Conditions de détention inhumaines
Le 23 mai, des détenus se sont évadés du site de l’ancienne Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) de Texaco la Tsiémé (Brazzaville), un bâtiment administratif reconverti en centre de détention de fortune dans le cadre d’une opération visant à combattre le banditisme chez les jeunes. Le procureur de la République a déclaré qu’un peu plus de 50 détenus s’étaient évadés en forçant les portes de leur cellule sous une pluie battante. Six personnes auraient été tuées par les forces de police et huit hospitalisées. Des organisations de la société civile, dont le Centre d’actions pour le développement (CAD) – une ONG locale – et une coalition congolaise, ont condamné ce recours excessif et disproportionné à la force meurtrière, et ont décrit le centre CNSS-Texaco la Tsiémé comme un lieu de détention illégal et inhumain. Elles ont demandé l’ouverture d’une enquête indépendante et la fermeture du centre, mais les autorités n’ont pas donné suite.
En mai, Ngayo Abed Négo est mort en détention dans des circonstances suspectes dans le district de Ngo (département des Plateaux). Les autorités ont initialement décrit son décès comme un suicide par pendaison en garde à vue. Elles ont déployé des renforts policiers pour rétablir l’ordre après que des manifestant·e·s ont incendié le poste de police de Ngo. Aucune annonce publique n’a été faite au sujet d’une éventuelle enquête indépendante et le corps de Ngayo Abed Négo a été rapidement restitué à sa famille, sans autopsie.
Droits des femmes et des filles
Lors de son examen périodique, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes [ONU] a exprimé ses vives préoccupations quant au grand nombre de femmes et de filles touchées par les violences fondées sur le genre, notamment parmi les femmes et les filles en situation de handicap et les femmes autochtones. Par ailleurs, le Comité a insisté sur la culture du silence entourant ces violences, sur les obstacles (croyances discriminatoires, normes culturelles) qui empêchaient les victimes de signaler les faits, et sur la tendance de la population à résoudre ces problèmes de manière informelle au sein des familles ou des communautés plutôt que de les porter officiellement devant la justice.
Droit à un environnement sain
En 2024, la ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo a ordonné la fermeture de l’usine de recyclage de batteries de Metssa Congo dans le quartier de Vindoulou (Pointe-Noire), après que des habitant·e·s se sont plaints de risques de contamination et d’exposition à des résidus de plomb. Lors d’une réunion avec les habitant·e·s le 11 janvier, la ministre a promis des examens médicaux plus poussés et une indemnisation. Cependant, à la fin de l’année, les autorités n’avaient pris aucune mesure pour fournir les soins médicaux nécessaires ou des réparations.
Selon la Fondation Rainforest Royaume-Uni, Earth Insight et le CAD, les autorités ont approuvé l’expansion de l’exploration pétrolière dans le parc national de Conkouati-Douli. La concession de Niambi a été approuvée le 18 avril, après l’octroi de la licence pour la concession de Conkouati le 8 février 2024. Ces deux concessions empiétaient sur plus de la moitié des terres du parc et près de 90 % de ses zones humides. Les ONG ont mis en garde contre le fait que ces permis menaçaient des habitats essentiels, bafouaient les lois et les engagements internationaux du pays en matière de conservation, et compromettaient les moyens de subsistance de quelque 7 000 habitant·e·s du parc. Elles ont demandé l’interdiction immédiate des activités extractives dans le parc et l’annulation des permis.
Droit à l’alimentation
Selon les estimations du Programme alimentaire mondial (PAM), environ une personne sur trois dans le pays était en situation d’insécurité alimentaire : 29,3 % à un niveau modéré et 4 % à un niveau grave. Parmi les enfants de moins de cinq ans, 5,2 % souffraient de malnutrition aiguë et 19,6 % de malnutrition chronique. Ces chiffres ont mis en évidence les carences actuelles en matière de qualité de l’alimentation et d’accès aux services de base.
L’aide alimentaire dans le pays a subi de graves déficits de financement. Le PAM signalait en mars que jusqu’à 47 % de ses besoins n’étaient pas financés. Le HCR a indiqué en juillet que ses activités n’étaient financées qu’à hauteur de 14 %, ce qui laissait un déficit de 86 % dans le domaine de l’aide aux personnes réfugiées et aux populations d’accueil.
Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.
Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.
Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.
Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.
Un rapport qui dérange celles et ceux qui agissent dans l’ombre.
Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.
Un rapport qui incarne la force de notre travail, qui permet d’établir des faits, de lutter contre les violations des droits humains partout dans le monde. Et qui donne des clés pour résister.
Nous sommes le plus grand mouvement mondial pour les droits humains.
Notre seul camp, les droits humains.
