Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Autriche en 2025.
L’Autriche demeurait l’un des pays de l’UE où le coût de la vie était le plus élevé. Les violences fondées sur le genre ont persisté et l’accès à l’avortement est resté limité. Les droits à la liberté de réunion et d’expression ont été menacés, notamment par des restrictions concernant les slogans de solidarité envers la Palestine. L’Autriche ne garantissait pas l’attribution d’un tuteur légal aux mineur·e·s non accompagnés en quête d’asile et a suspendu le regroupement familial. La législation en matière de lutte contre la discrimination restait insuffisante et les agent·e·s de police n’étaient toujours pas tenus de porter un badge d’identification individuel.
Droits économiques, sociaux et culturels
La proportion de la population menacée de pauvreté et d’exclusion sociale restait élevée (16,9 %). Les catégories les plus exposées étaient les ménages monoparentaux, les personnes en situation de handicap, les réfugié·e·s et les migrant·e·s.
Le coût de la vie demeurait parmi les plus élevés de l’UE. Bien que le gouvernement ait présenté en septembre des mesures pour réglementer le marché locatif, il n’avait toujours pas mis en œuvre de stratégie nationale pour le logement.
En septembre également, le gouvernement a annoncé son intention d’introduire des critères supplémentaires pour accéder aux prestations sociales, ce qui aurait des conséquences négatives sur les personnes réfugiées.
Droits des femmes et des filles
En 2025, 15 féminicides présumés ont été signalés. Le gouvernement a présenté en novembre un plan d’action national contre les violences fondées sur le genre, élaboré en collaboration avec des organisations de la société civile.
L’avortement n’était toujours pas entièrement dépénalisé et n’était pas remboursé par l’assurance maladie. L’accès à des soins d’avortement sûrs et abordables restait limité dans plusieurs États (Länder).
En décembre, le Parlement a adopté une loi qui interdisait le port du foulard aux filles de moins de 14 ans à l’école, une mesure discriminatoire qui violait leurs droits, notamment à la liberté de religion et d’expression.
Liberté d’expression et de réunion
En avril, une militante allemande pour le climat a vu son permis de séjour révoqué pour « menaces graves à l’ordre public ou à la sécurité ». Elle a fait appel, mais la décision finale n’avait pas encore été rendue à la fin de l’année.
Le Parlement a adopté en juillet une loi permettant à la police d’utiliser des logiciels espions pour surveiller des communications chiffrées. En août, le ministre de l’Intérieur a présenté un projet visant à étendre considérablement la vidéosurveillance dans les lieux publics, malgré les inquiétudes de la société civile concernant ses conséquences néfastes pour la liberté de réunion pacifique.
Les autorités ont continué d’appliquer la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), ce qui a eu un effet dissuasif sur la liberté d’expression. La police a cette année encore infligé des amendes à des personnes qui avaient scandé « Du fleuve jusqu’à la mer, la Palestine sera libre » dans une manifestation en solidarité avec la Palestine. Il en a suivi une interdiction générale de ce slogan, en violation de la liberté d’expression. Un décret ministériel toujours en vigueur affirmait que le fait de scander ce slogan justifiait d’être soupçonné de « cautionner des crimes terroristes » aux termes du droit pénal. En avril, un tribunal a déclaré illégale la dispersion d’un rassemblement au motif que ce slogan y avait été scandé.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
L’Autriche n’a pas adopté de disposition fédérale garantissant l’attribution d’un tuteur légal aux mineur·e·s non accompagnés en quête d’asile, malgré les engagements du gouvernement et ses obligations en la matière découlant de la réforme du Régime d’asile européen commun.
En juillet, le gouvernement a suspendu le regroupement familial pour six mois. En décembre, il a prolongé cette suspension au moins jusqu’en juillet 2026, éliminant de fait la seule voie d’entrée sûre en Autriche pour les personnes en quête de protection.
En juillet également, le ministère de l’Intérieur a procédé à la première expulsion d’un homme vers la Syrie. Celui-ci aurait ensuite disparu. Le Comité des disparitions forcées [ONU] a alors écrit au gouvernement autrichien pour lui demander d’établir ce qu’il était advenu de l’homme expulsé. L’Autriche a toutefois continué de renvoyer des personnes en Syrie.
Le ministère de l’Intérieur a procédé en octobre à la première expulsion de personnes vers l’Afghanistan depuis la prise du pouvoir par les talibans.
Discrimination
L’Autriche n’a pas fait le nécessaire pour garantir une législation respectueuse des droits humains en matière de lutte contre la discrimination à l’échelle fédérale comme au niveau des Länder. En mars, la police judiciaire a signalé une vague de crimes de haine à l’encontre des personnes LGBTI. Le nombre d’actes antimusulmans et antisémites restait élevé.
Usage illégal de la force
Les policiers et policières n’étaient toujours pas tenus de porter un badge d’identification, ce qui entravait le respect de l’obligation de rendre des comptes. La réglementation concernant le port de caméras-piétons par les agent·e·s manquait de cohérence.
Une commission d’enquête a conclu en octobre que l’opération de police menée contre un camp de protestation au mémorial de Peršmanhof était illégale et disproportionnée.
Droit à un environnement sain
L’Autriche n’avait toujours pas adopté de loi sur la protection du climat. Des expert·e·s ont critiqué un projet de loi divulgué à la suite d’une fuite, le jugeant insatisfaisant car il n’incluait pas l’objectif de l’Autriche d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.
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