Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Bolivie en 2025.
Les défenseur·e·s des droits environnementaux ont fait l’objet d’attaques, de persécutions et de poursuites judiciaires. La déforestation, les incendies et l’exploitation minière polluaient l’environnement et mettaient en danger les droits humains, en particulier ceux des peuples autochtones. Les personnes détenues souffraient de la surpopulation carcérale et de l’insécurité. Des massacres risquaient de rester impunis. Des féminicides et des infanticides ont été recensés.
Contexte
Rodrigo Paz a été élu président en octobre. Les violences perpétrées pendant la période préélectorale ont fait huit morts, dont quatre policiers.
En décembre, le président sortant, Luis Arce, a été arrêté dans le cadre d’une enquête pour corruption.
Le pays a traversé une grave crise économique, marquée par le plus haut taux d’inflation en glissement annuel depuis 2008. Le prix des denrées alimentaires et des produits de base a fortement augmenté.
Lors de son quatrième EPU, la Bolivie a rejeté des recommandations relatives aux réglementations restreignant l’espace civique.
Défenseur·e·s des droits humains
Les autorités n’assuraient toujours pas la protection des défenseur·e·s des droits humains, qui continuaient de faire l’objet de menaces, de persécutions et d’attaques. Celles-ci visaient en particulier les populations autochtones et paysannes qui défendaient le territoire, la terre et l’environnement contre les répercussions négatives de l’exploitation minière et des activités liées aux hydrocarbures.
La criminalisation de la défense de l’environnement s’est accrue. Douze personnes qui œuvraient à la protection de la réserve nationale de la faune et la flore de Tariquía ont été inculpées. D’après les services du défenseur des droits, elles ont également été la cible de manœuvres d’intimidation judiciaire, d’actes de harcèlement et de menaces.
Droit à un environnement sain
Le changement climatique a accentué la déforestation, les incendies et les modifications des régimes pluviométriques, ce qui n’a fait qu’aggraver les pénuries d’eau et affaiblir les écosystèmes, la sécurité alimentaire et le droit à l’eau.
Selon des organisations de la société civile, les activités d’extraction polluaient l’eau et portaient atteinte aux droits humains. Une étude menée par le Centre de documentation et d’information de Bolivie, en collaboration avec d’autres institutions, a révélé que les femmes autochtones d’Amazonie présentaient des niveaux élevés de mercure dans le corps, conséquence de la consommation de poissons contaminés par l’exploitation minière. Sur 10 personnes soumises à cette étude, neuf présentaient un taux plus élevé que le niveau maximum recommandé et trois sur quatre présentaient un risque cardiovasculaire.
Droits des peuples autochtones
Les projets d’extraction continuaient de se développer sur les territoires des peuples autochtones, sans que ces derniers soient consultés, ou selon des procédures qui ne respectaient pas les critères de consentement préalable, libre et éclairé.
Droits des personnes détenues
Les services du défenseur des droits ont attiré l’attention sur la surpopulation carcérale. Le pays comptait plus de 33 000 personnes incarcérées, pour environ 16 000 places. Des défaillances ont également été signalées sur le plan de la santé, de l’alimentation et de la sécurité. En septembre, 15 morts violentes avaient été recensées dans les prisons.
Droit à un procès équitable
L’indépendance de la justice était toujours source de préoccupations. Le ministère public a inculpé de corruption, trafic d’influence et crime organisé les membres d’un réseau de juges, d’avocat·e·s et de fonctionnaires au motif qu’ils auraient tenté d’évincer une magistrate. À la fin de l’année, quatre d’entre eux, dont un ancien ministre, avaient été arrêtés.
Impunité
La Commission interaméricaine des droits de l’homme et le HCDH ont alerté sur le fait que les massacres de Senkata et Sacaba risquaient de rester impunis. Les procédures engagées contre des membres de la police et de l’armée poursuivis pour les graves atteintes aux droits humains commises dans le cadre de ces massacres en 2019 ont été déclarées nulles en septembre. La Bolivie n’avait toujours pas signé ni ratifié la Convention de Ljubjana-La Haye.
Droits des femmes et des filles
Le ministère public a recensé 81 féminicides et 29 infanticides. La Loi no 1639, qui interdisait le mariage précoce des personnes de moins de 18 ans, est entrée en vigueur en septembre. Jusque-là, la pratique du mariage des enfants exposait les filles à des violences, à des grossesses précoces et à l’abandon scolaire.
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