Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Angola en 2025.
Des syndicalistes, des membres de l’opposition, des journalistes, des défenseur·e·s des droits humains et des militant·e·s ont été arbitrairement arrêtés et placés en détention. Dans certains cas, ils ont été privés d’accès à une assistance juridique. Les forces de sécurité ont fait un usage illégal de la force, portant gravement atteinte au droit à la liberté de réunion pacifique. Le droit à la liberté d’expression, notamment à la liberté de la presse, a été violé. Il semblerait qu’aucune enquête n’ait été menée sur un homicide commis par des agents de la Police d’intervention rapide (PIR).
Contexte
De nombreux Angolais·es, en particulier les jeunes, étaient en proie à la pauvreté et à la faim en raison de la faiblesse des salaires et de l’étendue du chômage. La situation est devenue encore plus difficile à partir du 4 juillet, lorsque le gouvernement a augmenté le prix du carburant et que les tarifs des transports publics ont doublé. Des militant·e·s de la société civile ont appelé à manifester contre la hausse des prix à partir du 12 juillet, et des associations de chauffeurs de taxi ont convoqué une grève de trois jours, du 28 au 30 juillet. De violents affrontements ont éclaté pendant les manifestations et des actes de vandalisme et de pillage ont été signalés dans la capitale, Luanda. Le bilan s’élevait à plus de 30 morts, plus de 200 personnes blessées et quelque 1 214 arrestations.
Arrestations et détentions arbitraires
Des syndicalistes, des membres de l’opposition, des journalistes, des défenseur·e·s des droits humains et des militant·e·s de la société civile ont été arbitrairement arrêtés et placés en détention.
Le 16 février, lors d’une manifestation pacifique à Ndalatando, la Police nationale angolaise (PNA) a arrêté les députés Francisco Fernandes Falua et João Quipipa Dias, du parti d’opposition Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA), ainsi que plusieurs autres manifestant·e·s. Le journaliste António Domingos, qui couvrait les manifestations, a également été arrêté. Les manifestant·e·s exigeaient l’ouverture d’une enquête sur plusieurs affaires de femmes tuées dans la province de Cuanza-Nord. D’après le journal Diário Independente, aucune enquête n’avait été menée sur les homicides dont avaient été victimes pas moins de 16 femmes entre février 2024 et janvier 2025. Quelques jours avant leur arrestation, les députés avaient rencontré le gouverneur de Cuanza-Nord et la procureure de la République pour leur demander que des enquêtes soient menées et que les responsables présumés soient traduits en justice. Toutes les personnes arrêtées ont été libérées sans inculpation quelques heures plus tard.
Le 4 mai, António Frederico Gonçalves a été arrêté à son domicile de Luanda par le Service des enquêtes judiciaires (SIC). Il a été maintenu en détention sans être inculpé ni déféré à la justice, et sans pouvoir consulter d’avocat·e ni voir ses proches. Son placement en détention était lié à des allégations selon lesquelles il aurait créé et publié sur les réseaux sociaux une vidéo appelant la population angolaise à faire preuve de solidarité avec Ibrahim Traoré, le président par intérim du Burkina Faso. Dans la vidéo, il accusait le gouvernement angolais de soutenir un projet du gouvernement des États-Unis visant à tuer Ibrahim Traoré et appelait à attaquer et incendier l’ambassade américaine à Luanda. Libéré sous conditions le 11 octobre, António Frederico Gonçalves était tenu de comparaître chaque semaine devant le bureau de la procureure de la République et n’avait pas le droit de quitter la province de Luanda.
Le 28 juillet, André Miranda, militant politique et défenseur des droits humains, a été arrêté par des agents du SIC alors qu’il était en train de filmer le premier jour du mouvement de grève lancé à Luanda pour une durée de trois jours (voir Contexte). Il a été conduit au 19e poste de police, à Mayanga, puis transféré le 7 septembre à la prison de Comarca de Viana, en attendant d’être jugé pour vandalisme et association de malfaiteurs.
Toujours le 28 juillet, des personnes soupçonnées d’être membres du SIC ont tiré sur Serrote José de Oliveira, qui a été blessé à la jambe alors qu’il était en train de diffuser des images du mouvement de grève en direct sur Internet. Le militant a été arrêté et maintenu au secret jusqu’au 1er août, date à laquelle il a comparu devant un tribunal de Luanda, mais aucune charge n’a été retenue contre lui. Le 6 août, il a été emmené à la prison Comarca Central de Luanda sans que ses avocats en soient informés. Il y a passé plusieurs heures avant d’être reconduit au centre de détention du SIC. Par la suite, il a été transféré à la prison de Calomboloca, dans la province d’Ícolo e Bengo, où il était toujours détenu à la fin de l’année. Il n’a pas été autorisé à recevoir de soins alors qu’il était blessé et que sa santé se dégradait.
À la suite des manifestations, le SIC a arrêté et placé en détention Rodrigo Luciano Catimba, vice-président de l’Association nationale des chauffeurs de taxi d’Angola, le 31 juillet, puis Francisco Paciente, président de cette association, le 8 août. Le 11 août, le même service a arrêté et placé en détention quatre hommes : Francisco Eduardo, président de l’Association des chauffeurs de taxi d’Angola, Rafael Ginga Inácio, président de la Coopérative des chauffeurs de taxi collectifs d’Angola, António Alexandre Freitas, président de la Coopérative des chauffeurs de motos-taxis d’Angola et Pedro Fernandes, président de la coopérative 2PN. Le 13 août, Leonardo Lopes, président de l’Association des chauffeurs de taxi et conducteurs de minibus d’Angola, a également été arrêté. Cinq de ces hommes étaient toujours en détention à la fin de l’année pour des soupçons d’incitation à la violence, de terrorisme, d’association de malfaiteurs et de vandalisme. Pedro Fernandes a été libéré le 20 août faute de preuves.
Liberté de réunion pacifique
Le 29 mars, des agents de la PNA, munis de matraques et d’armes à feu, ont fait usage d’une force illégitime et excessive pour réprimer une manifestation pacifique contre les violences fondées sur le genre qui avait été organisée par le mouvement Unies nous sommes plus fortes à Luanda. Au moins 10 hommes et femmes ont été arrêtés arbitrairement au motif que la manifestation n’était pas autorisée. La police a forcé les manifestant·e·s à retirer leurs tee-shirts sur lesquels figuraient des slogans condamnant les violences fondées sur le genre et a confisqué leurs téléphones portables. Plusieurs organisatrices (Leonela Massocolo, Marisa Sofá, Marcela Mateus et Sávio Gonga) ont été arrêtées. Elles ont été libérées et ont récupéré leur téléphone le jour même vers 17 h, grâce à l’intervention de leurs avocat·e·s.
Le 15 avril, la PNA a interdit une manifestation pacifique organisée par des paysan·ne·s et des chauffeurs et chauffeuses de motos-taxis contre la décision prise par le gouvernement provincial d’Uíge d’interdire la circulation des motos-taxis et des bus sur l’axe routier Uíge-Quitexe, entre autres. Selon le gouvernement provincial, cette décision visait à prévenir les accidents qui survenaient fréquemment sur cette route. La manifestation a été maintenue, malgré l’interdiction de la police. Des dizaines des personnes auraient été blessées par des balles en caoutchouc et des bombes de gaz lacrymogène tirées par la PNA.
Le 26 avril, la PNA a arrêté environ 162 personnes qui participaient à une manifestation étudiante organisée à Luanda par le Mouvement étudiant angolais (MEA) pour exiger des améliorations du système éducatif public, en particulier le recrutement d’enseignant·e·s mieux qualifiés. Au moins quatre journalistes couvrant l’événement, environ 150 étudiant·e·s et huit dirigeants du MEA faisaient partie des personnes arrêtées. La plupart d’entre elles ont été libérées le jour même sans inculpation. Les dirigeants du MEA, dont Joaquim Lutambi, vice-président, Jones Sebastião Damião, secrétaire provincial de Luanda, Simão Formiga, secrétaire provincial d’Ícolo e Bengo, et Nsimba Matamba, secrétaire national de l’enseignement primaire, ont été détenus jusqu’au 28 avril, date à laquelle le tribunal de Luanda, faute de preuve, a levé les charges de désobéissance qui pesaient sur eux.
Les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive et ont procédé à des arrestations lors des manifestations de juillet contre la hausse des prix du carburant (voir Contexte). Le 12 juillet, la police a dispersé la manifestation à l’aide de gaz lacrymogène, de chiens et de matraques. Au moins 17 manifestants ont été arrêtés, dont le défenseur des droits humains Osvaldo Caholo. L’un des manifestants a souffert des effets du gaz lacrymogène. Le 19 juillet, neuf manifestants ont été blessés par les forces de sécurité et 17 autres ont été arrêtés pour incitation à la rébellion. Tous sauf un ont été libérés sans inculpation le jour même.
Les forces de sécurité ont arrêté au moins 10 militants et un avocat à l’approche des manifestations prévues le 11 novembre contre le chômage et la pauvreté. Ce jour-là, les forces de sécurité ont encerclé le cimetière de Santa Ana, à Luanda, d’où la manifestation devait partir. Dix-huit militant·e·s ont été arrêtés, dont 16 ont été libérés sans inculpation quelques heures plus tard, tandis que deux autres, Sebastião Neto et Armando Alberto, étaient toujours en détention à la fin de l’année.
Homicides illégaux
Le 17 mai, Pedro Sebastião Mukengo a été tué par la Police d’intervention rapide, qui tentait de disperser une foule rassemblée à l’occasion d’une fête de quartier dans la rue B du quartier de Vila Flor, à Luanda. Dès leur arrivée sur les lieux, les agents ont tiré du gaz lacrymogène, provoquant un mouvement de panique. Comme la foule ne se dispersait pas, ils ont tiré à balle réelle et abattu Pedro Sebastião Mukengo, qui est décédé sur place. L’autopsie a confirmé qu’il avait succombé à une blessure par balle, alors que les autorités avaient déclaré qu’il avait été poignardé. Aucune information n’a été rendue publique concernant une éventuelle enquête sur cet homicide.
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