Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Azerbaïdjan en 2025.
Le gouvernement a cette année encore réprimé toute forme de dissidence. Des centaines de personnes sont restées emprisonnées pour des motifs fallacieux et de nature politique. Les ONG indépendantes et les associations citoyennes faisaient l’objet de sévères restrictions. Des manifestations pacifiques ont été réprimées. La torture et les autres mauvais traitements restaient monnaie courante, de même que l’impunité des auteur·e·s de tels actes. Les femmes et les personnes LGBTI étaient toujours en butte à des actes de discrimination, à des violences fondées sur le genre et au harcèlement exercé par les pouvoirs publics.
Contexte
Malgré la détérioration de la situation en matière de droits fondamentaux dans le pays, l’Azerbaïdjan a continué de renforcer ses relations avec les États-Unis et l’Union européenne. Un accord de paix avec l’Arménie négocié sous l’égide des États-Unis a été signé au mois d’août. Il visait à mettre un terme au conflit qui opposait depuis des années les deux États voisins au sujet du Haut-Karabakh.
Liberté d’expression
Le gouvernement a cette année encore réprimé toute forme de dissidence. Plus de 300 personnes, dont des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes, des universitaires et des personnalités d’opposition, étaient toujours emprisonnées pour des motifs fallacieux et de nature politique.
Les modifications apportées à la Loi de 2022 sur les médias ont généralisé à tous les organes de presse l’obligation de s’enregistrer et habilité l’Agence de développement des médias à bloquer arbitrairement les sites Internet, à supprimer des contenus et à fermer d’office les bureaux locaux de médias étrangers qui ne seraient pas en conformité avec la législation. Ces nouvelles dispositions sanctionnaient par ailleurs pénalement la diffusion de « fausses informations », dont la définition restait vague, imposaient des contraintes administratives arbitraires aux agences de presse et interdisaient la publication de tout titre de la presse écrite ne figurant pas dans le registre des médias.
Le service azerbaïdjanais de la BBC a suspendu en février ses activités, après le blocage par les autorités de la procédure d’obtention de licence le concernant. Ces dernières ont déclaré en octobre que ce service avait fonctionné de manière illégale. L’agence de presse TURAN, l’un des derniers organes de presse indépendants, a également fermé en février.
Les autorités ont imposé des interdictions de déplacement visant à restreindre les activités de la presse. Au moins 40 militant·e·s de la société civile et journalistes ont fait l’objet de telles mesures, sans le moindre préavis.
Arrestations et détentions arbitraires
Les journalistes qui travaillaient sur la corruption ou les atteintes aux droits humains ont été particulièrement pris pour cible. Des poursuites ont été engagées contre un certain nombre d’entre eux sur la foi d’accusations fallacieuses allant de la contrebande au blanchiment de capitaux, en passant par la fraude fiscale ou l’« entrepreneuriat illégal ». Une trentaine de journalistes se trouvaient toujours emprisonnés ou en détention provisoire prolongée.
Ulvi Hasanli, Sevinc Vagifgizi, Nargiz Absalamova, Elnara Gasimova et Mahammad Kekalov, journalistes à Abzas Media, ainsi que deux de leurs confrères, Farid Mehralizada et Hafiz Babali, ont été condamnés en juin, à l’issue de procès inéquitables, à des peines allant jusqu’à neuf ans d’emprisonnement pour contrebande de devises et faux et usage de faux.
Les journalistes Ramin Deko, Aynur Gambarova, Khayala Aghayeva, Natig Javadli, Aysel Umudova, Fatima Movlamli, Nurlan Gahramanli, Shamshad Agha et Ulviyya Guliyeva ont pour leur part été arrêtés entre décembre 2024 et mai 2025 pour contrebande de devises dans le cadre d’une affaire pénale mettant en cause la chaîne de télévision indépendante Meydan TV. Ils ont été placés en détention provisoire et celle-ci a été prolongée à plusieurs reprises.
Les journalistes Farid Ismayilov, Mushfig Jabarov et Alasgar Mammadli, de Toplum TV, ainsi qu’Ahmad Mammadli, de Yoldash Media, étaient eux aussi toujours en prison au titre d’accusations fallacieuses similaires. Ils n’avaient pas été jugés à la fin de l’année.
Des chercheurs ou chercheuses et des universitaires ont également été pris pour cible. Igbal Abilov et Bahruz Samadov ont été condamnés, respectivement à 18 et 15 ans d’emprisonnement, sur la foi d’accusations de trahison forgées de toutes pièces.
L’opposant Azer Gasimli, arrêté en décembre 2024, et le chef du Parti du front populaire d’Azerbaïdjan (PFPA), Ali Karimli, arrêté en novembre 2025 en compagnie de plusieurs membres de sa formation, étaient toujours en détention à la fin de l’année. Ils étaient accusés – le premier de corruption, le second de trahison – sur la foi d’éléments douteux.
Akif Gurbanov et Ruslan Izzatli, tous deux membres de la Plateforme IIIe République, un groupe politique, et trois membres du personnel de l’Institut d’initiatives démocratiques – Ali Zeynalov, Ramil Babayev et Ilkin Amrahov – se trouvaient toujours en détention provisoire à la fin de l’année. Accusés de contrebande de devises pour des raisons douteuses, ils attendaient d’être jugés.
Liberté d’association
Des ONG indépendantes et des militant·e·s de la société civile faisaient toujours l’objet de restrictions draconiennes, d’actes de harcèlement et de poursuites infondées.
Le ministère public a rouvert en février une enquête judiciaire de 2014 qui visait des groupes de la société civile. Le mois suivant, la police a mené une série d’opérations coordonnées, qui se sont soldées par l’arrestation de plusieurs représentant·e·s de la société civile, parmi lesquels Bashir Suleymanli, Mammad Mammadzade, Asaf Ahmadov et Ahmad Mammazade, ainsi que d’un travailleur social, Zamin Zeki. Les tribunaux ont ordonné leur maintien en détention provisoire au titre d’accusations, forgées de toutes pièces, d’infractions financières et d’abus de fonctions, rejetant à plusieurs reprises des demandes de libération en dépit des graves problèmes de santé dont souffraient certains des détenus.
Mehriban Rahimli, Hafiz Hasanov, Galib Bayramov et Nargiz Mukhtarova, qui représentaient des ONG, ont été placés sous contrôle policier dans le cadre de cette même enquête. Leurs auditions se poursuivaient à la fin de l’année. Une cinquantaine de personnalités de la société civile au moins ont été interrogées à titre de témoins ou de suspects, renforçant le climat de peur et d’autocensure qui régnait.
Le directeur du Centre de surveillance des élections et d’études de la démocratie, Anar Mammadli, se trouvait toujours en détention provisoire. Accusé dans un premier temps de contrebande sans aucun fondement, il a également été inculpé en avril de fraude fiscale, de faux et usage de faux et d’exercice non déclaré d’une activité économique. Inculpé dans la même affaire, le militant de la société civile Anar Abdulla a été placé en détention au mois d’août au motif qu’il aurait enfreint les conditions de sa remise en liberté sous caution.
Des syndicats indépendants et des associations citoyennes ont également été pris pour cible. La Confédération des syndicats « Table des travailleurs » a fait l’objet de nouvelles pressions, après la condamnation de son président, Afiyaddin Mammadov, à huit années d’emprisonnement pour des motifs fallacieux et l’arrestation de plusieurs de ses membres. L’association des Jeunes anciens combattants a été mise hors d’état de fonctionner après l’arrestation pour houliganisme de son président, Haji Valiyev. Ce dernier a été maltraité et placé en détention provisoire prolongée. L’association a fermé en mai.
Liberté de réunion pacifique
La liberté de réunion pacifique a cette année encore fait l’objet de restrictions importantes et abusives. Des personnes ayant participé à des rassemblements non violents ont de nouveau été emprisonnées. Des manifestations pour les droits des travailleuses et travailleurs, contre la politique du gouvernement ou ayant trait à la pratique religieuse ont été interdites et les personnes qui y participaient ou les organisaient ont été harcelées. Des coursiers qui préparaient une manifestation pour dénoncer des baisses de salaire ont été convoqués en juillet pour être interrogés et ont été fermement invités à supprimer certains messages publiés sur les réseaux sociaux.
Des réunions de membres des partis d’opposition ont régulièrement été interdites. En septembre, la police a empêché le chef du PFPA, Ali Karimli, le président du Conseil national des forces démocratiques, Jamil Hasanli, et plusieurs autres personnes d’assister à une manifestation publique. Un certain nombre de militants du PFPA ont par la suite été arrêtés pour infraction à la législation sur les stupéfiants ou houliganisme, sans la moindre preuve.
Des rassemblements religieux ont également fait l’objet de restrictions. Le 6 juillet, les communautés chiites n’ont pas pu célébrer l’Achoura comme elles le souhaitaient et plusieurs mosquées se sont vu interdire toute cérémonie.
Violations du droit international humanitaire
Les autorités azerbaïdjanaises n’ont pas veillé au respect de l’obligation de rendre des comptes dû aux personnes touchées par le conflit du Haut-Karabakh. Elles n’ont pas non plus assuré leur protection. En octobre, la Cour européenne des droits de l’homme a sommé l’Azerbaïdjan de fournir des informations sur la détention et l’état de santé de 23 prisonniers arméniens, parmi lesquels figuraient huit anciens membres de l’administration de facto du Haut-Karabakh.
Torture et autres mauvais traitements
Les actes de torture et autres mauvais traitements sont restés monnaie courante. De nombreux témoignages faisaient état de coups, de menaces, de violences sexuelles, d’« aveux » extorqués sous la contrainte et de privations de soins médicaux en détention. Les autorités n’ont pas mené d’enquêtes sérieuses et indépendantes sur ces faits présumés, garantissant ainsi l’impunité de leurs auteurs.
Le Mouvement de l’unité musulmane a indiqué en juin que l’un de ses membres, Elgiz Mammadov, présentait des lésions susceptibles d’avoir été occasionnées par des actes de torture, auxquels il aurait été soumis pour le contraindre à faire des « aveux » filmés. En août, sept femmes arrêtées alors qu’elles distribuaient des offrandes religieuses auraient, selon leur témoignage, été battues et menacées de violences sexuelles. Elles n’auraient pas été autorisées à voir un·e avocat·e.
Les mauvais traitements en détention restaient la norme. Des femmes journalistes travaillant pour Abzas Media et des personnes inculpées dans le cadre de l’affaire Toplum TV ont dit avoir fait l’objet de violences et de transferts punitifs. Elles auraient également dû rester entravées de longues heures pendant les audiences du tribunal. Deux syndicalistes, Elvin Mustafayev et Afiyaddin Mammadov, et un ancien combattant, Haji Valiyev, ont été placés à plusieurs reprises et de façon prolongée à l’isolement cellulaire.
Le refus d’accorder aux détenu·e·s les soins médicaux nécessaires était une pratique courante. L’état de santé de nombreuses personnes arrêtées sur la foi d’accusations fallacieuses a continué de se dégrader. Souffrant d’une affection rénale, le militant Mohyaddin Orujov n’a eu droit qu’à des antidouleurs.
Discrimination et violences sexuelles ou fondées sur le genre
Les femmes et les personnes LGBTI étaient toujours en butte à des actes de discrimination, à des violences fondées sur le genre et au harcèlement exercé par les pouvoirs publics. Les autorités n’ont rien fait pour prévenir les atteintes à leurs droits, enquêter sur les faits qui leur étaient signalés ou en punir les auteurs.
Le militant LGBTI Rauf Heydarov a été condamné le 8 mars à 30 jours de détention administrative après un acte de protestation réalisé seul, à Bakou.
Le 4 novembre, un jeune membre de la communauté LGBTI, Yasin Ibadov, également connu sous le nom de Rüzgar, est mort à Bakou après avoir été poignardé, apparemment par un membre de sa famille. Il avait auparavant fait l’objet de menaces liées à son orientation sexuelle. Plusieurs témoins ont dénoncé la lenteur avec laquelle la police et les services médicaux étaient intervenus.
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